L’abbaye de Montmajour face aux puissants laïques (997-998)

Posté par sourcesmedievales le 13 juillet 2008

ve.jpg« À son seigneur et pape, par le mérite vénérable, Notre Seigneur Grégoire (le pape Grégoire V), les fidèles de toute la congrégation de Montmajour, leurs prières en Christ.
Nous voulons faire savoir à votre paternité que notre monastère fut commencé par le labeur et l’industrie de notre bienheureux père Mauring et continué par le don d’une certaine femme du nom de Teucinde, consacrée à Dieu. Par eux confiés à la garde du siège apostolique, nous avons reçu un privilège du seigneur Léon, de bonne mémoire, dans lequel il est décrété et sanctionné par l’anathème qui ni roi, ni comte, ni aucune autre partie n’ose faire violence à notre congrégation, ni, au décès d’un abbé, en mettre un autre, mais que soit abbé, comme le rappelle la règle, celui dont toute la congrégation demandera le choix. Après cela, notre père payant le dû de toute chaire [lacune] nous nous sommes rassemblés en commun, avec l’évêque Riculf qui fut le neveu de la dite religieuse et notre élève, demandant avec lui à Dieu qui nous pourrions élire abbé, après avoir tergiversé dans l’affaire un, puis deux, puis trois jours, notre volonté se révéla unanime pour demander et choisir pour père l’évêque ; ce qu’il nous affirma ne pouvoir faire par lui-même, tant qu’un acte authentique de votre part ne viendrait pas l’autoriser, alors qu’il était évêque, à gouverner à la fois son évêché et le monastère.

Entre temps [lacune] envoyant un messager à Rome [une troisième lacune rend la traduction incertaine]. Surgit alors un moine du monastère de Saint-Gilles et [lacune : "il osa" ?] se faire abbé par un commerce mondain et la faveur des princes du siècle. Nous donc, interpellés par les princes, nous leur montrons des moines de notre congrégation, excellents de sainteté, de religion, de sagesse qui le surpassaient en tout, au cas où l’autorisation empêcherait celui que nous avions choisi ; nous leur montrons aussi que l’ordination de l’abbé est à notre [lacune] libre choix, et confirmée par privilège du seigneur pape Léon et par diplôme du très pieux empereur Otton et du sérénissime roi Conrad, de sorte que celui qui, dans cette ordination [lacune] ne se trouverait pas sans [lacune] crime. Discutant ainsi avec eux par ces arguments et bien d’autres [lacune : "il influença" ?] tellement l’esprit des princes, tant par [lacune] que par l’argent, que négligeant nos assertions, ils ne craignirent pas de nous imposer malgré nous non un pasteur pour ses brebis, mais un loup [lacune] par des escouades de chevaliers. Privés enfin de tout secours et de tout réconfort, dispersés ça et là, on s’obstine avec des menaces, si nous ne confirmons pas cette élection inique, à nous interdire tout accès au monastère où nous avons été élèves ou convers. Or nous, comme la nef à l’ancre au milieu des flots, confiants en l’aide de Dieu et la certitude de votre protection, nous nous tournons en pleurs vers Notre Seigneur Jésus-Christ et vers vous et nous vous disons : « Lève-toi, Seigneur, et envoie ta main d’En Haut ; délivre-nous de l’homme inique qui écrase et disperse ton troupeau ». Ainsi, Seigneur, nous présentons humblement notre lettre à votre apostolicité, en priant votre paternité de ne point dédaigner de nous porter secours, maintenant que vous nous savez dans la détresse, nous qui nous reconnaissons placés sous votre garde. relisez, s’il vous plaît [lacune] . Aussi [lacune] faites-lui quitter cette présomption et ordonnez que nous revenions au bercail de Notre Seigneur afin qu’une brebis malade ne contamine pas tout le troupeau. Faites savoir à l’évêque dans le diocèse duquel le monastère est sis qu’il a fait une ordi-nation illicite, et intimez-lui l’ordre de la tenir pour nulle et non avenue. Intimez l’ordre aux évêques comprovinciaux de faire de même. Défendez avec ménagements au comte et à la comtesse qu’il ne lui [au moine de Saint-Gilles] donnent aucun appui dans cette affaire tant qu’il conservera le nom d’abbé, et avertissez-les de faire pénitence et de ne plus rien faire de tel. Le privilège que vos prédécesseurs ont daigné accorder à notre monastère, ne dédaignez point, par la merci du Père, de le confirmer. Portez-vous bien dans le Christ, très Saint Père, et souvenez-vous de nous. »

Original : perdu, copie du XVIIe siècle (Bnf, ms. lat. 13915 f°36). Édition : A du Roure, édition de Dom Chanteloup, Histoire de l’abbaye de Montamajour, Revue historique de Provence, tome I, 1891.Traduction : « La Provence » par J.-P. Poly, M. Aurell et D. Iogna Prat dans Les Sociétés méridionales autour de l’an Mil ; répertoire de sources et documents commentés, sous la direction de M. Zimmermann, Paris, CNRS éditions, 1992, p. 374-376.

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