Guerre moderne, guerre médiévale

Posté par sourcesmedievales le 26 août 2012

Guerre moderne, guerre médiévale dans Actualités armures1918-300x226

Pare-balles portatifs américains, en test au fort de La Peigney, à Langres, 1918 © US National Archives, DR.

1er août 1914. Alarmé par le tocsin et le roulement de tambour des gardes champêtres, la population française se retrouve rassemblée devant l’affiche tricolore annonçant la mobilisation générale pour le lendemain. Progressivement, malgré les moissons en cours et les prometteuses vendanges à venir, tous les hommes valides de 20 à 46 ans se préparent à rejoindre les casernes. En pour beaucoup, c’est une évidence, ils partent pour un été. Mais en décembre, après cinq mois de guerre et presque 350.000 morts pour la France, les combattants se retrouvent enlisés dans un réseau de tranchées inexpugnables qui serpente de la mer du Nord à la frontière suisse. Et cette guerre de position imprévue, qui se trouve bien éloignée du règlement de 1914, celui exaltait l’offensive à outrance et la furie des charges à la baïonnette, embarrasse fortement les belligérants.

De fait, l’hypothèse d’une guerre de tranchée n’avait pas effleuré l’imagination des chefs, et cette possibilité ne se retrouvait dans aucun des nombreux plans si soigneusement étudiés avant 1914. Pourtant en ce début d’hiver, et ce dans les deux camps, les munitions commencent à manquer, mais surtout le soldat français est dans l’impossibilité de répondre à de redoutables et modernes petits mortiers allemandes de tranchée et aux nombreux jets de grenades venant des lignes ennemies. C’est donc par obligation, mais aussi par impuissance à trouver d’autres solutions aux nombreuses contraintes et désagréments imposés par cette usante guerre de siège, que les hommes vont faire ressurgir des armes, des protections et des techniques venant des temps anciens et des conflits passés.

Avec cette nouvelle guerre, les blessures à la tête se multiplient et la question d’une protection crânienne est vite abordée. En France, malgré le scepticisme de Joffre, mais définitivement imposé par les faits, un casque d’acier est adopté en avril 1915. C’est le célèbre casque Adrian, du nom de son inventeur. Appelé à ses débuts « bourguignotte », il ressemble en effet à la coiffure des troupes bourguignonnes au temps de la Renaissance. L’adversaire lui, ne touchera un casque d’acier qu’en février 1916, au début de la bataille de Verdun.
Du côté allemand, sur le front des Vosges, le générale Gaede, autant pour protéger ses troupes que pour trouver des solutions à cette imprévisible et irritante stabilisation des lignes, va nourrir sa réflexion à partir d’anciens textes traitant de la guerre de siège. Il fait fabriquer une protection crânienne en acier, sorte de cervelière avec avancée nasale, expérimente des masques pour protéger le visage, commande divers types de boucliers, protecteurs individuels et d’un maniement difficile, mais aussi des boucliers de parapet permettant de surveiller et de tirer en étant relativement protégé des balles et des éclats d’obus. Et ces objets lourds et encombrants rappellent étrangement les protections utilisées au cours des lointains siècles passés, lors du siège d’un château ou d’une place fortifiée. Sur ce même front, avant de s’étendre de l’est à l’ouest, une autre pratique ancienne reprend vigueur : la guerre de mine. Il s’agit de creuser des galeries sous les lignes adverses, puis de faire exploser de puissances charges explosives.

Mais il ne suffit pas de se protéger, il faut aussi, pour la France, répondre aux matériels modernes utilisés par l’armée allemande. Ce sont de petits mortiers, puissants et précis, très adaptés à la guerre des tranchées et expérimentés bien avant le début de la guerre. L’une des premières réponses françaises sera de ressortir des arsenaux, et même des musées, les antiques et désuets mortiers en bronze, tels que ceux utilisés depuis Vauban. Ainsi le boulet va s’opposer à l’obus moderne.

Mais plus surprenante encore est l’apparition dans les tranchées de l’ancienne baliste et de l’antique fronde. En cette période de balbutiement, ces armes surgies de la nuit des temps seront l’une des réponses provisoires, mais de débrouillardise, pour envoyer des petits dispositifs explosifs à des distances supérieures à celle du lancer à la main. Il en est de même de la grenade à main, une invention vieille de dix siècles et qui était en France presque oublié des armées. Elle redevient une nécessité et le simple pétard artisanal, rudimentaire et peu dangereux, distribué au début de l’année 1915, va évoluer rapidement en un redoutable engin inséparable de la guerre des tranchées.

Alors que le camouflage devient un art, cette guerre de position va également imposer l’emploi d’unités spécialisées pour la reconnaissance, le coup de main et l’assaut. Ce sont les violente armes du spadassin, le poignard et la matraque, utilisées avec le pistolet et la grenade, qui vont particulièrement être privilégiées par ces « trompe-la-mort ».

Ainsi, pendant que le conflit s’industrialise et s’intensifie, que les armes nouvelles comme l’aviation, le char et la mitrailleuse prennent leur essor avant de s’imposer tout le long du XXe siècle comme les incontournables de la guerre moderne, les combattants de la guerre des tranchées se retrouvent être confrontés brutalement, autant à des avancées visionnaires qu’à la résurgence d’armes archaïques et de procédés surannés. Passé et futur semblant être une sorte de reflet de l’impuissance des hommes à trouver dans le présent la porte de sortie de ce sanglant et destructeur épisode de l’histoire des peuples.

Jean-Pierre Vernet, in « 1917 », catalogue d’exposition du Centre Pompidou-Metz,
p. 152-153, mai 2012.

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