Une usurpation : Nicéphore détrône Irène

Posté par sourcesmedievales le 6 mai 2008

byzance.jpg« Cette année-là, le 31 octobre, onzième année de l’indiction, dans la quatrième heure de la nuit, le patrice Nicéphore, logothète du génikon, usurpa l’Empire en détrônant la très pieuse Irène avec le consentement de Dieu, qui, par ses sentences mystérieuses, punit la foule de nos péchés, et avec la complicité du patrice Nicétas, domestique des scholes, et du patrice Sisinnios, son frère… Ils allèrent à la porte appelée Chalcè, et trompèrent d’un coup tous les gardes en leur faisant croire qu’ils étaient envoyés par l’impératrice pour faire proclamer empereur Nicéphore parce que le patrice Aetios voulait la contraindre à élever à l’Empire son frère Léon. Les gardes… proclamèrent empereur le tyran. Arrivés au Grand Palais, les patrices… envoyèrent à travers toute la ville des inconnus et des esclaves, et firent acclamer le nouvel empereur avant le milieu de la nuit. Ils entourèrent de gardes le palais du quartier d’Eleuthère où se trouvait Irène. À l’aube, ils la firent amener et l’enfermèrent dans le Grand Palais. Alors, ils se rendirent à la Grande Eglise pour faire couronner cet homme criminel. Tout le peuple de la ville se rassembla ; il acceptait mal la situation, maudissait celui qui couronnait, celui qui était couronné et ceux qui se réjouissaient avec eux.

Certains… s’étonnaient que, par sa sentence, Dieu ait laissé une femme qui avait lutté en martyre pour la foi orthodoxe être supplantée par un gardien de cochons… ; d’autres, comme dans un état second, n’avaient pas conscience de la réalité des faits et croyaient rêver ; d’autres, qui avaient un jugement clair, glorifiaient la prospérité passée et se lamentaient sur les malheurs à venir que préparait cette tyrannie, surtout ceux qui avaient quelque expérience de la malignité du tyran. Sur tout le monde s’abattirent les ténèbres d’un soudain découragement…
[A Nicéphore qui rend visite à sa prisonnière, Irène répond :] « Je crois que c’est Dieu qui m’a élevée, d’orpheline que j’étais, vers le pouvoir, et qui m’a fait monter sur le trône tout indigne que j’en étais ; je n’impute ma chute qu’à moi seule et à mes péchés. Que le nom du Seigneur soit glorifié en tout et de toutes les façons – s’exclamait-elle –, le nom de celui qui seul est roi des rois, Seigneur des seigneurs. Quant à ta promotion, c’est Dieu que j’en considère comme l’instigateur, car je crois que rien ne peut se faire sans sa volonté. Tu n’ignores pas les avertissements qui m’ont souvent été donnés contre toi lorsque j’étais revêtue de la dignité qui est maintenant la tienne : l’événement prouve qu’ils étaient fondés ; si je les avais suivis, j’aurais dû te condamner à mourir. Mais j’ai eu confiance en tes serments, et, d’autre part, je pensais à tort qu’en t’épargnant, je me concilierais bien des gens ; en fait, je donnais alors à Dieu des armes contre moi, à Dieu par qui règnent les empereurs et par qui s’établissent les dominations sur la terre. Et maintenant je vois en toi le pieux élu de Dieu, et je me prosterne devant toi comme devant l’Empereur… . »

Théophane, Chronographie, éd. C. De Boor, Leipzig, 1883, p. 476-478. M. Kaplan (dir.), Le Moyen Âge, IVe-Xe siècle, Rosny, 1994, p. 238.

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