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Saladin à Jérusalem : la « réislamisation » de la ville (1187)

Posté par sourcesmedievales le 18 mai 2008

Al-Harîrî - (Maqâmât) Al-Wasîtî. Irak, 1237.La mosquée al-Aqsà

« Ayant pris possession de Jérusalem, le sultan donna l’ordre impératif de rendre visible le mihrâb de la Mosquée al-Aqsà. Les Templiers l’avaient masqué par des murs et converti en magasin pour les grains. On dit aussi que, par haine et par iniquité, ils l’avaient utilisé comme latrines et qu’à l’ouest de la qibla, ils avaient bâti un vaste édifice, une haute église. Donc le sultan recommanda d’écarter cet écran, de dévoiler cette épousée -le mihrâb -, de détruire les constructions qui se trouvaient devant lui ; de nettoyer les parvis qui l’entouraient, afin que les gens se réunissent le vendredi dans cette enceinte rendue spacieuse. La chaire (minbar) fut érigée ; l’on fit apparaître le mihrâb purifié ; l’on démolit ce que les Francs avaient construit entre les colonnes ; ce lieu spacieux, ils l’avaient couvert de tapis précieux au lieu de nattes de jonc et de roseau. Des lampes furent suspendues, la Révélation fut psalmodiée ; la Vérité l’emporta, réduisant à rien les mensonges ; le Coran domina, tandis que l’Évangile était rejeté ; les tapis de prière furent alignés ; les dévotions devinrent pures ; les prières canoniques furent établies ; les invocations se prolongèrent ; les bénédictions se manifestèrent ; les tristesses se dissipèrent ; les erreurs se retirèrent ; les voies du salut furent, de nouveau, suivies ; les versets furent récités, les bannières, arborées ; l’appel à la prière [adhân] fut clamé tandis que la cloche se taisait ; les muezzins se montrèrent, tandis que les prêtres chrétiens se cachaient […]. »

La coupole du Rocher

« Quant à la Sakhra, les Francs avaient élevé sur elle une église et un autel ; ils n’y avaient laissé, aux mains bénies d’Allah, et aux yeux attentifs, rien à toucher ni à regarder ; ils l’avaient ornée d’effigies et de statues ; y avaient déterminé les places des moines et le lieu de l’Évangile, porté à leur perfection les marques du respect et de la vénération ; ils y avaient isolé l’emplacement [de l'empreinte] du pied [de Mahomet], en construisant un petit dôme doré, soutenu par des colonnes de marbre ; et ils disaient : « C’est le lieu [de l'empreinte] du Messie, lieu de sanctification et de prière ». Il y avait là des images d’agneaux en marbre, et je trouvais que ces effigies ressemblaient à celles des porcs. Cette roche, objet des désirs et des visites, était donc cachée par les constructions qui la recouvraient, submergée par l’église qu’on avait édifiée : c’est pourquoi le sultan donna l’ordre de la découvrir, d’en arracher le marbre, de briser les dalles qui l’entouraient, de détruire l’édifice, de mettre en pièces ce qui la masquait, de la rendre visible aux visiteurs et manifeste aux spectateurs, d’enlever son revêtement, de la délivrer comme une épousée, d’extraire de sa coquille cette perle, de faire sortir des ténèbres cette pleine lune, de démolir ce qui l’emprisonnait, de la dégager, de montrer sa beauté, de rendre lumineuse son influence favorable, de faire apparaître son beau visage, de découvrir son éclatante grandeur, de lui restituer son état naturel, son inappréciable valeur et son rang sublime. Sa parure, c’est d’être dépourvue d’ornements, car leur absence en est un ; elle se drape dans sa nudité qui lui sert de vêtement. Elle redevint telle qu’elle était autrefois ; elle rendit solennel témoignage de son auguste noblesse quand on la regarda ; son éclatante beauté devint visible ; avant la victoire, il n’apparaissait d’elle qu’une portion, de dessous ; les mécréants l’avaient détériorée en la façonnant. Alors, elle se montra dans toute sa beauté, elle se dévoila de la façon la plus heureuse ; les lampes répandirent, au-dessus d’elles, lumière sur lumière ; elle fut entourée de grillages en fer ; et jusqu’à présent, le soin qu’on prend d’elle s’accroît chaque jour.

Le sultan choisit, pour ce Dôme du Rocher, un imâm pris parmi les lecteurs qui psalmodiaient le mieux, qui avaient la plus belle prestance, la voix la plus sonore, le meilleur renom de piété, la plus sûre connaissance des diverses lectures [du Coran] selon les sept et même les dix [lecteurs canoniques], et qui étaient en la meilleure odeur [de piété] ; il le rendit riche et lui montra sa bienveillance lorsqu’il lui conféra cette dignité ; il lui attribua, par fondation pieuse [waqf], une maison, une terre et un jardin ; il le combla de faveurs et de bienfaits. On transporta au mihrâb de la mosquée al-Aqsà et au Dôme du Rocher plusieurs précieux exemplaires du Coran qui restèrent élevés sur leurs pupitres et posés sur leurs estrades, à la vue des visiteurs. Le sultan choisit, spécialement pour ce Dôme et en général pour Jérusalem, des agents chargés de réunir tout ce qui leur serait profitable ; il ne nomma que des gens instruits, assidus, prêts à servir et avertis. »

Que faire des édifices chrétiens ?

« L’Oratoire de David, extérieur à la mosquée al-Aqsà, se trouvait en un lieu fortifié, près de la porte de la ville, sur une éminence ; c’était le fort où résidait le gouverneur. Le sultan s’occupa de son état, le pourvut d’un imâm, de muezzins et de bedeaux. Ce temple était le rendez-vous des gens vertueux, l’endroit visité par ceux qui vont et viennent. C’est pourquoi Saladin lui rendit la vie, le rénova, en traça les chemins pour ceux qui s’y rendaient. Il ordonna de mettre en bon état toutes les mosquées, de préserver les saints tombeaux, de mener à bien les entreprises, de curer les citernes en faveur des passants. La citadelle se trouvait à l’emplacement du palais de David et de Salomon ; la population les y vénérait tous deux. Al-Malik al-‘Adil s’était installé dans l’église de Sion [Sahyûn] et, devant sa porte, les troupes avaient dressé leurs tentes. Plusieurs familiers du sultan – pieux docteurs, religieux de distinction – lui parlèrent d’un collège pour les juristes shâfi’ites et d’un couvent [(ribât] pour les vertueux soufis : il choisit pour collège l’église dite Sainte-Anne (Sand Hanna), près de la porte des Tribus, et pour couvent l’hôtel du patriarche près de l’Église de la Résurrection ; il fit plusieurs fondations pieuses [waqf] en faveur de l’un et de l’autre et combla de biens les deux confréries qui les occupaient ; de plus, il exigea des collèges pour d’autres groupes de docteurs afin de les faire participer à ses bienfaits.

Il ordonna de fermer les portes de l’Église de la Résurrection, défendit aux Chrétiens de la visiter, et même de s’en approcher. Auprès de lui, les gens délibérèrent au sujet de cette église. Les uns opinaient pour la démolition de ses bâtiments, l’effacement de ses vestiges, la suppression du chemin de ce pèlerinage, la destruction de ses statues, le bannissement de ses futilités, l’extinction de ses lampes, l’effacement de ses évangiles, la conjuration de ses séductions, le démenti infligé à ce qu’on y disait, et ils déclarèrent : « Si ces bâtiments sont détruits, si l’on met au même niveau ses parties hautes et basses, si son cimetière est fouillé et détruit, si ses lumières sont éteintes, si ses rites sont effacés et abolis, si son sol est labouré et retourné en long et en large, la foule des pèlerins en sera bannie, les aspirations de ces damnés cesseront de se diriger vers elle ; tant que cet édifice se maintiendra, le pèlerinage durera ».

Mais, en majorité, les gens déclarèrent : « Il n’y a nul avantage à la détruire ; cela ne signifiera point que les infidèles se détourneront de ses portes et qu’ elles seront fermées ; car ce qu’ils adorent, c’est l’emplacement de la croix et du tombeau, non ce qui est apparent de l’édifice ; les groupes de Chrétiens ne cesseront de s’y rendre, son sol fût-il réduit en une poussière qui s’élèverait jusqu’au ciel ; quand le Commandeur des Croyants ‘Umar conquit Jérusalem, aux premiers temps de l’Islam, il leur confirma cet emplacement sans leur ordonner de démolir des bâtiments. »

Imad al-Dîn, Al-Fath al-Qussi fî al-Fath al-Qudsi, Conquête de la Syrie et de la Palestine par Saladin, édition et traduction de H. Massé, Paris, 1982, p. 52-58.

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