Conflits entre seigneurs dans la région de Soissons (1089)

Posté par sourcesmedievales le 18 novembre 2008

xie.jpg« … Afin qu’entre nous [les chanoines] et Nivelon de Pierrefonds, ou ses successeurs, il n’y ait plus de discorde, nous avons prescrit d’écrire ci-dessous ce à quoi il a renoncé, tout en confiant à l’écriture et à la mémoire les choses qui lui sont dues dans les villages. Ses sergents avaient coutume, lors de ses passages à Ambleny, de prendre pour manger de la viande de porc, de mouton ou d’autres, selon la convenance du moment. Il a abandonné cela, et celle aussi qu’il exigeait pour son approvisionnement, le jour du plaid d’avouerie, de nos hôtes qui n’étaient pas ses hommes coutumiers. Les sergents de Nivelon avaient aussi coutume de réquisitionner pour ses travaux les bêtes de nos hommes où et quand ils les trouvaient et sans l’assentiment de ceux à qui elles appartenaient. Quand l’un de nos hommes offensait en quelque chose Nivelon, sans porter plainte comme ils auraient dû à nous ou à nos ministériaux, ses ministériaux ne laissaient rien à nos dépendants, pillant leurs maisons et pillant la terre du sanctuaire. À ceci aussi Nivelon renonça, à cette condition : les viandes qu’il exigeait pour l’approvisionnement, le jour de son plaid, de nos hôtes qui lui devaient le plaid, il le recevra, mais les achètera au juste prix. Il convient aussi de ne pas passer sous silence que si l’un de nos hommes avait deux fils ou plus, et si ceux-ci, parvenus à l’âge adulte, voulaient s’établir en nos alleux, sur lesquels Nivelon n’avait rien, il leur interdisait de le faire. Ce qu’il a ensuite admis, à condition que leurs exploitations de son avouerie ne restent pas désertes. Il a restitué la portion de l’aire qu’il nous avait enlevée. Il a rendu l’emplacement des trois maisons sises à Darnetal, celles de Jean le fils de Fulrad, de Grentin et d’Aubrade, étant prouvé par notre serment qu’elles étaient à nous. Il a laissé les pâtures usurpées par ses ministériaux, étant prouvé de la même manière qu’elles étaient de notre domaine. Tout ceci pour Ambleny. Nous arrivons maintenant à ce qui concerne Chelle. À Chelle, nul de ses ancêtres n’avait jamais eu de droit, sauf deux manses, jouxtant ce domaine, et une corvée de la moitié des bêtes de labour, due pour la garde du village. Mais Nivelon accablait celui-ci à tel point que, outre son droit, quotidiennement, non seulement lui mais ses chevaliers et ses serfs prenaient chevaux, bœufs et ânes pour faire tous travaux. Il défendait qu’il y ait là, sans son autorisation, ni forgeron, sauf redevance annuelle de douze deniers par enclume, ni boulanger, ni cordonnier, ni boucher, ni tavernier. Il faisait plusieurs fois par an faucher et gâter par ses palefreniers nos prés et ceux de nos tenanciers. Chaque année il réclamait une corvée des habitants du village pour la défense de son château.
Excommunié pour tout ce qu’il percevait indûment et visité enfin par la grâce de Dieu, par le conseil de ses chevaliers et par les prières de sa probe épouse, il abandonna au Seigneur Dieu et à nous les coutumes injustes qu’il exigeait à Chelle. Mais nous, parce qu’il avait la garde de Chelle, outre les manses et la demi-corvée qu’il tenait d’ancienneté, comme on a dit, pour la garde du village, afin qu’il fasse désormais meilleur service et qu’il nous aime mieux, nous lui avons concédé en accroissement de son fief, dans ce même village, deux corvées qu’il n’avait pas jusqu’alors, l’une aux moissons, pour transporter les récoltes appartenant au domaine du château de Pierrefonds, sauf les récoltes de Sermoise, Ciry et Autrèches ; l’autre aux vendanges pour transporter le vin, sauf celui desdits villages. Il a été concédé que les animaux du domaine des frères et ceux du prévôt, du maire, du doyen et du prêtre n’iraient pas faire ces corvées, et que les ministériaux de Nivelon ne prendraient pas eux-mêmes les animaux de corvées, mais qu’il seraient réquisitionnés, aux moments qu’on a dit, par nos ministériaux. Si tous les animaux devant la corvée ne pouvaient être fournis ce même jour, ils seraient livrés dans la quinzaine sans amende. La corvée étant faite, quand les bêtes seront rendues, si un animal est mort dans la corvée, nous estimons que son maître sera dédommagé au juste prix. Cela Nivelon l’a abandonné et nous lui avons concédé ceci. Et d’un commun accord nous avons fait rédiger ces lettres, afin que par elles et par le témoignage souscrit de chaque parti, toute querelle soit apaisée entre nous et lui ou ses successeurs.
Fait dans la maison du prévôt Lisiard, l’an de l’incarnation du Seigneur 1089. »

Trad. G. Duby, L’économie rurale et la vie des campagnes de l’Occident médiéval, 2, Paris, 1962, p. 671-673.

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