Installation d’une communauté juive à Spire (1084)

Posté par sourcesmedievales le 11 novembre 2008

xie.jpg« Au nom de la sainte et indivisible Trinité. Moi, Rüdiger surnommé Huozmann, évêque des Némètes, lorsque j’entrepris de faire une ville du village de Spire, j’ai estimé accroître mille fois l’honneur du lieu en y faisant venir des Juifs. Après les avoir rassemblés, je les ai installés hors de la communauté et du lieu de résidence des autres citoyens et, afin qu’ils ne soient sans cesse dérangés par l’insolence d’une foule grégaire, je les ai entourés d’un mur. Le lieu de leur habitat, que j’avais légalement acquis – le versant en pente tout d’abord, à la suite d’un achat et d’un échange, puis la partie basse à la suite d’un don de cohéritiers – je le leur ai abandonné moyennant le versement chaque année de trois livres et demie de monnaie de Spire destinées à l’entretien de la communauté de nos frères [chanoines].

Je leur ai concédé, en outre, dans toute l’étendue de leur résidence, ainsi que dans la zone comprise entre la région au-delà du port et le port fluvial, et dans le port lui-même, la libre faculté de changer l’or et l’argent, d’acheter et de vendre ce qui leur plaît. Je leur ai aussi accordé, sur le patrimoine de l’Église, un lieu de sépulture héréditaire. J’ai enfin ajouté que, si un Juif étranger recevait l’hospitalité chez eux, il n’aurait aucun tonlieu à acquitter.

Comme le fait le tribun de la ville parmi les citoyens, leur archisynagogue devra juger toute plainte surgie parmi eux ou contre eux. S’il arrive qu’il ne puisse la trancher, l’affaire devra être évoquée devant l’évêque ou son chambrier. Ils n’assureront les services de veille, de garde et de fortifications qu’autour de leur quartier ; les gardes, ils les accompliront en commun avec les sergents. Ils ont le droit de recruter parmi les nôtres des nourrices et des serviteurs à gages. Les viandes des animaux abattus qui leur sont interdites en vertu des prescriptions de leur Loi, ils pourront en toute liberté les vendre aux Chrétiens, et les Chrétiens pourront les acheter tout aussi librement. En résumé, afin de leur témoigner ma bienveillance sans limite, je leur ai concédé la loi la meilleure que possède le peuple juif dans une ville du royaume teutonique. Afin qu’aucun de mes successeurs ne puisse revenir sur cette donation et cette concession, qu’ils ne puissent imposer aux juifs un cens plus élevé, comme s’ils avaient usurpé cette réglementation et ne l’avaient pas reçue de l’évêque, je leur ai laissé cette charte comme preuve appropriée. Afin que le souvenir en demeure dans les siècles à venir, je l’ai corroborée en la souscrivant de ma main et l’ai fait marquer de mon sceau. Donné le jour des ides de septembre de l’an de l’Incarnation du Seigneur 1084, indiction 7, la 12e année de l’évêque susnommé ».

A. Hilgard, Urkunden zur Geschichte der Stadt Speyer, Strasbourg, 1885. Traduit du latin.

Une Réponse à “Installation d’une communauté juive à Spire (1084)”

  1. SCHMITZ Pierre dit :

    Remarquable publication.
    A ma connaissance, un des tous premiers textes ayant concédé libertés fondamentales et constitutif de droit.
    Mais libertés limitées à un groupe.

    Si vous disposez d’autres textes précoces d’affirmation de libertés (communales ou attribuées à tel groupe de population), dans l’un des domaines suivants, je vous saurais gré d’avoir la bonté de me l’indiquer: charte ayant contenu conventions ou représentations à l’effet de protéger ou garantir tout ou partie de ce qui suit :
    qu’il n’y aura pas de confiscation ou spoliation arbitraire de tout ou partie du patrimoine d’un ou plusieurs des bourgeois (ou habitants) de la ville, qui serait irrespectueuse du droit de manière ouverte ou déguisée par artifice en pratique soi-disant respectueuse du droit ;
    qu’il n’y aurait pas d’arbitraire dans l’exercice par le Comte, prince, ou souverain de ses pouvoirs vis-à-vis de la ville
    qu’il n’y aurait pas de privation de liberté arbitraire, ni de violence arbitraire contre un ou des bourgeois de la ville (ou à l’encontre de la généralité de ses habitants): toujours dans le respect du droit;
    qu’il n’y aurait pas de violence arbitraire contre les biens d’un ou de bourgeois de la ville (ou contre les biens de la généralité des habitants de la ville): toujours dans le respect du droit;
    qu’il n’y aurait pas d’immixtion du Comte, prince ou souverain, dans l’administration de la justice, à l’effet ou avec pour résultat d’écarter les décisions de justice de ce qu’elles devraient être si seul le droit était appliqué;
    que les bourgeois de la ville seraient autorisés à pourvoir eux-mêmes et par eux-mêmes à l’administration de la justice (éventuellement selon leur droit propre et discrétionnaire) dés lors que leurs seuls intérêts de trouveraient impliqués dans différend à trancher par pouvoir judiciaire, plutôt que d’avoir à se soumettre, et soumettre leurs différends, à la justice du Comte, prince, ou souverain faisant application de son droit;
    que les bourgeois de la ville seraient autorisés à exercer force sur le Comte, prince, ou souverain, s’il venait à ne pas respecter ses engagements = obligations, aux termes des conventions ou représentations données en la Charte, y compris en cherchant secours et main forte là où les bourgeois de la ville sauraient trouver allié(s).

    Par ailleurs, je vous saurais gré de m’indiquer détail technique que je ne pénètre pas : suivre les réponses par le fil RSS 2.0, qu’est ce que ce que cela signifie ???

    Remerciements et remerciements anticipés.

    Salutations cordiales.

    Pierre SCHMITZ

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