Les tours à Pise (1088-1092)

Posté par sourcesmedievales le 11 novembre 2008

xie.jpg« Au nom de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Moi Daimberto, évêque, bien qu’indigne, de Pise par la divine providence, en accord avec mes compagnons, tous hommes courageux et sages, Pietro vicomte, Rolando et Stefano Guinezone, Mariano et Alberto, considérant le mal ancien de la cité de Pise, l’orgueil, à cause de quoi chaque jour se produisent d’innombrables homicides, trahisons, mariages incestueux entre parents, en particulier à l’occasion de destructions de maisons et de nombreux autres maux, avec l’accord des hommes cités plus haut, je décide d’imposer fermement à tous les habitants de Pise, des faubourgs et de Cinzica, au nom du serment prêté par eux, que personne à partir d’aujourd’hui n’ose construire ou faire réparer de quelque façon que ce soit sa maison de sorte qu’elle dépasse en hauteur la tour de Stefano, fils de Baldovino, et de Lamberto – pour ceux de Cinzica, la tour de Guinizone fils de Gontolino – sur la terre qui lui appartient ou qu’il tient comme si elle lui appartenait, sauf si celui qui voudra agir de façon contraire peut démontrer légalement que la tour lui appartient à lui et non pas à celui qui la tient, et sauf à l’entrée et à la sortie du pont. Et sur la terre de l’église, que personne n’ose édifier une maison plus élevée que la hauteur susdite pour le compte de celui à qui elle appartient légalement.

Et s’il y avait discorde sur la mesure des tours à cause du terrain sur lequel elles se trouvent, dans le cas où un terrain serait situé plus en hauteur qu’un autre, qu’on égalise la hauteur [des tours] selon un repère donné et que personne ne construise, en pierre ou en bois, au-delà de ce repère, et si quelqu’un voulait construire plus en hauteur, vous devez l’en empêcher avec fermeté. Et que personne ne s’approprie la maison d’autrui contre la volonté de son propriétaire, ne la détruise ou ne la détériore volontairement de quelque façon que ce soit, sauf par décision unanime de la cité ou de la majorité des habitants les plus influents et les plus sages, et que ceci ne soit autorisé à personne d’autre.
Que personne ne construise à l’intérieur de sa maison ou autour d’elle ou sur sa propre parcelle des bretèches, des beffrois ou d’autres encorbellements  de bois qui peuvent servir au combat, à moins que ce soit la ville elle-même qui le décide pour le bien commun. Que ceux qui en possèdent les détruisent, et qui ne veut pas obtempérer pourra être poursuivi. Si quelqu’un possède chez lui des planches de bois pour construire des bretèches, qu’il s’en sépare avant huit jours, s’il se trouve à Pise en ce moment ; si au contraire il est absent de la ville, qu’il le fasse dès son retour en ville. Depuis sa maison, à l’aide d’échelles ou de passerelles ou d’autres façons, ou bien depuis la maison d’autrui, avec des échelles ou des passerelles ou d’autres façons, que personne ne lance volontairement des pierres ou d’autres projectiles qui puissent endommager les maisons des autres ou blesser quelque personne intentionnellement, ou ne permette qu’ils soient lancés depuis sa maison. (…)
Si quelqu’un reçoit de quelqu’un d’autre le serment de ne pas élever sa propre maison de plus de 36 bras, à peu près, sans son autorisation, nous jugeons qu’il doit être délier de son serment (….)
Que tous ceux qui possèdent des tours plus hautes que la mesure susdite les fassent abaisser avant un mois selon la mesure que nous avons établie, s’ils sont absents de Pise, qu’ils le fassent au plus tard un mois après leur retour. S’ils ne veulent pas le faire, que personne ne se sente obligé de respecter ce compromis à leur égard.
Nous faisons exception pour la tour de Ugo vicomte et pour la tour des fils de Albisone et nous jugeons que personne ensuite ne pourra construire au-delà de la mesure prescrite pour ne pas nuire à ceux qui ont accepté ce compromis. Si l’inverse se produisait, c’est-à-dire si quelqu’un offensait d’autres personnes, alors nous voulons que le peuple soit délié du compromis à l’endroit de l’assaillant et aide l’offensé, dès lors que celui-ci se plaindra auprès du conseil de la cité. »

F. Bonaini, Statuti inediti della città di Pisa dal XII al XIV secolo, I, Florence, 1854, p. 16-17 et  R. Bordone, La società urbana nell’Italia comunale (secoli XI-XIV), Turin, 1984, p. 179 ; trad. J.-L. Gaulin.

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