La prise de Jérusalem par les croisés (1099)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

Al-Harîrî - (Maqâmât) Al-Wasîtî. Irak, 1237.« C’est exultant d’allégresse que nous parvînmes jusqu’à la cité de Jérusalem un mardi, huit jours avant la fin des ides de juin, et nous l’assiégeâmes admirablement. Robert, duc de Normandie, l’assiégea du côté nord près de l’église du premier martyr Saint Etienne, à l’endroit où il fut lapidé pour le Christ. À sa suite était Robert, comte de Flandre. À l’ouest, il y avait le duc Godefroi et Tancrède. Le comte de Saint-Gilles l’assiégea au midi, sur la montagne de Sion, aux environs de l’église de Sainte-Marie, mère du Seigneur, où le Seigneur célébra la Cène avec ses disciples [...].
Pendant ce temps, nous endurâmes le tourment de la soif à un point que nous dûmes coudre des peaux de bœufs et de buffles dans lesquelles nous transportions de l’eau pendant l’espace de six milles, et l’eau qu’on sortait de ces récipients était une eau fétide ; mais autant que cette eau puante le pain d’orge était pour nous objet quotidien de gêne et de dégoût violent.
Les Sarrasins étaient cachés près de toutes les fontaines et de sources, tendaient des pièges aux nôtres ; ils les tuaient et les mettaient en pièces partout où ils les trouvaient ; ils emmenaient les bestiaux dans les cavernes
[...].
C’est alors que nos seigneurs examinèrent comment ils pourraient s’emparer par surprise de la ville, afin de pouvoir y pénétrer pour adorer le sépulcre de notre Sauveur. Ils firent donc deux châteaux de bois et plusieurs autres engins. Le duc Godefroi fit son château qu’il garnit de machines et le comte Raimond fit de même. Pour cela on apporta du bois de terres lointaines. Mais les Sarrasins, voyant les nôtres faire ces machines, fortifiaient admirablement la cité et renforçaient les tours pendant la nuit.
Quand nos seigneurs eurent reconnu le côté le plus faible de la cité, ils transportèrent une nuit, le samedi [9 juillet], la machine et le château de bois du côté est. Au point du jour, ils les dressèrent et les mirent en place, puis ils garnirent le château durant la première, la seconde et la troisième férie. Quant au comte de Saint-Gilles, il faisait réparer sa machine dans le secteur méridional. A ce moment nous souffrions tellement de la soif qu’un homme ne pouvait au prix d’un denier avoir suffisamment d’eau pour étancher sa soif.
Nuit et jour, pendant la quatrième et la cinquième férie, nous attaquons avec une vigueur admirable la cité de tous les côtés ; mais avant de nous lancer à l’assaut, les évêques et les prêtres ordonnèrent par des prédications et des avertissements adressés à tous qu’on célébrât en l’honneur de Dieu une procession autour de l’enceinte de Jérusalem et qu’on fît pieusement des oraisons, des aumônes et des jeûnes.
La sixième férie, de grand matin, nous donnons un assaut général à la ville, mais sans pouvoir lui nuire, et nous étions tous stupéfaits et dans une extrême inquiétude. Puis, à l’approche de l’heure où Notre Seigneur Jésus-Christ a daigné souffrir pour nous le supplice de la croix, et tandis que nos chevaliers, et notamment le duc Godefroi et le comte Eustache son frère, se battaient courageusement dans le château, l’un de nos chevaliers nommé Liétaud escalada le mur de la ville. Sitôt qu’il fut monté, tous les défenseurs de la ville s’enfuirent des murs de la cité cependant que les nôtres qui les suivaient de près les pourchassaient en les tuant et en les massacrant jusqu’au temple de Salomon où il y eut une telle tuerie que les nôtres mettaient le pied dans le sang jusqu’aux chevilles [...].
Après avoir enfoncé les païens, les nôtres appréhendèrent dans le temple un grand nombre d’hommes et de femmes, tuant ou épargnant qui bon leur semblait. Au-dessus du temple de Salomon s’étaient rassemblés un grand nombre de païens à qui Tancrède avait donné des bannières. Les croisés coururent bientôt à travers toute la ville, prenant l’or et l’argent, les chevaux et les mulets et pillant les maisons qui étaient pleines de richesses de toutes sortes.
Puis, tout heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent adorer la Sépulcre du Seigneur Jésus et acquittèrent leurs dettes envers lui. Puis, le matin suivant, ils grimpèrent avec précaution sur le toit du temple et attaquèrent les Sarrasins, puis, tirant l’épée ils les décapitèrent. À cette vue, Tancrède manifesta une vive irritation.
Le huitième jour après la prise de la ville, on élut le duc Godefroi prince de la cité [...]. Cette cité fut prise par les Chrétiens de Dieu le quinzième jour de juillet, sixième férie. »

 

Histoire anonyme de la première croisade, éd. et trad. L. Brehier, Paris, 1924, p. 195 et suivantes.

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Le pillage de Constantinople par les croisés (1204)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

byzance.jpgD’après Robert de Clari

« Le lendemain matin, prêtres et clercs en habit, Anglais, Danois et gens d’autres nations virent au camp des Français en procession, leur annonçant que tous les Grecs s’étaient enfuis et qu’il ne restait dans la cité que les pauvres gens. Quand les Français l’entendirent, ils furent tout joyeux ; on fit alors crier dans le camp que nul ne devrait prendre de maison avant qu’on ne les eût tirées au sort. Les hommes puissants, les hommes riches s’assemblèrent donc et décidèrent entre eux qu’ils prendraient les meilleures maisons de la ville, mais no les petites gens, ni les pauvres chevaliers n’en surent mot [...].

Quand les pauvres gens s’en aperçurent, ils allèrent à qui mieux mieux pour prendre ce qu’ils pouvaient attraper ; et là ils en trouvèrent et en prirent beaucoup, et ils en laissèrent même, car la ville était très grande et très peuplée [...].

Après on commanda que tout le butin fût porté à une abbaye de la ville ; et l’on prit dix chevaliers de haut rang parmi les pèlerins et dix Vénitiens en qui on avait confiance pour le garder. Il y avait tant de vaisselle d’or et d’argent, de draps d’or, de riches joyaux, qui c’était une rare merveille. Depuis que le monde existe, on ne vit ni on ne conquit si grand avoir, ni si noble, ni si riche, ni au temps d’Alexandre, ni à celui de Charlemagne, ni avant ni après. Je ne crois pas qu’il y eut dans les quarante plus riches cités du monde autant d’avoir qu’on en trouva à Constantinople. Et les Grecs prétendaient que les deux tiers de l’avoir du monde entier étaient à Constantinople et que le troisième tiers dispersé dans le reste du monde [...].

Mais ceux-là même qui devaient garder le butin le prenaient, joyaux d’or et tout ce qu’ils voulaient ; et tous les riches hommes prenaient joyaux d’or ou draps de soie d’or et emportaient ce qu’ils préféraient. Ils se mirent ainsi à voler le butin, et on ne donna rien aux petites gens de l’armée, ni aux pauvres chevaliers, ni aux serviteurs qui avaient aidé à le gagner, sauf l’argent non précieux, comme par exemple des bassins d’argent que les dames de la cité emportaient aux bains. Les Vénitiens eurent la moitié du butin [...].

D’après Villehardouin

« On cria alors dans toute l’armée, sur l’ordre du marquis Boniface de Montferrat qui en était le chef, de celui des barons et du duc de Venise, que tout le butin fût apporté et rassemblé comme il avait été dit et juré sous peine d’excommunication. Trois églises furent désignées pour cela et l’on y mit pour garde des Français et des Vénitiens pris parmi les plus loyaux que l’on pût trouver. Alors chacun commença à apporter le butin et à le rassembler. Les uns l’apportèrent de bon gré, les autres de mauvais gré ; la convoitise, qui est la source de tous les maux, ne manqua pas. Ainsi, les convoiteux commencèrent à retenir du butin et notre chef commença à les aimer moins [...]. Souvent les bons subissent des dommages pour les mauvais. Argent et biens furent rassemblés, et sachez que tout ne fut pas apporté ; il y en eut beaucoup qui en retinrent malgré l’excommunication du pape. Ce qui fut apporté dans les églises fut, par moitié, partagé entre les Français et les Vénitiens, comme il avait été juré par serment. Sachez que les pèlerins, quand ils eurent partagé, payèrent sur leur part cinquante mille marcs d’argent aux Vénitiens et en répartirent bien cent mille entre eux parmi leurs gens. Sachez comment : deux sergents à pied pour un à cheval, et deux sergents à cheval pour un chevalier. Sachez qu’aucun homme n’en eût davantage pour son rang ou pour ses exploits, sinon selon ce qui avait été décidé et établi, à moins que ce ne fût volé. Pour le vol, celui qui en fut convaincu, sachez qu’il en fut faut grand justice, et il y en eut assez de pendus [...]. »

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