Le procès d’Enguerran de Coucy d’après la chronique de Primat (1259)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

occident.jpg« Bien qu’il [Enguerran de Coucy] fût homme de si noble parage que tous les plus nobles princes du royaume lui appartenaient par lignage, il dut à la fin racheter sa vie en donnant de sa monnaie aux pauvres, parce qu’il avait forfait en la mort des enfants qu’il avait fait pendre.
Car trois nobles enfants de Flandres étaient en l’abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois, qui avaient été envoyés là pour apprendre le langage de France : lesquels, comme ils allaient s’ébattant et jouant et -comme certains racontent- en tirant avec arcs et flèches les lapins parmi les bois du sire de Coucy, furent trouvés et pris par les forestiers. Et quand ils les eurent menés en prison, les sergents rapportèrent au seigneur ce qu’ils avaient fait. Et le seigneur tantôt, sans connaître la cause ni l’âge, donna sentence qu’ils soient pendus, et les fit pendre.
Sur ces entrefaites, l’abbé de Saint-Nicolas, en la garde duquel ils étaient, et Gilles le Brun, connétable de France, du lignage duquel on disait que l’un des enfants était, apportèrent à grande instance la complainte au roi.
Et donc le roi fit appeler pour cette chose le sire de Coucy à la cour, pour répondre sur le cas de si grande félonie. Lequel, venu en la présence du roi, dit qu’il ne devait pas être contraint à répondre, mais devait être jugé selon la coutume par les pairs déjà mis en avant devant la cour, la terre de Boves et de Gournay, qui avait été divisée par partie de frères, emportait la seigneurie de la baronnie – et donc le négoce pendant un tel état – le roi fit prendre le seigneur de Coucy, et non par les pairs ni par les chevaliers, mais par les valets de la salle, et le fit mener au Louvre en prison et le fit garder.
Et il établit un jour où tous les barons seraient là. Il fit donc assembler tous les barons. Et quand ils furent assemblés, il fit amener le seigneur de Coucy au milieu de tous ; et donc le roi le contraignit à répondre sur le cas susdit.
Et donc, avec l’accord du roi, il assembla en son conseil tous les barons de son lignage ; il y eut là si grande noblesse de son lignage que le roi demeura presque tout seul, hormis son conseil. Car le roi ne savait pas qu’il y en eut tant qui fussent de la suite de sa parenté.
Et c’était le soin du roi de juger le juste jugement sans fléchir, au point qu’il fut puni d’une telle peine et condamné à une mort semblable. Et fut à grand-peine décidé avec le roi, par les prières et les requêtes des barons, qu’il rachèterait sa vie de dix mille livres environ, et qu’il ferait faire deux chapelles pour les âmes des enfants, où l’on célébrerait tous les jours la messe.
Mais ce véritable ami et cultivateur de droiture, à savoir Louis roi de France, ne mit pas cette monnaie en ses trésors mais répartit tout en œuvres de piété. Par ce pécule, il accrut les rentes de la maison Dieu de Pontoise, et fit faire les écoles et le dortoir des Jacobins, fit l’église des frères Mineurs de Paris, qu’il accomplit dès les fondements toute entièrement.
Et cette chose fut grand exemple de justice aux autres rois, que ceux qui étaient nés de si nobles lignages et qui étaient ainsi accusés comme des pauvres et simples gens de telle félonie parmi les siens si nobles doivent à grand-peine trouver remède de leur vie. »

Jean du Vignay, Chronique de Primat, éd. Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France, XXIV, Paris, 1904 ; cité par E. Faral, « Le procès d’Enguerran IV de Couci », Revue historique de droit français et étranger, 4e série, 26 (1948), p. 213-258, 217-219. Adapté par J.-L. Biget, P. Boucheron, La France médiévale, II : XIIIe-XVe siècle, Paris, 2000, p. 27-28.

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La justice en Louis IX dans l’affaire du sire de Coucy

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

occident.jpg« Il advint en ce temps qu’en l’abbaye de Saint-Nicolas au bois qui est près de la cité de Laon, demeuraient trois nobles jeunes gens [enfants] natifs de Flandre, venus pour apprendre le langage de France2. Ces jeunes gens allèrent jouer un jour dans le bois de l’abbaye avec des arcs et des flèches ferrées pour tirer et tuer les lapins. En suivant leur proie qu’ils avaient levée dans le bois de l’abbaye, ils entrèrent dans un bois appartenant a Enguerran le seigneur de Coucy. Ils furent pris et retenus par les sergents qui gardaient le bois. Quand Enguerran apprit ce qu’avaient fait ces jeunes gens par ses forestiers, cet homme cruel et sans pitié fit aussitôt pendre les jeunes gens. Mais quand l’abbé de Saint-Nicolas qui les avait en garde l’apprit, ainsi que messire Gilles le Brun, connétable de France au lignage de qui appartenaient les jeunes gens3, ils vinrent trouver le roi Louis et lui demandèrent qu’il leur fît droit du sire de Coucy. Le bon roi droiturier, dès qu’il apprit la cruauté du sire de Coucy, le fit appeler et convoquer à sa cour pour répondre de ce vilain cas. Quand le sire de Coucy entendit le commandement du roi, il vint à la cour et dit qu’il ne devait pas être contraint à répondre sans conseil ; mais il voulait être jugé par les pairs de France selon la coutume de baronnie.

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