La lutte entre Louis VI et l’empereur Henri V (1124)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

concile.jpg‘L ‘empereur Henri avait depuis longtemps conçu en son cœur de la rancune contre notre seigneur le roi Louis, cela du fait de l’anathème dont il s’était vu frapper dans le royaume de ce dernier, à Reims, au concile tenu par le seigneur pape Calixte. Dans le temps qui précéda le décès de celui-ci, il rassembla un ost, aussi considérable que possible, de Lorrains, d’Allemands, de Bavarois, de Souabes et, quoique exposés à leurs attaques, de Saxons. Sur le conseil du roi d’Angleterre Henri, dont il avait fait la fille reine en l’épousant, et qui lui-même prenait l’offensive contre le roi Louis, il machina, tout en feignant de se diriger d’un autre côté, une attaque brusquée contre la cité de Reims, projetant soit de la détruire tout d’un coup, soit de lui infliger en la bloquant un déshonneur et un accablement proportionnés à l’importance du concile durant lequel le seigneur pape avait procédé contre lui. Monseigneur le roi Louis, ayant eu connaissance de la menace par le rapport d’amis intimes, opère avec autant de vaillance que d’audace une levée inattendue […] volant vers l’ennemi à la tête d’une poignée d’hommes ; afin de pourvoir aux circonstances, il invite la France tout entière à le suivre. L’audace inaccoutumée des ennemis, remplissant d’indignation les Français, ajoutait à leur ardeur accoutumée ; de toutes parts la chevalerie se lève, on délègue des forces, des hommes, qu’anime le souvenir de leur antique vaillance et des victoires passées. Nous nous réunîmes tous à Reims. Nous formions une masse puissante. On voyait une telle quantité de chevaliers et de gens de pied qu’on eût dit des sauterelles dérobant aux yeux la surface de la terre, non seulement le long des cours d’eau, mais aussi sur les montagnes et dans la plaine. Durant toute une semaine, le roi attendit l’attaque des Teutons […]. On pourvut aussi à ce que, partout où l’ost, à condition seulement que le terrain s’y prêtât, engagerait la lutte, des chars et des charrettes portant de l’eau et du vin pour les combattants fatigués et les blessés fussent placés en cercle, comme des châtelets ; ainsi, ceux que leurs blessures obligeraient à quitter la bataille se réconforteraient là en buvant et en resserrant les bandages de leurs plaies, puis, ainsi endurcis, reviendraient lutter pour obtenir la palme. La nouvelle publiée des mesures prises pour une si grande et si terrible mobilisation, et aussi de l’apparition d’une si héroïque levée d’hommes, parvint donc aux oreilles de l’empereur. Usant de feinte et de dissimulation, il s’enfuit subrepticement, tout en palliant le motif de sa fuite, et il se dirigea d’un autre côté, aimant mieux endurer la honte d’une désertion que d’exposer aux écrasantes représailles des Français son empire et sa personne en péril de ruine. »

Suger, Vie de Louis VI le Gros, Paris, 1929 ; éd. J. Calmette, J.-J. Gurber, Textes et documents d’histoire, 2 (le Moyen Âge), Paris, 1937, p. 81-82.

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Louis VII et l’assemblée de Soissons (1155)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

concile.jpg« Moi, Louis par la grâce de Dieu roi de France. Afin de réprimer la fièvre des méchants et d’arrêter les mains violentes des pillards, à la demande du clergé et avec l’accord du baronnage, nous décrétons la paix dans tout le royaume. Pour cette saison, l’année du verbe incarné 1155, le 4 des ides de juin, nous avons réuni un concile à Soissons. Y furent présents les archevêques de Reims et de Sens ainsi que leur suffragants, tout comme les barons, les comtes de Flandre, de Troyes ou de Nevers, et d’autres très nombreux, et le duc de Bourgogne.

Par leur volonté, nous prescrivons qu’à partir de la prochaine fête de Pâques, et pour dix ans, toutes les églises du royaume et l’ensemble de leurs possessions, tous les paysans, le gros et le petit bétail également et, pour ce qui est de la sécurité des chemins, tous les marchands où qu’ils se trouvent et tous les hommes quels qu’ils soient – tant qu’ils seront prêts à venir en justice devant ceux qui doivent leur rendre justice – aient absolument tous la paix et pleine sécurité. Nous avons dit en plein concile et devant tous, par le verbe royal, que nous observerions cette paix sans la briser et que, s’il en trouvait pour violer la paix prescrite, nous ferions justice d’eux selon notre pouvoir.

Ont juré pour cette paix le duc de Bourgogne, le comte de Flandres, le comte Henri, le comte de Nevers, le comte de Soissons et le reste du baronnage présent. Le clergé également, les archevêques et les évêques, les abbés ont promis, devant les reliques sacrées et au vu de tout le concile, d’observer cette paix, de leur côté, de toutes leurs forces ; et pour que justice soit faite des violences, ils ont promis de nous aider selon leur pouvoir et ils l’ont proclamé dans la stabilité de la parole consacrée.

Pour que la chose soit entendue plus largement et qu’on n’en perde pas le souvenir, j’ai confié à la mémoire des lettres la stipulation de la chose faite et la teneur de la paix, et nous avons ordonné de les fortifier de l’autorité de notre sceau. »

Recueil des historiens des Gaules et de la France, XIV, Paris, 1806, p. 387-388 ; traduction du latin et éd. par G. Brunel, E. Lalou (dir.), Sources d’histoire médiévale, IXe – milieu du XIVe siècle, Paris, 1992, p. 142-143.

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