La peste selon Jean de Venette (1348-1350)

Posté par sourcesmedievales le 1 juin 2008

xive.jpg« L’an du Seigneur 1348, le peuple de France et pour ainsi dire du monde entier fut frappé par une autre calamité que la guerre. En effet à la famine et à la guerre qui existaient déjà vinrent s’ajouter dans les diverses parties du monde les épidémies et les tribulations. Cette année-là, 1348, au mois d’août, on vit au-dessus de Paris une étoile, dans la direction de l’Ouest, très grande et très claire, après l’heure de vêpres, et alors que le soleil n’était pas encore couché… La nuit venant, cette grosse étoile éclata en rayons qu’elle projeta sur Paris et vers l’Orient, avant de se désintégrer totalement… II est possible que ce fût le présage de la pestilence qui allait venir, pestilence qui tôt après s’ensuivit, à Paris et par toute la France.

Cette année-là, à Paris, et dans le royaume de France et non moins – dit-on – dans le reste du monde, et aussi l’année suivante, il y eut une si grande mortalité d’êtres humains des deux sexes, et davantage des jeunes que des vieux, qu’à peine les pouvait-on ensevelir. Ils n’étaient malades que deux ou trois jours, puis mouraient tout d’un coup, comme encore en bonne santé ; et tel qui aujourd’hui était en bonne santé était mort le lendemain, et porté en fosse. II leur venait soudain des bosses sous les aisselles et à l’aine, dont l’apparition était l’annonce infaillible de la mort. Et cette pestilence ou maladie était appelée par les médecins épidémie. En ce temps-là, c’est-à-dire en l’an du Seigneur 1348 et 1349, il mourut tant de monde que, d’une pareille chose dans le passé, on n’avait ni entendu parler ni rien lu : cela ne s’était jamais vu. Et ladite mort et maladie venait par contacts et contagion, car l’homme en bonne santé qui visitait un malade n’échappait que de peu, et rarement, à la mort.
Aussi, dans beaucoup de localités, petites et grandes, les prêtres prenaient-ils peur et s’en allaient-ils, laissant l’administration des sacrements aux religieux, plus courageux. Et, très vite, de vingt hommes, il n’en restait pas deux vivants. À l’Hôtel-Dieu de Paris, la mortalité était telle que souvent plus de 500 morts étaient portés chaque jour au cimetière des saints Innocents pour y être ensevelis. Et les saintes sœurs de l’Hôtel-Dieu, ne craignant pas la mort, s’acquittaient jusqu’au bout de leur tâche avec la plus grande douceur et humilité ; et en nombre considérable, beaucoup des dites sœurs, plus d’une fois renouvelées par suite des vides de la mort, se reposent, comme on le croit pieusement, dans la paix du Christ.

Ladite mortalité, dit-on, commença chez les Infidèles, puis vint en Italie, puis à travers monts vint à Avignon où elle frappa quelques-uns des seigneurs cardinaux et leur enleva toute leur famille. Puis, par la Gascogne et l’Espagne, petit à petit, de village en village, de rue en rue, jusqu’en Allemagne, mais les toucha moins que nous… Notre Seigneur le pape Clément VI fit donner par les confesseurs aux mourants l’absolution de peines et châtiments ; ils en mouraient plus volontiers, laissant aux Églises et aux religieux quantités d’héritages et biens temporels, car ils voyaient mourir avant eux leurs propres héritiers.

On disait que cette pestilence venait d’une infection de l’air et des eaux, car en ce temps il n’avait ni famine ni pénurie de vivres, au contraire. On en rendit responsables les Juifs qu’on accusa d’avoir infecté puits et cours d’eau, et d’avoir corrompu l’air. La cruauté du monde se déchaîna contre eux si bien qu’en Allemagne et ailleurs où vivaient les Juifs, ils furent massacrés et occis par les chrétiens et brûlés un peu partout, par milliers. Et admirez leur constance insensée ; quand on les brûlait, les mères juives, pour empêcher que leurs enfants ne fussent conduits au baptême, jetaient d’abord leurs enfants dans le bûcher, puis s’y précipitaient elles-mêmes, afin d’être brûlées avec leurs maris et leurs petits.

On trouva, dit-on, beaucoup de mauvais Chrétiens qui eux aussi jetaient du poison dans les puits mais, à vrai dire, de tels empoisonnements à supposer qu’ils aient vraiment existé, ne pouvaient produire une telle catastrophe ni frapper tant de gens. La cause en fut autre, peut-être la volonté de Dieu, peut-être des humeurs corrompues ou la mauvaise qualité de l’air ou de la terre. Cette mortalité dura en France la plus grande partie des années 1348 et 1349 et quand elle cessa, ce fut comme le vide dans de nombreuses agglomérations rurales et urbaines. Beaucoup de maisons, y compris de célèbres, s’éteignirent alors […].

Quand l’épidémie, la pestilence et la mortalité eurent cessé, les hommes et les femmes qui restaient se marièrent à l’envi. Les femmes survivantes eurent un nombre extraordinaire d’enfants […]. Beaucoup mettaient au monde des jumeaux et certaines des triplés vivants. Mais le plus extraordinaire, c’est que les enfants nés après la dite mortalité, parvenus à l’âge de faire leurs dents, n’en eurent pas plus de 20 ou 22, alors qu’auparavant les hommes en avaient habituellement 32 aux deux mâchoires […].

Hélas, de ce renouvellement du monde, le monde n’est pas sorti amélioré. Car les hommes furent après encore plus cupides et avares, car ils désiraient posséder bien plus qu’auparavant ; devenus plus cupides, ils perdaient le repos dans les disputes, les brigues, les querelles et les procès. Le terrible fléau infligé par Dieu ne fit pas naître non plus la paix entre les rois et les seigneurs ; au contraire les ennemis du roi de France et de l’Église les attaquèrent par terre et par mer plus vigoureusement et plus méchamment qu’auparavant, et de plus grands malheurs encore pullulèrent.

Elle eut aussi cette conséquence étonnante : bien qu’il y eût abondance de tout, les prix de toutes choses doublèrent, aussi bien pour les objets et ustensiles que pour les vivres, les marchandises et les salariés [mercenarii], cultivateurs et serfs, à l’exception de quelques héritages et maisons qui étaient désormais de trop. La charité commença alors à se refroidir beaucoup et l’injustice abonda, ainsi que l’ignorance et le péché ; car on ne trouvait presque plus personne qui soit ou voulût enseigner aux enfants les rudiments de la grammaire. »

Une Réponse à “La peste selon Jean de Venette (1348-1350)”

  1. Patrick Douville dit :

    En qualité de Vétéran des Essais Nucléaires français on décrit là tous les symptomes des conséquances de radiations majeures du « Feu de Prométhium » isolé en 1945 par Openeïmer et Einstein qui devait sans doute animer cette comête et son explosion en athmosphère, et qui a gravement contaminé par radiations toutes les populations sur une surface majeure… je n’ose imaginer le degrés de Microsevers que cette Comête a été conduite à produire sur l’environnement mais ça devait être plus important en toxicité qu’une Bombe atomique conventionnelle…

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