Les débuts de Cluny par Raoul Le Glabre

Posté par sourcesmedievales le 7 juillet 2008

xie.jpg« On raconte que l’institution monastique et la pratique de cette coutume ont pris naissance dans les monastères suivant la règle du saint père Benoit et que celle-ci a été apportée sur notre territoire, c’est-à-dire en Gaule, par le bienheureux Maur qui était son disciple.
Finalement cette règle, qui était presque complètement tombée, trouva avec l’aide de Dieu un asile de sagesse où elle devait reprendre des forces et fructifier grâce à des germes nombreux dans le monastère appelé Cluny. Ce monastère doit, peut-être son nom à son site en pente et modeste ou plutôt ce qui lui convient mieux, le mot dérive de cluendo puisque cluere signifie grandir. Cette abbaye n’a cessé en effet de s’accroître remarquablement depuis sa fondation. Sa construction a été commencée par le père des moines du monastère précité de Baume qui s’appelait Bernon, sur l’ordre de Guillaume, le très pieux duc d’Aquitaine, au pays de Mâcon, sur la rivière de la Grosne. On prétend qu’au début elle n’avait été dotée que de 15 colonges de terre et on raconte même que les frères qui s’y étaient rassemblés n’étaient qu’au nombre de 12. Ensuite grâce à cette semence excellente la race des guerriers du Dieu des armées s’est multipliée et est devenue innombrable, car l’on sait qu’elle a rempli une grande partie du globe.

Comme ces hommes ne cessent de s’adonner aux oeuvres de Dieu, c’est-à-dire aux oeuvres de justice et de piété, ils ont mérité d’être comblés de tous les biens. Ils ont laissé, en outre, à tous ceux qui viendront après eux un exemple digne d’être imité.

Après ledit Bernon le très savant abbé Eudes a pris la direction ; c’était un homme irréprochable à tous égards ; il avait été prévôt de l’Eglise de Saint-Martin de Tours et se distinguait par ses bonnes moeurs et sa pratique de la sainteté. Il réussit si bien à propager la règle que de la province de Bénévent à l’Océan tous les monastères les plus importants se faisaient un honneur de se soumettre à son obédience. Après sa mort il eut comme successeur Heimard, homme simple, qui sans avoir sa grande réputation, se montra un gardien de l’observance monastique à la hauteur de la tâche. Après lui le nouvel élu fut le saint et vénérable Maïeul de qui nous avons parlé plus haut. A son tour il a désigné Odilon pour lui succéder comme père des moines. Ce dernier a été le cinquième abbé du monastère de Cluny à partir de l’abbé Bernon.

Beaucoup de frères de ce monastère ont été appelés dans diverses provinces où ils ont été promus pères des moines, servant ainsi grandement les intérêts du Seigneur. Toutefois la père Guillaume par lequel ce chapitre a commencé est considéré comme ayant surpassé tous ses prédécesseurs pour avoir jeté la semence de notre règle avec le plus d’activité et de fruit. »

R. Le Glabre, Histoire Universelle. Texte transcrit par Laurent Tournier.

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