Le « schisme » de 1054 vu par Psellos

Posté par sourcesmedievales le 14 mai 2008

byzance.jpgLe « schisme » de 1054 vu par Psellos : éloge funèbre de Michel Cérulaire

« C’est une lutte que mène contre la Nouvelle Rome l’ancienne, non sur des détails qui ne mériteraient pas qu’on y regardât, mais sur le point essentiel de la foi orthodoxe, sur la théologie de la Sainte Trinité. Les Latins croient professer l’orthodoxie et ne différer de nous sur rien d’important, alors que leur croyance est en tous points impie : je ne sais si l’on pourrait trouver deux choses plus dissemblables que leur opinion et la nôtre. Il faut en effet faire procéder du Père et le Fils et l’Esprit chacun selon son propre caractère, faire remonter au Père par le raisonnement ce qui émane de lui, et, par suite, enseigner clairement et proclamer que les personnes sont de même valeur. Les Latins au contraire, bien qu’ils posent à juste titre le seul Père avant les deux autres personnes, plaçant après le Fils et l’Esprit, font dépendre d’une certaine manière l’Esprit du Fils. Cette croyance impie, Arius l’inventa en se cachant, et il revint à Eunomios de l’organiser avec exactitude (si l’on doit parler d’exactitude pour une si prodigieuse impiété), ayant fait de la raison une construction artificieuse de dogmes impies.

Aux autres, l’erreur sembla sans importance, car ils n’en saisissaient pour ainsi dire pas les conséquences. Mais le défenseur de la foi, l’ardent combattant de la parole divine la jugea intolérable. Aussi, il se dépensa pour sa métropole ; pour la défendre, il lui expliqua l’affaire à plusieurs reprises et minutieusement, et lutta avec plus d’ardeur encore que sur les autres sujets, lançant des rappels à l’ordre, écrivant des lettres, excitant les zèles, tirant ses preuves de l’Ecriture Sainte, faisant des raisonnements, usant de toutes sortes de démonstrations pour mettre son peuple à l’unisson afin d’éviter de voir la mère opposée à ses propres enfants. Mais comme il avait tout fait sans convaincre les Latins et que, au contraire, ceux qu’il voulait corriger avaient encore redoublé d’insolence, il se fâcha alors, et, à l’impudence de l’impiété, opposa la rigueur de la piété. Comment ? De quelle façon ? Ce n’est point déplaisant à raconter.

Certains des gens de là-bas [Rome], les premiers de ceux qui assument la charge des âmes, leur élite intellectuelle et leurs meilleurs théologiens, ont osé nous attaquer sur les sujets pour lesquels il leur a semblé bon d’engager une lutte directe avec les arguments qu’ils avaient préparés, donnant une interprétation erronée du Divin Évangile, altérant les livres sacrés suivant leur bon vouloir ; trithéites dans leur hérésie ou pire que cela [athées]. En effet, se pourrait-il que cela fût Dieu qui procède de ce dont il est privé lui-même ? Pourrait-ce être Dieu ce qui est séparé de son principe par quelque chose d’autre et qui le dépasse ? Ou bien, à l’inverse, comment feraient-ils pour révérer un seul Dieu, ceux qui ne font pas remonter ses manifestations à leur principe premier, mais qui, par leurs distinctions, morcellent et déchirent l’égalité première en inégalité ? Or, voici que, avec leurs impiétés, ils nous ont attaqués ; comme ils ne pouvaient venir à bout de personne, ils se sont déchaînés ensuite contre le chef de notre armée, ce père qui a montré tant de grandeur ; vaincus dès son premier assaut, ils se retournèrent tous à la fois pour choisir la fuite. Saisis de honte devant une défaite, une déroute qui les surprenaient, ils n’osèrent point revenir le rencontrer pour en disputer en face. S’étant mis à distance de notre armée de fidèles, ils décochèrent contre nous une volée de discours ; mais les traits qui s’abattaient sur leurs destinataires étaient vivement repoussés et retournaient vers ceux qui les lançaient. Lorsqu’il eut connaissance de leur déclaration, ou, pour mieux dire, de leur piège, notre grand patriarche la déchira, écarta de la communauté ces gens impies dans tous les domaines et les mit aussitôt sous le coup de la plus terrible malédiction. »

Psellos, Eloge funèbre de Michel Cérulaire, éd. A. Michel, Humbert und Kerullarios, t. 2, Paderborn, 1930, p. 477-478. M.-F. Auzépy, M. Kaplan, B. Martin-Hisard, La chrétienté orientale du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle. Textes et documents, Paris, 1996, p. 251-252.

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