Art du jeu, jeu dans l’art de Babylone à l’Occident médiéval

Posté par sourcesmedievales le 19 août 2012

Art du jeu, jeu dans l’art de Babylone à l’Occident médiéval dans Actualités 398px-Meister_der_Manessischen_Liederhandschrift_004-209x300Le Musée national du Moyen Âge propose à partir du 28 novembre 2012 et jusqu’au 4 mars 2013 une nouvelle exposition temporaire autour du jeu et de sa représentation, essentiellement jeux de hasard et de stratégies, conjointement organisée par le musée de Cluny et le Metropolitan Museum of Art de New York. Selon les annonces du Musée, ce sont plus de 250 pièces – prêtées par plusieurs institutions nationales et internationales – qui ont été rassemblées et seront présentés dans le frigidarium des thermes de Lutèce. Des objets médiévaux, supports artistiques tels que le jeu égyptien du serpent, le « jeu de 58 trous » ou jeu du palmier, le senet, le tric-trac, la marelle, mais aussi des jeux plus classiques comme les échecs, des tarots et des jeux de dés. L’iconographie prendra une part certaine de l’exposition par la représentation de joueurs sur des pièces archéologiques et sur des manuscrits, le jeu étant une source d’inspiration iconographique courante durant le Moyen Âge. Chrono-thématique, le parcours de l’exposition montrera l’évolution des techniques de jeux.

Naturellement, l’exposition de Cluny s’ouvrira sur les jeux de l’Antiquité – principalement dés et osselets – à la fois pratique ludique et support de pratiques divinatoires. Les jeux de dés, pratiqués dans l’Antiquité romaine, sont déjà attestés chez les Étrusques. Le dé – bien qu’interdit par l’Église – prend place dans la société médiévale, jeu à succès au XIIe siècle chez les populations et les princes. L’Occident médiéval fera sien les jeux antiques et adoptera des jeux venus d’Orient, comme le jeu d’échecs au Xe siècle, appelé chaturanga en Inde, son pays de naissance. L’Islam qui pratique le jeu d’échecs – on en trouve plusieurs représentations et il est présent à la cour d’Haroun al-Rachid au VIIe siècle – le transmettra à l’Occident. Une légende dit que le jeu d’échecs de Charlemagne aurait été offert par ce calife – alors qu’on le daterait du Xe siècle… . Pour l’occasion, le jeu d’échecs en ivoire de morse de l’Ile de Lewis (collection du British Museum) sera présenté dans l’exposition, comme l’échiquier dit « de Saint-Louis » (collection du Musée du Louvre). La carte à jouer prendra une part importante dans l’exposition, entre évolution des figurines, des couleurs et des suites numérales.

Dans la série « et maintenant jouez », un jeu d’échecs géants sera installé dans la cour d’honneur du musée, permettant aux visiteurs de s’initier aux échecs. Initiative ludique et intelligente destinée aux plus jeunes (et aux moins jeunes aussi) qui tend à se multiplier dans les musées. Un catalogue est prévu pour cet événement (160 pages, 34,00 €).

Ce billet ayant été principalement nourri par le communiqué de presse et quelques indiscrétions, une présentation plus large de l’exposition après son ouverture sera faite sur Carpe Webem avec « l’avis du médiéviste ».
Musée de Cluny / Musée national du Moyen Âge. 6, place Paul Painlevé – 75005 Paris
www.musee-moyenage.fr / ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9h15 à 17h45. Fermé le 25 décembre et 1er janvier.

illustration : le Roi Otto IV de Brandenburg jouant aux échecs avec une femme © Universitätsbibliothek, Heidelberg, DR.

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Inquisitio, entre pâle fiction et sombre légende : l’avis du médiéviste

Posté par sourcesmedievales le 30 juillet 2012

Inquisitio, entre pâle fiction et sombre légende : l'avis du médiéviste dans Actualités Inquisitio-prelats1-300x197Ce 25 juillet, les deux derniers épisodes d’Inquisitio ont été diffusés sur France 2. Contrairement aux précédentes « sagas de l’été » de France Télévisions, Inquisitio – qui ne devait justement pas être une saga de l’été selon son réalisateur – aura marqué et marquera (peut-être encore un peu) les esprits curieux.

Ces dernières semaines, cette mini-série ambitieuse au budget de 10 millions d’euros (quatre ans de préparation dont six mois de tournage en décors naturels) a provoqué la polémique et suscité la parution de quelques billets dans la presse écrite et sur le web. Interpellé sur Inquisitio, j’ai finalement donné mes impressions sur le blog Sources Médiévales, et ce à la suite de ma sollicitation par la Conférence des évêques de France qui souhaitait une expertise sur la série. Ce billet a été repris par les réseaux sociaux, signalé – exagérément – comme l’expression du ressenti général des historiens médiévistes – dont l’accès aux médias est en général réduit à la portion congrue. En tant que spécialiste de l’Inquisition médiévale méridionale, j’ai participé à l’émission Arrêt sur images de Daniel Schneidermann, avec le réalisateur et co-créateur de la série, Nicolas Cuche, afin de faire le point sur cette fiction historique… ou pas ; ce qui m’a permis de rencontrer l’homme au centre du débat. Les Inrocks m’ont également contacté sur le sujet, ainsi que plusieurs sites et blogs liés à l’histoire du Moyen Âge ou aux milieux catholiques. Après la polémique ou « l’affaire » comme le clament certains, je me suis intéressé aux actions et aux réactions des uns et des autres. D’où ce second billet.

Le débat public – notamment sur le réseau social Twitter (#inquisitio) – s’est concentré sur deux aspects : comment définir cet OVNI télévisuel et que penser de l’image de Catherine de Sienne mise à l’écran dans Inquisitio.
Fiction historique, thriller médiévalo-romanesque, documentaire d’histoire, drame en costumes ou simple téléfilm d’époque, tout a été évoqué par les journalistes, les experts ès religion ou les sériephiles. Nicolas Cuche a clairement revendiqué un temps la catégorie de la « fiction historique », dont les premiers épisodes avaient été « validés par des historiens » nous répétait-il – on attend toujours des noms ! – et dont la co-écriture avait été construite sur la base d’un « gros travail de documentation parce qu’il y a très peu de choses [sic] sur cette époque ». Paradoxalement, le dossier de presse – déjà évoqué dans mon précédent billet – rejetait la participation « d’une batterie d’experts » (dixit Nicolas Cuche) à la construction d’Inquisitio. Confusion générale, indeed. France Télévisions a tenu le même discours, plutôt mal à l’aise avec cette série, déjà passée sous les fourches caudines de trois directeurs de la fiction et de deux présidents de France Télévision avant le choix de sa diffusion. Après l’apparition éclair d’un jeu douteux sur le réseau social Facebook où l’on pouvait condamner  et « brûler un ami » (virtuellement) – jeu rapidement retiré au nom du politiquement correct du service public –, France 2 a proposé sur les réseaux sociaux un concours résolument historique pour lancer la série. Dans un même temps, sur une bande son « métal (danois) », les bandes-annonces régulièrement diffusées sur la chaîne publique allaient dans ce sens : une fiction historique pour vos soirées d’été sur un Moyen Âge sombre, cruel et terrible, une Église qui « a ses secrets »… comme vous vous l’imaginiez.
Devant la critique – somme toute relative –, l’option « liberté de création » est progressivement devenue le fil rouge de la communication. Les entretiens et les déclarations du réalisateur, mais également de plusieurs membres de son équipe, ont fait le choix de défendre le concept de la « fiction historique », mais hors de toute contrainte historique, glissant vers l’idée d’un polar médiéval dans lequel les libertés prises par le réalisateur était influencées par ses lectures, comme les romans fantastico-médiévaux de Valério Evangelisti et les jeux vidéo d’héroic fantasy tel Assassin’s Creed. Le concept d’un « polar médiéval bâti sur les codes de la série » (Nicolas Cuche) a progressivement pris le dessus dans la communication. Libérée de toute notion chronologique et historique, l’histoire déroulée dans Inquisitio recevait le nihil obstat médiatique et revendiquait d’exister telle quelle, même si l’audience n’était plus au rendez-vous après les deux premiers épisodes.

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