Lettre de Grégoire VII à l’apôtre Pierre (Carême 1076)

Posté par sourcesmedievales le 26 octobre 2008

xie.jpgLettre de Grégoire VII à l’apôtre Pierre datée du synode de Carême 1076

« O bienheureux Pierre, prince des apôtres… je t’en prie, écoute-moi qui suis ton serviteur, que tu as nourri dès l’enfance, et préservé jusqu’à ce jour de la main des méchants, qui m’ont haï et me haïssent parce que je te suis fidèle. Tu m’es témoin, ainsi que ma souveraine, la Mère de Dieu, ainsi que le bienheureux Paul, ton frère entre tous les saints, tu m’es témoin que la Sainte Église romaine m’a porté malgré moi à son gouvernail ; que je n’ai pas songé à m’élever sur ton trône comme un voleur, et que j’aurais préféré finir ma vie en humble pèlerin (c’est-à-dire en moine) plutôt que d’occuper ta place par la ruse et par un sentiment de gloire mondaine. S’il t’a plu et s’il te plait encore que le peuple chrétien, spécialement confié à ta garde, m’obéisse, c’est là, je crois, un effet de ta grâce, et nullement le résultat de mes œuvres. Et c’est de ta grâce que je tiens le pouvoir, qui t’a été donné par Dieu, de lier et de délier dans le Ciel et sur la terre. Fort de cette confiance, pour l’honneur et la défense de ton Église, de la part du Dieu tout puissant Père, Fils et Saint Esprit, en vertu de ta puissance et de ton autorité, j’interdis au roi Henri, fils de l’empereur Henri, qui s’est élevé contre ton Église avec une insolence inouïe, le gouvernement de tout le royaume des Teutons et de l’Italie, je relève tous les chrétiens du serment qu’ils lui ont prêté ou qu’ils lui prêteront, et je défends que toute personne lui obéisse comme à un roi. Que celui qui s’efforce d’amoindrir l’honneur de ton Église, perde lui-même l’honneur qu’il parait avoir. Comme il a dédaigné d’obéir en chrétien, et n’est pas revenu à Dieu, qu’il a abandonné en communiquant avec des excommuniés, en méprisant les avis que je lui avais donnés pour son salut, tu le sais, en s’efforçant de déchirer ton Église… ; pour tout cela, je le lie, en ton nom, au lien de l’anathème ; je le lie sur la foi de ton pouvoir, pour que les nations le sachent et éprouvent que tu es Pierre et que sur cette pierre le Fils de Dieu vivant a élevé son Église, contre laquelle les portes de l’Enfer ne prévaudront jamais. »

D’après Grégoire VII, Registrum, livre III, 10 a, Monumenta Germaniae Historica, Berlin, 1920-30, p. 270-271, traduit et commenté dans Ch. Brooke, L’Europe au milieu du Moyen Age, Sirey, Paris, 1967, p. 255-256.

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Chrysobulle de Venise (1082)

Posté par sourcesmedievales le 26 octobre 2008

xie.jpg« … C’est pourquoi, et en récompense des services de ce genre, ma (majesté) impériale a bien voulu, suivant la teneur de ce présent chrysobulle, qu’ils reçoivent chaque année, à l’époque des solennités, une roga de 20 livres et que cet argent soit distribué dans leurs propres églises suivant leurs volontés. Elle a également honoré leur noble duc de la très vénérable dignité de protosébaste avec sa roga dans toute son intégralité. Et elle n’a pas limité à la seule personne du duc (actuel) cet honneur, qui ne s’arrête pas, est perpétuel, et est transmis par voie de succession aux ducs qui seront par la suite à la tête de la ville. Elle a également honoré leur patriarche de la dignité d’hypertinos, c’est-à-dire superhonorable, avec une roga de 20 livres. Et cet honneur, elle l’a transmis par voie de succession à ceux qui seront patriarches par la suite, pour que lui aussi n’ait pas de fin, soit perpétuel et non restreint à sa personne [actuelle]. Et ma [majesté] impériale a décidé que la très sainte église du saint apôtre et évangéliste Marc, qui est à Venise, reçoive chaque année 3 nomisma d’un représentant de tous les Amalfitains qui tiennent des ergastères dans la grande cité et toute la Romanie. En plus, elle leur donne aussi les ergastères qui sont dans l’embolos de Perama, avec plusieurs étages, dont les entrées et sorties débouchent dans toute [la rue] qui va de l’Hebraica jusqu’à Vigla, ceux qui sont habités comme ceux qui ne le sont pas et ceux dans lesquels demeurent les Vénitiens comme ceux des Grecs, et trois échelles maritimes, qui sont délimitées audit endroit. Elle donne aussi à Saint-Akindinos un mankipion, à savoir un four qui est sur le côté de l’église, qui touche à la maison de Pierre ; son revenu est de 20 besants. De même elle donne l’église du saint apôtre André, qui est à Dyrrachium [Durazzo] avec tous les revenus impériaux qui y sont attachés, à part l’aphésis [exemption] qui y est attachée et que l’on doit accorder aux chelandia [barques]. Elle leur a aussi accordé de commercer avec toute marchandises dans toutes les régions de la Romanie, c’est-à-dire auprès de la grande Laodicée, Mammistra, Adana, Tarse, Atalia, Strobilos, Chio, Theologos, Phocé, Durazzo, Valona, Corfou [?], Bondiza, Modon, Coron, Nauplie, Corinthe,Thèbes, Athènes, Euripe, Démétrias, Salonique, Chysopolis, Périnthe, Abydos, Rodosto, Andrinople, Apros, Héraclée, Sélimbrie, et dans la Mégalopolis (Constantinople) même, et plus simplement dans toutes les régions qui sont au pouvoir de notre pieuse mansuétude. »

Extrait, P. Braunstein, R. Delort, Venise. Portrait historique d’une cité, Paris, 1971.

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