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Inquisitio : réflexions sur une fiction historico-moyenâgeuse

Posté par sourcesmedievales le 8 juillet 2012

Inquisitio : réflexions sur une fiction historico-moyenâgeuse Inquisitio_blog-234x300Le Moyen Âge se vend bien – très bien même – merci pour lui. En témoigne la « saga de l’été » Inquisitio de France Télévisions, diffusée à partir du 4 juillet 2012, qui compte huit chapitres à raison de deux épisodes chaque mercredi soir pendant quatre semaines. Dans une volonté de produire un objet marketing évoquant le Moyen Âge du XIVe siècle et répondant au diktat de la sainte audience audiovisuelle, à la fascination populaire pour la période et mais aussi à des fins de distraction estivale, Inquisitio nous propose une approche de l’histoire religieuse méridionale des plus discutables, et qui s’inscrit – comme d’autres productions mises à l’écran ces dernières années – dans les mésusages du Moyen Âge à la télévision.

Sans mettre en doute les qualités professionnelles réelles du réalisateur Nicolas Cuche qui se revendique « créateur d’univers visuels », sans contester sa volonté de faire une « belle image » – qu’il défend dans un entretien publié dans le dossier de presse –, on peut s’interroger sur le contenu réel de l’histoire, sur la réalité historique que l’on est censé attendre et, surtout, sur ce que la série veut faire passer au téléspectateur. Une précision sur le contexte : la principale inspiration de Nicolas Cuche est l’auteur de science-fiction transalpine Valerio Evangelisti et sa série d’ouvrages d’héroïc fantasy (très bons) intitulés Nicolas Eymerich Inquisiteur. Point de conseiller historique sollicité pour une expertise, afin de donner une caution scientifique à la série diffusée par France Télévisions, groupe audiovisuel public. L’approche de la démarche historique n’est d’ailleurs pas à l’ordre du jour. Le réalisateur l’affirme lui-même : « Inquisitio n’est pas une leçon d’histoire homologuée par une batterie d’experts, on n’y défend que le bonheur de la fiction, la jubilation, le jeu avec les personnages et les situations ». Même si cela n’est pas une excuse, le décor est posé, le contenu – qui ne sera donc pas historique – est à suivre.

De prime abord, le titre de la série de l’été a de quoi faire lever un sourcil à un historien quelque peu averti. Un peu de latin ne fait pas de mal, mais tout de même : « Inquisitio »… Une légitimité historique douteuse de la série par l’usage du latin dans ce titre qui ne dit rien, mais suggère au téléspectateur de bien sombres images de bûchers, tortures et autres atrocités « moyenâgeuses », car le Moyen Âge est… atroce. La bande-annonce officielle, hélas, le confirme, avec des recettes qui fonctionnent, mobilisant des archétypes prétendument médiévaux comme des méchants moines, une sorcière inquiétante, une bonne scène de torture ou le choc des épées. Un peu d’humilité et de curiosité historique : inquisitio veut simplement dire « enquête », le fondement même de la procédure inquisitoire installée par les tribunaux de Toulouse et Carcassonne dans la première moitié du XIIIe siècle – L’Inquisition est officiellement établie dans le sud de la France en 1231. Cette enquête permettait aux inquisiteurs d’organiser un quadrillage administratif du territoire languedocien et de mener à bien la recherche des dissidents religieux dans le comté de Toulouse et les vicomtés voisines. Elle autorisait le juge inquisiteur à se forger un avis sur le suspect d’hérésie, à formuler un jugement et à prononcer si nécessaire une sentence. Or, d’enquête sur une dissidence religieuse, il n’y en a pas réellement dans cette série de huit épisodes.

L’histoire se déroule en plein Moyen Âge (et non « Moyen-Age » comme il est écrit sur le site dédié pour la série de France Télévisions), en 1378 (et non de 1370 comme noté sur tous les dossiers de presse de la série) entre Avignon et Carpentras. Terre de papauté dans cette seconde moitié du XIVe siècle et depuis 1309, la région d’Avignon est étroitement liée au Grand Schisme d’Occident à partir de 1378, avec deux papes qui prétendent régner sur la chrétienté, l’un installé à Rome – Urbain VI – et l’autre en Avignon – le français Robert de Genève,  connu sous le nom de Clément VII. C’est avec ce conflit politico-religieux en fond d’écran que se déroule l’histoire-fiction d’Inquisitio où se croisent trois personnages principaux, Guillermo Barnal, un inquisiteur dominicain, improprement appelé « grand inquisiteur au service du pape Clément VII », Samuel, un jeune médecin juif de Carpentras qui dispose de « connaissance en médecine et en science bien supérieures à celle de son époque » (sic), et Madeleine, une belle sorcière (forcément rousse), vivant dans les profondeurs des bois, guérisseuse et magicienne, de toute évidence destinée au bûcher. Autour de ces personnages de fiction s’agitent des protagonistes secondaires. Certains ont réellement existés, mais leur place dans le récit relève plus de la caricature que du portrait – comme Catherine de Sienne, figure marquante du catholicisme médiéval, plus hystérique aux pulsions meurtrières que mystique dans Inquisitio – alors que les archives nous renseignent sur leurs actions, leur rôle dans l’Histoire, voire même leur quotidien.

 Et c’est bien là que se pose le problème d’Inquisitio. La série propose au téléspectateur un ensemble de croyances généralistes sur le Moyen Âge qui n’ont pas grand-chose à voir avec ce que le discours scientifique est susceptible de produire. Sans faire de l’académisme ou de l’érudition, un minimum de vulgarisation historique sur une période bien connue aurait été le bienvenu. Une nouvelle fois, la place est ainsi donnée à la légende noire de l’Inquisition, présentée comme l’instrument d’oppression du peuple et symbole du pouvoir absolu de l’Église, rendant de fait injustifiable et intolérable cette institution aux yeux du téléspectateur du XXIe siècle. Dans la mémoire commune, ressurgit l’image sévère et terrible de l’inquisiteur impitoyable, bien loin de la réalité de l’Inquisition médiévale des XIIIe et XIVe siècles telle qu’elle est connue dans les sources à disposition des historiens, mais vision plus largement influencée par les exactions commises sous l’Inquisition d’État de la période moderne espagnole.

Sans chercher à minimiser ni à taire les aspects les plus sombres et les moins tolérables de l’Inquisition, il est nécessaire de replacer l’institution dans son temps. Il serait bien évidemment faux de dire que l’Inquisition n’acquiert pas dans le royaume de France et plus particulièrement dans le Midi de la France des XIIIe et XIVe siècles, un pouvoir de justice de premier ordre, voire quasi hégémonique et – par petites touches – des scènes d’Inquisitio effleurent cette puissance. Le personnage central de l’office inquisitorial, l’inquisiteur dominicain, nommé par le pape, est son représentant par délégation et, de fait, le défenseur de la foi. Mais ce « spécialiste de la parole », compétent dans le débat polémique, n’est pas un juge sanguinaire ou un lieutenant de police tel qu’il apparaît dans la série de France Télévisions. La présence du discours est forte chez ce juge, renforcé par un élément qui est l’inquisitio, « l’enquête générale sur la perversité hérétique ». Mais l’utilisation de la torture, la mise à la question, est accessoire dans les procédures inquisitoriales, surtout lorsqu’il s’agit d’obtenir un aveu qui, sous cette contrainte physique, sera toujours inventé par le suspect comme le soulignent les différents manuels des inquisiteurs – dont celui de Bernard Gui en 1322. Guillermo Barnal, qui est un inquisiteur imaginé et l’un des principaux protagonistes de l’histoire racontée, a des pouvoirs de justice en tant que juge d’un tribunal d’exception, mais non des pouvoirs de police comme il est suggéré dans le scénario de cette fiction, à la manière d’un Guillaume de Baskerville flanqué de son novice tout droit sortis du Nom de La Rose d’Umberto Eco.

Quant à l’image proposée de la papauté d’Avignon et plus particulièrement du pape Clément VII, le rapprochement avec la période Borgia est maladroite et bien peu historique. Si le complot est une chose plausible et avérée autour du souverain pontife à l’époque médiévale, la dépravation et le pêché de chair présentés de telle manière dans Inquisitio sont d’un autre temps et d’un autre lieu.

Au-delà des critiques nombreuses que l’on pourrait faire, en multipliant les remarques sur les anachronismes et les incohérences secondaires à la caricature inquisitoriale, la plus visible, l’historien médiéviste, mais également l’historien « tout court », ne peuvent que déplorer cette familiarité artificielle avec une période complexe telle qu’elle est entretenue ici. Inquisitio, comme trop souvent le cinéma « médiévalisant », dévalorise inutilement le Moyen Âge et véhicule dans l’esprit du téléspectateur une image fausse tout autant que falsificatrice  : le Moyen Âge devient une période parfaitement barbare, sous-développée et obscurantiste, que l’on saupoudre d’un peu de sensationnel, d’un brin de violence et qui fleure bon l’anarchie sociale et religieuse. In fine, ce qui fait son attrait, ce n’est pas la période en elle-même, mais son traitement romantique, pittoresque, folklorique ou… fictionnelle.

Au vu des moyens financiers et de communication engagés pour Inquisitio par France Télévisions, à la lecture des critiques et de l’audimat des premiers épisodes diffusés, il semble que la fiction l’emporte une nouvelle fois sur l’Histoire. C’est bien dommage pour le Moyen Âge… et pour le téléspectateur à qui l’on ressert une fois encore tous les poncifs les plus éculés en la matière. Alexandre Dumas écrivait : « Qu’importe de violer l’Histoire, pourvu qu’on lui fasse de beaux enfants ! »

Laurent Albaret


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Occident XIIIe-XIVe

Posté par sourcesmedievales le 8 avril 2008

occident.jpgVignette XIIIe siècle : Le sacre de Philippe III le Hardi, enluminure extraite des Grandes Chroniques de France, XIVe (© Bibliothèque Nationale, Paris DR).

Liste provisoire des textes et documents en ligne
pour l’Occident au XIIIe siècle

  • Les Bougres du Nord de la France
  • Accord sur l’église de Marnes-La-Coquette (1200)
  • Philippe Auguste, Jean sans Terre et la procédure royale (1202)
  • Le siège de Château-Gaillard par Philippe Auguste (1204)
  • Dominique ou la prédication contre les hérétiques (1207)
  • Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau (1208)
  • La vocation de Saint-François (1208-1209)
  • la bataille de Bouvines d’après Roger de Wendover (1214)
  • La bataille de Bouvines d’après La relation de Marchiennes (1214)
  • Le retour du roi après Bouvines (1214)
  • Lettre du pape Innocent III à Simon de Montfort (1215)
  • Titres des décrets du concile de Latran IV (1215)
  • Interdiction des ordalies, canon 18 de Latran IV (1215)
  • La prédication et la confession, canons 10 et 21 de Latran IV (1215)
  • Le légat et Simon de Montfort dans la vallée du Rhône (1216)
  • Extraits des constitutions dominicaines primitives (1220-1236)
  • Une sentence d’excommunication (1222)
  • Extrait de la règle des Mineurs (1223)
  • Extraits du testament de François d’Assise (1226)
  • La mort du roi Louis VIII (1226)
  • Un acte notarié marseillais (1227)
  • Les canons du concile de Toulouse (1229)
  • L’hérésie albigeoise vue par Césaire de Heisterbach (1229-1233)
  • Les foires de champagne (XIIIe s.)
  • Les Vaudois dans la région de Valence (ca 1235)
  • Enquêtes royales en Languedoc (1247-1248) – 1/2
  • Enquêtes royales en Languedoc (1247-1248) – 2/2
  • Extrait de la charte de libération de Villeneuve-Saint-Georges (1249)
  • Un saint inquisiteur : Pierre de Vérone (ca 1252)
  • L’enfance d’un roi d’après Joinville
  • Ordonnance de Louis IX sur les baillis (1254)
  • La réforme du royaume d’après Joinville (1254)
  • Le procès d’Enguerran de Coucy d’après la chronique de Primat (1259)
  • La justice en Louis IX dans l’affaire du sire de Coucy
  • Louis IX et le respect de la procédure judiciaire (XIIIe s.)
  • Le règlement des cordonniers de Paris (1268)
  • Humbert de Romans et la situation de l’Eglise (1274)
  • Ordonnance royale sur le fonctionnement du Parlement (1278)
  • Le pouvoir royal dans les coutumes du Beauvaisis (1285)
  • Visite de monastères clunisiens (1286)

  • ——————————————

xive.jpg
Vignette XIVe siècle : Portrait du roi Jean II le Bon, anonyme (© musée du Louvre, Paris DR).

Liste provisoire des textes et documents en ligne
pour l’Occident au XIVe siècle

  • Un conflit dans un village provençal, Noves (1305)
  • Dénombrement de feux de localités : Axat et Caramany (1306)
  • Ordre d’arrestation des Templiers (14 septembre 1307)
  • Entretien de Philippe IV le Bel et du pape Clément V (1308)
  • Extrait de la “Vie de Clément V” sur les Templiers (1309-1314)
  • Règlement sur l’Inquisition au concile de Vienne (1311-1312)
  • Droits de patronage de l’église de Saint-Gorgon (1315)
  • Succession : accord entre Philippe V et Jeanne (1316)
  • L’extinction de la dynastie capétienne (1320)
  • Philippe dit “Li Sauraz” cède ses droits sur ses parcelles (1323)
  • Le manuel de l’inquisiteur Bernard Gui (1321-1324)
  • Paroisses et feux des baillages en France (1328)
  • Inventaire de la maison de Sailly-en-Ostrevent (novembre 1328)
  • Les petites écoles (1336)
  • Don royal d’une seigneurie à Bérenger d’Auriac (février 1336)
  • Testament de Bernard Ezi II, sire d’Albret (mars 1341)
  • Deux contrats italiens de Mezzadria (2 septembre 1342)
  • La peste noire en Sicile
  • La peste selon Jean de Venette (1348-1350)
  • La peste selon Jean Le Bel (1348-1350)
  • Mesures d’hygiène publique à Troyes (juillet 1349)
  • La peste selon la Faculté de médecine de Paris (ca 1350)
  • Les aveux de Regnaut de Valois, voleur parisien (1350)
  • L’ordonnance de Jean Le Bon sur les oisifs et mendiants (1351)
  • Un contrat avec le Génois Manuel Pessagno (1355)
  • Complainte sur la bataille de Poitiers (ca 1356)
  • La bataille de Poitiers (19 septembre 1356)
  • Le meurtre des maréchaux (22 février 1358)
  • Lettre d’Étienne Marcel au Régent (18 avril 1358)
  • La Jacquerie, révolte paysanne d’après Jean de Venette (1358)
  • La Jacquerie, révolte paysanne d’après Jean Le Bel (1358)
  • Ordonnance royale en faveur d’un bourg dépeuplé (février 1361)
  • Une investiture dans un hameau du bordelais (3 février 1365)
  • Les plaintes des habitants de Saillans contre leur prieur (1368)
  • Election d’un chancelier de France (1373)
  • L’ordonnance de Vincennes (1374) : la succession au trône
  • Déforestations de Pierre IV d’Aragon (1380)
  • Les métiers. Lettres patentes de Charles VI (janvier 1383)
  • Prise de tenures à court terme dans le Lancashire (1386)
  • Rémission de Philippe Le Hardi (1388)
  • L’avance turque et la croisade : Nicopolis (1396)
  • Lettres du roi sur les faits de la chasse (1396)
  • L’attrait de la culture grecque à Florence (1396) 1/3
  • L’attrait de la culture grecque à Florence (1396) 2/3
  • Une association entre maîtres d’école en Ligurie (1396) 1/2
  • Une association entre maîtres d’école en Ligurie (1396) 2/2
  • Concession d’une censive à vie (1397)
  • L’attrait de la culture grecque à Florence (1397-1400) 3/3
  • La vie quotidienne de Charles V d’après Christine de Pizan (1404) 1/4
  • La vie quotidienne de Charles V d’après Christine de Pizan (1404) 2/4
  • La vie quotidienne de Charles V d’après Christine de Pizan (1404) 3/4
  • La vie quotidienne de Charles V d’après Christine de Pizan (1404) 4/4
  • Le grand schisme d’Occident
  • Les sentiments de Frossard à propos du grand Schisme (fin XIVe)
  • Ordonnance royale contre les blasphémateurs (1397)

 

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