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Le Maghreb en 972-978 d’après la Bayan d’Ibn‘Idhari (XIIIe siècle)

Posté par sourcesmedievales le 12 mai 2008

Al-Harîrî - (Maqâmât) Al-Wasîtî. Irak, 1237.« Le 22 shawwal 361 (4 août 972), al-Mu‘izz partit de Mansuriyya pour l’Orient, laissant Abu-l-Futuh pour le remplacer en Ifrikiyya.
Lors de son départ pour l’Orient, al-Mu‘izz se fit remplacer par lui en Ifrikiyya et fit écrire par les secrétaires aux gouverneurs et employés des finances qu’ils eussent à obéir entièrement à Abu-l-Futuh, tandis que lui-même, se transportant à Misr, en fit sa capitale, de sorte que ce chef devint l’émir de l’Ifrikiyya et du Maghreb tout entier. Quand, raconte, al-Kuda‘i, Abu Tamim fut arrivé à Alexandrie, le kadi de Misr, ses témoins instrumentaires et les principaux de la ville se portèrent à sa rencontre pour le saluer et lui présenter leurs vœux et leurs prières, et le 7 ramadan ce prince s’installa dans le palais dit d’al-Mu‘izz.

En 365, le vendredi 11 rabi‘ II (17 novembre 975) mourut Abu Tamim al-Mu‘izz li-Din Allah, après un règne de vingt-trois ans cinq mois et quelques jours, dont il avait passé à Misr deux ans et sept mois.
Son successeur au trône d’Égypte fut Abu-l-Mansur al-‘Aziz billah Nizar b. Abu Temim Ma‘add, né à Mahdiyya en Muharram 344 (avril-mai 955) et proclamé héritier présomptif à Misr, la 10 rabi‘ I 365 (16 novembre 975). On tint cachée la mort de son père et on le proclama aussitôt Prince des Croyants.


En Djomada II 365 (février-mars 976), Abu-l-Futuh envoya à al-‘Aziz billah des cadeaux qu’il accompagna, et l’émir d’Ifriqya retourna ensuite à Rakkada. Les habitants de Kayrawan (Kairouan) se portèrent au-devant de lui ; il leur fit très bon accueil et les hébergea somptueusement. Abu-l-Futuh se résolut après cela à se transporter à Fahs Abu Salih (1), et les kadis et les shaykhs allèrent lui porter leurs adieux le 27 radjab (1er avril 976) de la dite année.

En Dhu-l-hidjdja (août 976), il ordonna au secrétaire ‘Abd Allah b. Muhammad, qu’il avait nommé gouverneur d’Ifrikiyya, de préparer à Mahdiyya une flotte bien armée et munie de bons équipages. En conséquence, ‘Abd Allah se rendit en cette ville et fit faire partout des levées de matelots ; à Kayrawan même, on mit la main sur ceux qui étaient restés dans cette ville, et l’on en remplit les prisons. Cette dernière mesure effraya tout le monde à ce point que ni grands ni petits ne sortirent plus de chez eux et que, si quelqu’un venait à mourir, c’étaient les femmes seules qui sortaient les cadavres.

Le 1er muharram 366 (29 août 976), la flotte appareilla de Mahdiyya, mais les vents étant contraires, elle ne put avancer, épuisa ses provisions et se trouva à court d’eau ; alors les matelots se rapprochèrent du continent et s’enfuirent après avoir pillé les approvisionnements et les armes des bâtiments. ‘Abd Allah les fit chercher partout où ils s’étaient réfugiés, et ceux qui furent pris furent exécutés.

En la même année, Ziyadat Allah b. al-Kudayn (2) mourut dans la prison où le retenait le secrétaire ‘Abd Allah b. Muhammad, qui dit-on, le fit périr dans les supplices.
Ce fonctionnaire, qui avait à administrer l’Ifriqya et Kayrawan, fit convoquer toute la population, se saisit d’environ six cents des plus riches et frappa chacun d’une contribution déterminée, exigeant de l’un dix mille dinars comme de tel autre un seul dinar. Il réunit ainsi des sommes considérables qui furent prélevées dans les divers cantons et au paiement desquels n’échappèrent que les juristes, les gouverneurs, les lettrés et les amis du prince. Kayrawan à elle seule paya plus de quatre cent mille dinars, argent comptant. On continua ainsi ces exigences jusqu’à l’arrivée d’Égypte d’un ordre enjoignant à Abu-l-Futuh de les arrêter. Alors ‘Abd Allah, vers la fin du shawwal (vers le 20 mai 977), relâcha les gens qu’il détenait encore.

Le 24 djumada II 367 (7 février 978), ‘Abd Allah, obéissant à l’ordre qui lui en donna Abu-l-Futuh, envoya de Mansuriyya en Égypte, à l’adresse d’al-‘Aziz billah, tout l’argent ainsi recueilli contenu dans des sacs étiquetés au nom de celui qui l’avait déboursé. Quand ces sommes y furent parvenues, al-‘Aziz en fit restituer une part à leurs propriétaires.

En la même année, al-‘Aziz ajouta aux provinces gouvernées par Abu-l-Futuh, celle de Tripoli et dépendances. Cet émir y nomma Yahya b. Khalifa Milyani, qu’il révoqua au bout de quelques mois.

Khazrun b. Falful b. Khazir Zanati marcha avec des forces considérables contre Sidjilmassa, d’où [Abu Muhammad] al-Mu‘tazz sortit pour lui livrer bataille. Ce dernier fut tué le 25 ramadan (6 mai 978) à la suite d’un combat acharné. Khazrun envoya sa tête en Espagne et soumit Sidjilmassa, où il fit un riche butin. Cette conquête ajouta encore aux forces des Zenata et de leurs adhérents. »
Extrait d’al-Bayan al-Mughrib, Ibn Idhari, trad. E. Fagnan, Histoire de l’Afrique et de l’Espagne, I, Alger, 1901, pp. 332-335.

(1) Localité proche de Zaghwan, à une journée de marche de Kayrawan (Kairouan).
(2) Abu Mudar Ziyadat Allah Ibn al-Kudayn était chargé de la perception des impôts sur les biens meubles.

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