Aveux de la sorcière Catherine Quicquat à Vevey (1448)

Posté par sourcesmedievales le 18 juin 2008

xvesiecle1.jpgAveux de la sorcière Catherine Quicquat à Vevey, pays de Vaud (17 mars 1448)

[Elle a été torturée la veille]

« De même, elle avoua que, un lundi entre la neuvième et la dixième heure, un certain Pierre Flour, Jeannette Avonsaz et Sibylle Blandis Loquiis avaient amené Catherine vers un pré appelé pré de Gilamont qui appartenait à Jean Got. Il y avait là un renard qu’on appelait Rabiel. Lorsque les juges lui demandèrent si elle savait qui était ce renard, elle répondit que Sibylle lui avait dit de lui rendre hommage, car il était le maître de la synagogue, mais elle ne croyait pas que ce renard était le diable ; elle dit pourtant qu’elle avait refusé alors de lui rendre hommage. Interrogée sur les personnes présentes, elle répondit qu’il y avait là Jean Got et Jean Boverat de Vevey ; elle ajouta toutefois qu’ils n’avaient rien fait d’autre, qu’ils n’avaient ni bu ni mangé, mais qu’ils avaient convenu de se réunir le jeudi suivant, au même endroit.

De même elle avoua encore spontanément que le jeudi suivant, en compagnie des personnes susmentionnées, elle s’était rendue à la synagogue, dans le même pré; là, elle rendit hommage au diable, qui avait l’aspect d’un renard, et elle l’embrassa sur le cul, sous la queue; en signe d’hommage et de fidélité, elle donna au diable, appelé Rabiel, quatre deniers lausannois qu’elle posa sur une pierre. Après l’hommage, le démon Rabiel, son maître, l’engagea à renier Dieu tout-puissant, la bienheureuse Vierge Marie, toute la cour céleste ainsi que tous les sacrements de l’Église. Catherine renia tout et cracha par terre en mépris de tout cela.

De même, elle dit encore et avoua que dans cette synagogue, elle avait mangé en compagnie d’autres personnes – elle ne les connaissait pas toutes – de la viande d’enfants aux aulx verts, du bon pain et ils avaient bu du bon vin blanc et rouge.

De même, interrogée pour savoir si cela se passait de jour ou de nuit, elle dit que cela se déroulait de nuit. Interrogée sur la manière dont ils se voyaient, elle dit et avoua spontanément qu’ils se voyaient au moyen de petites bougies qui émettaient une lumière sombre comme l’eau qui sortait de la boue, ces chandelles ressemblaient à des excréments de chien.

De même, interrogée pour savoir comment elle se rendait à la synagogue, elle répondit qu’elle allait et revenait sur un petit bâton blanc que lui avaient apporté Sibylle, qui a été brûlée, et une certaine Avonsaz de Vevey.De même, elle ajouta et confessa que son maître Rabiel portait plusieurs cornes sur sa tête ; c’est sous cette forme, alors qu’il était à la synagogue avec d’autres renards, qu’il lui enseignait à ne pas recevoir le Corps du Christ à Pâques, si elle le recevait elle devait le lui apporter à la synagogue, ou au moins le donner à manger aux chiens. Catherine dit qu’elle avait reçu le Corps du Christ comme les autres Chrétiens et qu’elle n’avait pas suivi ce que son maître lui avalt imposé.

De même, elle dit et avoua spontanément que son maître Rabiel lui avait promis de lui donner chaque mois cinq sous lausannois. Interrogée pour savoir si c’était son maître qui les lui avait apportés, elle dit que non, mais qu’il s’agissait de Jean Got et, après sa mort, d’un homme d’âge moyen qui venait de Châtel-Saint-Denis.

De même, interrogée sur les personnes présentes, elle dit et avoua spontanément qu’il y avait Sibylle, la dite Avonsaz, l’épouse d’Henri de Plateal et Joliaz, la fille de Etienne douz Clochier, Jean Gots et cet homme de Châtel-Saint-Denis qui était d’âge moyen.

De même, elle ajouta et avoua spontanément qu’un autre jeudi, elle s’était rendue à la synagogue dans le pré de Pierre Torney de Hauteville où se trouvaient tous ceux qu’elle a nommés plus haut, ainsi que Colette Rosetaz de Brent. Et là ils mangèrent une fille de Sibylle, que Sibylle elle-même tua et apporta à la synagogue ; Pierre Flourt l’apprêta car il était cuisinier – après lui, le cuisinier fut Jaquet Durier de Blonay ; ensuite ils la mangèrent avec des aulx blancs.

De même, elle ajouta et confessa qu’après avoir mangé, ils avaient dansé, entourés de plusieurs renards et chats ; l’un d’eux, grand, avec la bouche tordue, avait un aspect des plus horribles, comme celui d’un démon. Ensuite, ils copulèrent : d’abord, le maître de la synagogue la connut charnellement avant les autres, et après lui, ce fut le tour des autres hommes.

De même, interrogée pour savoir si le diable lui avait donné sa semence comme les autres personnes, elle répondit que non, mais elle dit qu’il avait un sexe si froid que c’en était étonnant, ajoutant qu’elle en avait souvent souffert.

De même, interrogée pour savoir combien de fois le maître s’était uni à elle charnellement et de quelle manière, elle dit et avoua spontanément que ça s’était passé environ douze fois, par sodomie. De même, interrogée sur le nombre d’hommes qui avaient copulé avec elle, elle dit qu’il y en avait parfois six et parfois plus, et que le diable, quand il était avec elle, était comme un sauvage. »

M. Ostorero, « Folâtrer avec les démons ; sabbat et chasse aux sorciers à Vevey (1448) », Cahiers lausanois d’histoire médiévale, 15 (1995), p. 250-252.

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