Le retour du roi après Bouvines (1214)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

occident.jpg« Qui pourrait dire ni écrire par bouche, ni penser de cœur, ni écrire en tablettes ni en parchemin (les applaudissements, les félicitations, les hymnes triomphaux, les innombrables danses de joie des populations), la très grande fête que tout le peuple faisait au roi, comme il s’en retournait en France après la victoire ? Les clercs chantaient par les églises doux chants et délicieux en louange de notre Seigneur ; les cloches sonnaient à carillon par les abbayes et par les églises ; les moustiers étaient solennellement ornés dedans et dehors de draps de soie ; les rues et les maisons des bonnes villes étaient vêtues et parées de courtines et de riches garnitures ; les voies et les chemins étaient jonchés de rinceaux d’aubier, d’arbres verts et de nouvelles fleurettes ; tout le peuple, haut et bas, hommes, femmes, vieux et jeunes, accouraient à grandes compagnies aux passages et aux carrefours des chemins ; les vilains et les moissonneurs s’assemblaient, leurs râteaux et leurs faucilles sur leur cou (car c’était au temps qu’on cueillait le blé) pour voir et pour injurier Ferrand en liens, qu’ils redoutaient un peu avant en armes. Les vilains, les vieilles et les enfants n’avaient pas honte de le moquer et injurier, et avaient trouvé occasion de le rallier par l’équivoque de son nom, pour ce que le nom est équivoque à homme et à cheval. Il advint d’aventure que deux chevaux de la couleur qui tel nom met à un cheval le portaient en une litière et pour cela criait-on par moquerie que deux ferrants emportaient un tiers ferrant et que Ferrand était enferré, qui devant était si enragé qu’il trépignait et par orgueil s’était contre son seigneur rebellé. Telle joie fit-on au roi, et à Ferrand telle honte, jusqu’à temps qu’il vint à Paris. Les bourgeois et toute l’université  des écoliers, (le clergé  et le peuple) allèrent au roi à l’encontre (avec des hymnes et des cantiques) et montrèrent la grande joie de leur cœur par les actions du dehors ; car ils firent fête et solennité sans comparaison ; et il ne leur suffisait pas du jour, mais faisaient aussi grande fête par nuit comme par jour à grands luminaires ; car la nuit était aussi en lumière que le jour ; ainsi dura cette fête sept jours et sept nuits continuellement. »

Guillaume le Breton, Gesta Phillipi Augusti, éd. et trad. G. Duby, Le dimanche…, p. 93-94.

Publié dans Occident XIIIe s. | Pas de Commentaire »

La bataille de Bouvines d’après La relation de Marchiennes (1214)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

occident.jpg« L’an du Seigneur 1214, le sixième des calendes d’août, quelque chose digne de mémoire est arrivé, au pont de Bouvines, aux confins du Tournaisis. En ce lieu, d’un côté, Philippe, le noble roi des Francs, avait réuni une partie de son royaume. De l’autre côté, Otton qui, persévérant dans l’obstination de sa malice, avait été privé de la dignité impériale par le décret de la sainte Église, les complices de sa malice, Ferrand, comte de Flandre, et Renaud, comte de Boulogne, beaucoup d’autres barons, et aussi les stipendiers de Jean, roi d’Angleterre, s’étaient rassemblés afin, comme l’événement le prouva, de combattre contre les Français. Animés d’une haine insatiable, les Flamands, lorsqu’ils se préparaient à attaquer les Français, avaient pour se reconnaître entre eux plus facilement, fixé un petit signe de croix devant et derrière leur cotte, mais bien moins pour la gloire et l’honneur de la croix du Christ, que pour l’accroissement de leur malice, le malheur et le dommage de leurs amis, la misère et le détriment de leur corps. Ce que démontra clairement l’issue de la bataille. Ceux-ci en effet ne se remémoraient pas le sacré précepte de l’Église, qui dit : « Celui qui communique avec un excommunié est excommunié » ; persistant dans leur alliance avec Otton qui, par le jugement et l’autorité du pape, était pris dans les liens de l’anathème et avait été séparé des fidèles de la sainte mère Église, ils se moquaient de cette sentence avec impudence et malhonnêteté.

Lire la suite… »

Publié dans Occident XIIIe s. | Pas de Commentaire »

1...1617181920
 

lesjournalistes |
Carnet de voyage |
Espace d'un enseignant-appr... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | luna la lunatique dans la lune
| maman89
| *~~ Lili ~~*