Un conflit dans un village provençal, Noves (1305)

Posté par sourcesmedievales le 20 juillet 2008

xive.jpgDocument proposé par Clément Lenoble (ater, université du Maine)

« Au nom du Seigneur amen. L’an de l’lncarnation 1305 et le 23e jour de juillet, suite à des rumeurs et à des insinuations bruyantes, il a été porté à la connaissance de la cour et de l’entourage du révérend père dans le Christ, le seigneur Bertrand évêque par la grâce de Dieu, que noble homme Raymond des Baux, seigneur du village de Courthézon au diocèse d’Avignon, au mépris des canons et au détriment de la liberté ecclésiastique, animé de mauvaises intentions, avec une audace sacrilège, en compagnie de Giraud de Combis, de Guillaume et Hugues de Carsano et de plusieurs autres compagnons ou complices, aussi bien des clercs que des laics, contrevenant ouvertement aux statuts de paix, s’étant approché aventureusement, en armes, et ayant rassemblé une troupe hostile et belliqueuse, sans aucun défi et sans motif raisonnable, le 20 du présent mois de juillet, a attaqué le village de Noves, appartenant audit seigneur évêque, est entré avec effraction dans la maison de la claverie dudit village et là, saisissant Guillaume Raymond, clerc, détenu par la cour dudit seigneur évêque, couché nu dans son lit, il le blessa grièvement, et ses complices firent de même sur son ordre, de telle sorte que ce Guillaume Raymond mourut de la suite de ses blessures et égorgé et inutilement mutilé. Et après sa mort, ledit Raymond des Baux et ses complices lui tranchèrent la langue au fond de la gorge avec une epée et l’emportèrent avec eux au mépris de la cour du seigneur évêque, puis ils emmenèrent Rostang Scot, clerc dudit Guillaume Raymond, à ladite maison de la claverie, et le blessèrent cruellement et grièvement en diverses parties de son corps, le laissant plus mort que vivant. En raison de ces faits, il n’y a pas de doute que Raymond des Baux et ses complices, consorts et compagnons, au-delà des peines prévues aux lois et aux canons, ont encouru la sentence d’excommunication applicable selon les statuts du concile provincial, à ceux qui contreviennent aux droits des ecclésiastiques, et s’ils ne se rachètent pas dans les trois jours, au lieu où ils se trouvent, ils seront soumis à l’interdit ecclésiastique.

2. Item,il est venu à la connaissance de ladite cour que ledit Raymond des Baux et ses complices, puissants dans leur iniquité et tirant gloire de leurs méfaits, se sont rendus très bruyamment et dans le fracas de leurs armes, au clôître et à l’église Saint Baudile de Noves dès après la mort dudit Guillaume Raymond, et dans cette église et dans le cimetière adjacent, ils ont lavé leurs épées, leurs lances et leurs armes sanglantes. Et ledit Raymond des Baux se glorifiait du meurtre de Guillaume Raymond, disant et se vantant en public devant le peuple rassemblé au cimetière que lui et ses complices avaient tué Guillaume Raymond et que nul autre ne devait être inculpé de sa mort.

3. Item, il est venu à la connaissance de ladite cour que ledit Raymond des Baux, longtemps avant la mort de Guillaume Raymond, avait envoyé des éclaireurs au village et au territoire de Noves et que ceux-ci avaient tenu de fréquentes discussions et tractations avec certains familiers de l’évêque et avec des hommes du village de Noves, au sujet de la mort de Guillaume Raymond et de l’invasion du village ; et Raymond des Baux lui-même, avant le crime, a été fréquemment aperçu et identifié au village et au territoire de Noves avec une multitude de gens armés.

4. Item, il est venu à la connaissance de ladite cour que Raymond des Baux et ses complices, dans la nuit du 20 juillet, ont demeuré secrètement dans l’étable et la grange de l’évêque, qui se trouvent à côté de la claverie où le lendemain Guillaume Raymond a été tué, et dans ces lieux ils ont reposé et ont mangé en cachette, au su et avec l’assistance du seigneur Ricau Guillaume et de plusieurs autres familiers de l’évêque susdit.

5. Item, il est venu à la connaissance de ladite cour que ledit seigneur Ricau Guillaume, chanoine d’Avignon et compagnon dudit évêque, le seigneur Geoffroy de Vaison, recteur de l’église Saint-Baudile de Noves, Guillaume Martin, bouteiller, Guillaume Bernard, cuisinier dudit évêque, Pons Donat, notaire et Pascalet de Courthezon, serviteur dudit Ricau Guillaume et Raymond Fabre, clerc marié, ainsi que plusieurs autres, ont prémédité la mort de Guillaume Raymond, laquelle mort ils auraient pu éviter s’ils l’avaient voulu et s’ils avaient dévoilé a la cour de l ‘évêque les indices de la préparation de cette mort, qu’ils avaient sous les yeux.

6. Item,il est venu à la connaissance de ladite cour que Ricau Guillaume, le jour où Raymond des Baux a tué Guillaume Raymond, a ordonné au bouteiller Guillaume Martin de faire envoyer du pain et du vin de l’évêque à Raymond des Baux et à ses compagnons; et le même Ricau, peu après la mort de Guillaume Raymond, est allé parler à Raymond des Baux et l’a accompagné jusqu’au port de la Durance et même au-delà, où il a échangé plusieurs paroles secrètes avec lui et lui a montré le chemin de la fuite, lui signifiant qu’il devait passer par le territoire du village de Caumont et non par la terre du roi, et ce qui était le plus dangereux.
Item, le même Ricau, la nuit précédente, savait que Raymond des Baux et ses complices étaient venus au village de Noves et y demeuraient avec l’intention et le projet de tuer Guillaume Raymond, et ce projet ils l’ont mis à exécution avec l’assentiment et le conseil dudit Ricau.

7. Item, la cour a appris que le jour de la mort de Guillaume Raymond, au matin, Guillaume Bernard, cuisinier de l’évêque, s’est rendu à la maison de Pons Donat, notaire, et lui a demandé de se rendre pour une question de papiers à la maison de la claverie où se trouvait ledit Guillaume Raymond, et le notaire, après avoir tenu conciliabule avec le cuisinier,s’est rendu à la claverie et en a fait ouvir la porte, sachant que Raymond des Baux se trouvait dans l’étable voisine, lequel Raymond est immédiatement entré et a tué Guillaume Raymond.

8. Item, la cour a appris que ledit Ricau Guillaume, à l’heure même où Guillaume Raymond était mis à mort, se trouvait dans le château du village de Noves, au lieu dit Pessapretz, voyant sous lui des gens en armes qui s’en allaient tuer Guillaume Raymond, et que ce méfait il aurait pu l’empêcher s’il l’avait voulu, sauvant Guillaume Raymond de la mort, ce qu ‘il n’a pas fait; bien au contraire, aux personnes qui voulaient crier, il défendit par des paroles et des gestes de se manifester.

9. Item, la cour a appris que ledit Ricau, avec la même malice, a fait libérer par sa propre témérité Brémonde, l’épouse dudit Pons Donat, qui était détenue dans les prisons de l’évêque, et en outre il a enjoint Guillaume Bernard le cuisinier et Pascalet son propre serviteur à s’enfuir et il a favorisé leur fuite. de crainte qu ‘ils ne revèlent ses crimes; enfin, il a dit à plusieurs, dans la maison de l’evêque, de ne pas envoyer chercher Pascalet car il craignait qu’il revèle les actes frauduleux de Ricau.

10. Item, il est venu à la connaissance de la cour que ledit seigneur Geoffroy de Vaison, recteur de l’église de Noves, ayant connaissance de la conspiration pour la mort de Guillaume Raymond, la nuit précédente s’est rendu en armes jusqu’au port de la Durance, sur les ordres de Ricau Guillaume, en compagnie de Pons Donal, le notaire et de Guillaume Bernard le cuisinier; et ayant loué un bateau, il a traversé la Durance et, selon l’entente convenue, s est porté à la rencontre de Raymond des Baux et de ses complices en armes, les a embarqués sur son bateau et les a fait traverser; puis il les a conduits au cloître de ladite église où il les a reçus et a dîné avec eux dans le verger du cloître; et là, en compagnie dudit recteur et de son frère Bertrand, ils ont tenu plusieurs conciliabules secrets sur la mort de Guillaume Raymond.

11. Item, il est venu à la connaissance de la cour que ledit Geoffroy de Vaison, le jour de la mort de Guillaume Raymond, a sciemment reçu dans le cloître de son église Raymond des Baux et ses complices, leur a préparé un déjeuner, et a reçu d’eux de l’argent en guise de paiement pour les viandes servies au repas.

12. Item, il est venu à la connaissance de la cour que ledit Guillaume Martin, le matin de la mort de Guillaume Raymond, avant l’événement, est sorti en armes du château du village, sachant que Raymond des Baux et ses complices se trouvaient cachés dans la grange de l’évêque. a assisté au meurtre et a offert son aide et son assistance; et aussi bien sur l’ordre dudit Ricau Guillaume que de sa propre initiative, le jour du meurtre et la nuit précédente, il a envoyé aux homicides du pain et du vin de l’évêque. Et après la mort de Guillaume Raymond, la nuit suivante, il s’est emparé des armes de Guillaume Raymond et a accompagné Pons Donat dans sa fuite.

 

13. Item, il est venu à la connaissance de la cour que ledit Raymond Fabre de Noves a sciemment reçu et longuement caché dans sa maison Pons Donat inculpé du meurtre de Guillaume Raymond, puis l’a accompagné dans la fuite.

14. Item, il est venu à la connaissance de la cour que ledit Ricau Guillaume, avec le même esprit de malice, a suborné plusieurs personnes auprès desquelles il croyait que la cour allait faire enquête, comme principaux ou comme témoins,afin qu’elles prononcent de faux témoignages.

15. Item, il est venu à la connaissance de la cour que tous ces faits sont de notoriété publique au village de Noves et dans les lieux voisins.

En conséquence, comme des crimes si détestables et horribles doivent recevoir une réprobation rapide, le susdit Bertrand, par la grâce de Dieu évêque, voulant procéder promptement dans cette affaire, bien que les crimes soient manifestes et notoires, a d’abord enquêté sur l’accusation, et après que l’existence du crime a été démontrée, a procédé de la façon qui suivra à l’enquête sur ledit crime contre les personnes ci-dessus nommées et contre toute autre personne dont la culpabilité pourrait être établie. »

original : Archivio segreto vaticano, miscellanea 289. Édition : M. Hébert, Avignon au Moyen Age ; textes et documents, recueil de textes originaux, Avignon, Publication de la Faculté des Lettres, 1988, p. 32. Traduction : M. Hébert, Avignon au Moyen Age ; textes et documents, Avignon, Aubanel, 1988, p. 59-66

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