L’enfance d’un roi d’après Joinville

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

occident.jpgComme je lui ai entendu dire, il naquit le jour de Saint Marc l’évangéliste après Pâques. Ce jour-là, en beaucoup d’endroits, on porte en procession des croix ; en France on les appelle les Croix noires. Ce fut une manière de prophétie de la multitude d’hommes qui moururent au cours de ces deux croisades, à savoir celle d’Égypte et l’autre, celle de Carthage, où il mourut ; et cela a été un sujet de maintes grandes tristesses en ce monde et c’est un sujet de maintes grandes joies au Paradis que la mort de ceux qui moururent en vrais croisés au cours de ces deux pèlerinages.
Il fut couronné le premier dimanche de l’Aven. Le commencement de la messe de ce dimanche est : Ad te levavi animam meam et la suite. Ce qui veut dire : « Beau sire Dieu, j’élèverai mon âme à Toi, je mets ma confiance en Toi ». Il eut la plus grande confiance en Dieu depuis son enfance jusqu’à la mort ; car au moment de mourir il invoquait en ses dernières paroles Dieu et ses saints, et particulièrement monseigneur Saint Jacques et madame Sainte Geneviève.
Dieu, en qui il mit sa confiance, l’a constamment protégé depuis son enfance jusqu’à la fin ; et il l’a protégé particulièrement dans son enfance, à un moment où il en eut bien besoin comme vous l’entendrez ci-après. Et c’est vrai aussi de son âme : Dieu le protégea grâce aux bonnes leçons de sa mère, qui aussi de son âme : Dieu le protégea grâce aux bonnes leçons de sa mère, qui lui apprit à croire en Dieu et à l’aimer, et attira dans son entourage quantité de religieux ; et dès sa plus tendre enfance elle avait fait dire devant lui et avait fait entendre toutes les heures et des sermons les jours de fête. Il rappelait que sa mère lui avait quelquefois déclaré qu’elle aurait mieux aimé qu’il fut mort plutôt qu’il ait commis un péché mortel.
Il eut bien besoin, dans sa jeunesse, de l’assistance de Dieu, car sa mère, qui était venue d’Espagne, n’avait ni parents ni amis dans tout le royaume de France. Et quand les barons de France virent que le roi était un enfant et la reine, sa mère, une femme étrangère, ils mirent à leur tête le comte de Boulogne, qui était l’oncle du roi, il y en eut parmi les barons qui réclamèrent à la reine de vastes territoires, prétendant qu’elle devait les leur donner ; et comme elle n’en voulut rien faire, tous les barons s’assemblèrent à Corbeil.
Et le saint roi me conta que ni lui ni sa mère, qui se trouvaient à Montlhéry, n’osèrent revenir à Paris jusqu’au moment où les gens de Paris vinrent sans armes les chercher. Et il me conta que, depuis Montlhéry jusqu’à Paris, le chemin était plein de gens en armes ou sans armes, et que tous imploraient Notre-Seigneur de lui accorder bonne et longue vie, et de le défendre et de le garder contre ses ennemis ; et Dieu les exauça, comme vous l’entendrez ci-après. »

Jean de Joinville, Vie de Saint Louis, J. Monfrin (éd.), Paris, 1995, p. 347-355 ; adapté de l’ancien français par J. Monfrin.

 

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La mort du roi Louis VIII (1226)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

occident.jpg« Le roi se dirige vers Béziers et Carcassonne, le légat l’accompagnant continuellement ; Monseigneur Foulque, évêque de Toulouse, n’était pas absent, et pour sa générosité, personne, quand il était à l’armée ou en route, ne pouvait savoir qu’il était exilé. Quand le roi passait avec le légat en se dirigeant vers Pamiers, l’évêque n’oubliait pas d’être généreux, envoyant d’abondants dons de pain, de vin et de viandes, après leur entrée dans le diocèse de Toulouse. Il méritait le respect de tous pour la réputation de sa bonté et du travail qu’il avait soutenu pour la foi.

Comme ils étaient à l’honneur de Dieu et des libertés de l’Église, et particulièrement il frappa d’un édit nécessaire et salutaire de Narbonne célébré au carême suivant [dans le canon] qui commence par « D’heureuse mémoire ».
Quittant Pamiers par Belpech où ils couchèrent, ils vinrent à Castelnaudry, et de là à Puylaurens, où ils passèrent de même la nuit, et le lendemain à Lavaur. De là, partis pour Albi, et laissant la garde du pays à messire Imbert de Beaujeu, homme doué pour la guerre et endurant, avec une très grande troupe de combattants, le roi et le légat se mirent en route par l’Auvergne.
Mais le roi, atteint d’une affection qu’il tenait cachée, ainsi qu’on le dit plus tard, acheva le cours de la vie présente à Montpensier, en automne, le Seigneur le voulant ainsi. Son intention était de revenir dans ces pays-ci le printemps suivant, s’il survivait.
Or c’était, à ce qu’on disait, une maladie qui pouvait être soulagée en usant d’une femme. Ainsi que j’entendis rapporter la chose à un homme digne de foi, le noble Archambaut de Bourbon, qui était dans la familiarité du roi, apprenant qu’il pouvait être soulagé en tenant une femme dans ses bras, trouva une jeune fille, belle et noble, lui apprit comment elle s’offrirait au roi et lui dirait qu’elle venait, non par un désir de jouissance, mais parce qu’elle avait appris le remède à sa maladie, et la fit introduire dans la chambre à coucher du roi par les chambellans, de jours, pendant qu’il dormait. Le roi, se réveillant et la voyant debout auprès de lui, lui demanda qui elle était et comment elle était rentrée. Elle lui raconta, comme on le lui avait appris, pourquoi elle était venue. Le roi la remercia et dit : « Il n’en sera pas ainsi, jeune fille. Je ne saurais en aucune manière commettre un péché mortel ». Il appela messire Archambaut et lui ordonna de la marier honorablement.
Ce roi était, en fait comme en titre, digne de régner sur les autres, lui qui régnait sur lui-même avec une telle force d’âme, lui qui, même à supposer que cela eût été possible, ne voulut pas éviter la mort par son péché.
Son fils aîné, Louis, lui succéda dans la royauté. Il avait 14 ans quand il commença à régner, et il était, à l’âge près, l’image de son père pour les mœurs et les vertus. Comme je l’ai dit plus haut, ce que redoutait son grand-père le roi Philippe arriva, que le royaume restât entre les mains d’une femme et d’enfants. Mais quoique au changement de roi beaucoup de troubles se fussent produits, on reconnaît pourtant que le Seigneur Dieu embrassa la cause du royaume, surtout à l’évidence en cette affaire que je crois devoir poursuivre, ainsi que la suite le montrera. »

Guillaume de Puylaurens, Chronique, éd. Jean Duvernoy, Paris, 1976, p. 120-125.

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