L’attrait de la culture grecque à Florence (1397-1400) 3/3

Posté par sourcesmedievales le 24 mai 2008

xive.jpgL’enseignement de Chrysoloras à Florence (1397-1400)

« Durant les intervalles de ces guerres, les lettres se développèrent en Italie de manière admirable. C’est alors que se répandit pour la première fois la connaissance de ces lettres grecques qui avaient cessé pendant 700 ans d’être en usage chez nos compatriotes. C’est à Chrysoloras de Byzance, homme d’une bonne noblesse et remarquablement fait aux lettres grecques, que nous devons cette restauration de la connaissance du grec. Sa patrie assiégée par les Turcs, il fit d’abord voile vers Venise, puis, invité et sollicité avec bonté, et pourvu d’un traitement officiel, il vint à Florence pour communiquer aux jeunes gens toute la richesse de son savoir.
J’étudiais à cette époque le droit civil, sans négliger pour autant les autres matières. J’étais en effet d’un naturel passionnément attaché aux sciences, et je travaillais durement la dialectique et la rhétorique. L’arrivée de Chrysoloras me rendit perplexe ; abandonner l’étude de mon droit me paraissait dangeureux, négliger une telle occasion d’apprendre le grec me semblait un vrai crime. Je ne cessais de me répéter, de manière un peu juvénile ; tu as la possibilité de voir Homère, Platon et Démosthène, de parler avec tous ces poètes, ces philosophes, ces orateurs qu’entoure une réputation exceptionnelle et si merveilleuse, de t’imprégner de leur admirable enseignement, ; vas-tu les laisser et les abandonner ? Une occasion qui t’est si providentiellement offerte, tu vas la négliger ? Sept ans durant, personne en Italie n’a possédé les lettres grecques et pourtant nous avouons que toute connaissance vient d’eux.

Quel profit pour ta culture, quel éclat pour ta réputation, quel bénéfice pour ton plaisir personnel que d’apprendre cette langue ! Des docteurs en droit civil, on en trouve partout, en grand nombre ; l’occasion de s’instruire en la matière ne te fera jamais défaut, lui au contraire est absolument le seul Docteur en lettres grecques ; s’il s’eloigne, tu ne trouveras après lui plus personne auprès de qui t’instruire. Ces raisons finalement l’emportèrent : je rendis les armes à Chrysoloras. Si ardente était ma joie d’apprendre que je remâchais la nuit, en dormant, ce que j’avais appris durant la journée. »
J’eus plusieurs condisciples ; ceux qui profitèrent le plus furent deux membres de la noblesse florentine, Roberto Rossi et Palla Nofri Strozzi. Jacopo d’Agnolo, le premier responsable de l’engagnement de Chrysoloras, suivait aussi le même enseignement. Se joignit aussi à nous par la suite Piero Vergerio de Capodistria ; fort brillant au studio de Padoue, il fut attiré par la réputation de Chrysoloras et se transporta à Florence pour l’entendre. Parmi eux tous, Robert, Vergerio et Jacopo d’Agnolo étaient beaucoup plus âgés que moi. Palla était mon contemporain. Finalement, l’empereur de Constantinople, séjournant en Italie, rappela Chrsysoloras auprès de lui. Celui-ci laissa Florence et se rendit à Milan auprès de son empereur. »

L. Bruni, Rerum suo tempore gestarum commentarii, éd. Di Pierro, 19, Bologne 1926, p. 431-432, trad. C.-M. De La Roncière, P. Contamine et R. Delort, L’Europe au Moyen Âge. Documents expliqués, 3 (fin XIIIe siècle-fin XIVe siècle), Paris, 1971, n°145, p. 361.

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