Lettre de cadrage du président du jury d’agrégation

Posté par sourcesmedievales le 28 juin 2008

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Ci-dessous la lettre de cadrage du président de l’agrégation, transmise par un collègue.

Pouvoirs, Église et société dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie de 888 aux premières années du XIIe siècle

Le sujet porte sur l’évolution des royaumes issus de l’Empire carolingien (qui disparaît en 888) – à l’exclusion de l’Italie dont les destinées sont différentes et qui, de surcroît, a déjà été récemment au programme des concours. Il s’agit d’une question d’histoire politique au sens large, où les données sociales et les institutions ecclésiastiques sont envisagées avant tout comme éléments structurants dans l’économie des pouvoirs.

Sur un fond qui est celui de la contestation de l’autorité royale et de la montée de l’aristocratie, il s’agira d’abord de mesurer les contrastes entre les deux Francies au Xe siècle. Tandis qu’on assiste à l’ouest à un morcellement du pouvoir, réduisant la royauté à un niveau de domination territoriale d’une faiblesse inédite et aboutissant à une carte politique émiettée, la Germanie voit la reconstitution d’une autorité publique, sanctionnée par la renaissance, au profit des Ottoniens, du titre impérial en 962. Le royaume de Bourgogne, qui connaît une évolution à la française au Xe siècle, passe en 1032 sous le contrôle des empereurs saliens. Les débats actuels entre mutationisme et continuisme à propos de la période de l’an Mil, comme les diverses approches possibles du lien social, devront évidemment être parfaitement connus des candidats. Le jury ne privilégie de manière exclusive aucune interprétation ni aucune méthodologie mais, tout en respectant la liberté des candidats, il attend qu’ils soient informés et conscients de la variété des recherches actuelles et capables de restituer la cohérence interne de chacune des démarches en présence.

De toute façon, une bonne maîtrise du sujet implique qu’en soit bien perçue la dimension géographique et territoriale dans la diversité de ses principales composantes, tant en France qu’en Bourgogne et en Allemagne ; elle implique aussi une précision rigoureuse en matière de définition institutionnelle et juridique, ce qui invite à recourir à quelques bons manuels d’histoire du droit et des institutions : le système seigneurial comme instrument essentiel de domination sur les hommes devra être parfaitement compris, car il est au coeur du sujet, ce qui ne saurait faire négliger le rôle conservé par le prince, en France et plus encore en Allemagne où l’État impérial maintient à la fois son prestige symbolique et sa puissance réelle.

Dans ce contexte, l’institution ecclésiastique joue un rôle de premier plan, qui justifie sa présence dans l’intitulé du sujet. En Allemagne, contrôlée par le pouvoir, elle forme le meilleur soutien de celui-ci au sein du système de l’Église impériale. En France, malmenée par la féodalisation ou associée à elle, elle reconstitue ses forces en particulier autour de sa branche monastique, que symbolise Cluny. Alors que se sépare graduellement le sort des deux grands royaumes post carolingiens, un ébranlement naît au milieu du XIe siècle de l’émancipation de l’Église, désormais conduite par la Papauté romaine. En Allemagne, où les fondements théologiques et institutionnels de l’Empire sont sapés, commence une durable crise politique dans laquelle s’affirme la haute noblesse, encore peu concurrencée par la ministérialité et le mouvement urbain. En France, où la situation politique est plus floue et la classe seigneuriale plus dense et rendue plus homogène par l’idéologie chevaleresque, se reconstituent la puissance des princes territoriaux et peu à peu celle de la royauté capétienne. Si l’institution ecclésiastique comme structure de pouvoir est donc un élément central du sujet, la vie religieuse en tant que telle (spiritualité, dévotion, pratique) n’en fait pas partie.

De même, rappelons que, le sujet étant conçu avant tout comme un sujet d’histoire politique (dans toutes ses dimensions : événementielle, institutionnelle, sociale, idéologique), l’histoire économique comme telle n’en fait pas non plus partie : la seigneurie y est, mais pas l’économie rurale, le mouvement urbain , mais pas l’artisanat ou le commerce. Enfin, la question implique naturellement que les candidats aient conscience de la diversité des sources utilisables par l’historien et se familiarisent avec leur utilisation et leur commentaire : non seulement les sources écrites, diplomatiques ou littéraires, mais les oeuvres d’art et les témoignages archéologiques.

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