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Les douanes d’Alexandrie par Ibn Djubayr

Posté par sourcesmedievales le 18 mai 2008

Al-Harîrî - (Maqâmât) Al-Wasîtî. Irak, 1237.« Nous étions restés trente jours à la surface des flots et nous débarquions le trente et unième ; car nous étions montés à bord le jeudi 29 du mois de chawwal et nous en descendions le samedi 29 du mois de dhû al-qa‘da, 26 de mars. – Louange à Dieu pour l’aisance et la facilité qui nous ont été accordées. Nous lui demandons de combler sa grâce envers nous en nous faisant atteindre le but de notre désir, puis en nous ramenant rapidement dans notre patrie, dans le bien et la paix. Car c’est lui qui en accorde la faveur ; point de dieu hors Lui ! – Nous descendons à Alexandrie dans un funduq, dit du Chaudronnier, proche de la Savonnerie.

Mois de dhou-l-hidjdja de ladite année (28 mars/25 avril 1183). – Il commença le dimanche, deuxième jour de notre arrivée. L’un des premiers faits dont nous fûmes témoins, ce jour-là même, fut que les agents de la douane, au nom du prince, montèrent dans le navire pour prendre note de toute la cargaison. On fit comparaître, un à un, tous les musulmans qui s’y trouvaient ; on inscrivit leur nom, leur signalement, et le nom de leur pays ; on interrogea chacun d’eux sur les marchandises et sur les espèces qu’il avait avec lui, afin de lui faire payer la zakâ sans s’inquiéter de savoir si le délai d’une année pleine s’était ou non écoulé sur elles, depuis qu’il les avait en sa possession. Or, ces gens pour la plupart, préoccupés seulement d’accomplir les rites du pèlerinage, n’avaient emporté avec eux que de quoi subvenir aux frais de leur voyage. Ils furent mis en demeure de payer la zakâ sur le tout, sans que personne s’informât dans si le délai d’un an était écoulé ou non.

On fit débarquer l’un de nous deux, Ahmad Ibn Hassan, afin de l’interroger sur les nouvelles de l’Occident et sur les marchandises du navire. Sous étroite surveillance, on le mena d’abord devant le prince, puis devant le cadi, puis devant les gents de la douane, puis devant un conseil d’officiers particuliers du gouverneur. Partout on lui fit subir un interrogatoire et on prit note de ses paroles. Enfin, on le laissa aller son chemin. – Les musulmans reçurent l’ordre de débarquer leurs affaires et les provisions qui leur restaient. Sur le rivage, des agents étaient chargés de les mener à la douane et d’y transporter tout ce qu’ils avaient débarqué. Puis, on les appela, un par un, et l’on apporta les affaires de chacun à la douane, qui regorgeait d’une cohue de gens. Alors on se mit à fouiller dans toutes les affaires, ce qui était sans valeur et ce qui en avait une ; on mêlait les unes avec les autres, on mettait les mains sur les ceintures pour s’enquérir de ce qui pouvait s’y trouver, et, par surcroît, on obligeait les gens à déclarer par serment s’ils avaient ou non autre chose que ce qu’on avait découvert sur eux. Au milieu de tout cela, une grande partie des affaires des gens disparaissait dans la mêlée des mains et la poussée de la foule. Enfin, on les laissa aller, après une terrible séance d’humiliation et de honte. – Nous implorons Dieu d’accroître pour cela les récompenses ! – Ce sont là, sans aucun doute, des choses qui restent cachées au grand sultan Saladin ; car s’il les savait, lui dont on connaît l’équité et le souci du bien public, il les ferait ces-ser. Dieu veuille tenir compte aux musulmans de cet incident affreux, et puissent-ils se voir restituer la zakâ sous la plus belle des formes ! Nous n’avons trouvé, dans les États de ce sultan, aucune occasion de raconter une vilenie, hors cette affaire, qui est un effet des agissements des employés de la douane ! »
Ibn Djubayr, Voyages, trad. M. Gaudefroy-Demombynes, Paris, 1949, 1, p. 38-40.

Une Réponse à “Les douanes d’Alexandrie par Ibn Djubayr”

  1. abdellatif dit :

    voici un superbe texte que qu’on a étudié avec mr Albaret. je me suis donc procuré le livre intégral « voyageurs arabes » de godeffroy demonbynes. c’est mon livre de chevet 1650 pages ! déjà lu 3 fois avec le récit d’ibn fadlan : « voyage ches les bulgares de la volga », voyageur anonyme en chine, la « rihla » (voyages) d’ibn jubayr et l’oeuvre monumentale d’ibn battouta à lire et à relire !

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