La description de Bagdad par Ibn Hawqal

Posté par sourcesmedievales le 6 mai 2008

Al-Harîrî - (Maqâmât) Al-Wasîtî. Irak, 1237.« Madinat al Salam [Bagdad], fondée sous l’Islam, a été construite sur l’ordre d’Abu Djafar Mansur sur la rive occidentale du Tigre. Sa banlieue fut répartie en concessions aux fonctionnaires de son entourage, à ses affranchis, aux membres de sa suite, comme par exemple la concession de Rabi et celle de Harbiya. Puis la ville prospéra et se développa. Lorsque Mahdi y régna, il établit son camp sur la rive orientale et l’endroit fut nommé le camp de Mahdi. Dès lors, ce quartier s’agrandit et se peupla et les constructions se multiplièrent. Le nom du califat s’attacha donc à la rive orientale où vinrent s’installer ceux qui occupaient des situations gouvernementales ; ils s’étaient transportés à Mukkarrim, au bas de cette rive. Un hôtel y fut fondé pour servir de résidence au souverain et aucun édifice particulier n’y fut attenant. Le palais et le parc du calife s’étendaient sur deux parasanges de Bagdad au Nahr Bin, protégés par un seul mur, et se prolongeaient du Nahr Bin jusqu’aux bords du Tigre. Au-delà du palais du califat, les constructions bordaient le Tigre en remontant jusqu’à Shammasiya, sur cinq milles environ, faisant face sur la rive occidentale au quartier de Harbiya ; puis les parties construites descendaient le long du Tigre jusqu’au Karkh […].

On a fondé là une belle mosquée cathédrale. Ce quartier est aujourd’hui délabré et on ne voit plus debout que la mosquée et le cimetière de Quraish et le quartier appelé Tombe d’Abu Hanifa – que Dieu soit satisfait de lui ! On a commencé à construire ailleurs, près du Nahr Mualla, et ce nouveau quartier a été vers l’an 560 […] entouré d’une muraille solide et puissante, précédée d’un fossé profond qui fait le tour des murs et reçoit les eaux du Tigre.    La rive occidentale a pris le nom de Karkh. A quatre emplacements de ce quartier s’élèvent des mosquées où l’on célèbre les prières publiques du vendredi. L’une d’elles est située sur la rive occidentale dans la cité même d’Abu Djafar ; une autre à Rusafa (1) sert aux habitants de Bab al Taq (2) ; une autre dans l’hôtel du calife sert de mosquée cathédrale pour l’aristocratie et les gens du peuple ; la mosquée de Baratha se trouve aussi sur la rive occidentale et à été fondée par l’émir des croyants Ali – que les bénédictions de Dieu soient sur lui ! Les constructions se poursuivent sur la rive occidentale ; en bas de l’hôtel du califat jusqu’à Kalwadha, cité de grandeur moyenne, pourvue d’une mosquée cathédrale et qu’on pourrait considérer comme faisant partie de Bagdad puisque beaucoup des habitants de la capitale viennent y accomplir la prière.

Les deux rives sont aujourd’hui reliées par un pont qui prend à l’extrémité de Bab al Taq. Il y en avait autrefois deux, mais vu le petit nombre des passants, l’un deux, qui avait besoin de réparations, a été fermé à la circulation. La plupart des quartiers ont dépéri ; jadis les constructions se prolongeaient jusqu’au Bab Yasiriya sur la rive occidentale. En largeur, on constate un abandon dans les deux rives, sur un parcours un peu plus long de cinq milles, la plupart des édifices sont démolis. Le quartier le plus animé est aujourd’hui la rive du Karkh, car la population de Yasiriya y vient et on y voit la majeure partie des maisons commerçantes.

[…] Les arbres et les canaux de la rive orientale et de l’hôtel du califat étaient alimentés par les l’eau du Nabrawan et de Tamarra. Ils n’empruntaient au Tigre qu’une très petite quantité d’eau qui n’aurait pas suffi pour la culture. La rive occidentale prenait son eau du Nahr Isa qui sortait de l’Euphrate à proximité d’Anbar sous le pont de Dimimma et qui donnait naissance à de petits canaux. Ceux-ci se regroupaient et formaient un cours d’eau appelé le Sarat qui coulait également en direction de Bagdad. Il y avait sur les bords de nombreux terrains de culture. De multiples canaux en dérivaient qui arrosaient les cultures de la région […]. C’est sur ses bords que s’élèvent les maisons particulières, les hôtels privés et les vergers. Le Nahr Isa est navigable depuis l’Euphrate jusqu’au confluent avec le Tigre. Mais sur le Sarat, il y a des barrages et des obstacles qui interdisent la navigation, des digues et des roues d’irrigation. Les navires parviennent au pont, le chargement est débarqué et transbordé sur d’autres navires au-delà de l’Euphrate. »


D’après Ibn Hawqal, Le livre de la configuration de la terre, traduction par J.-H. Kramers et G. Wiet, Paris, 1965.


(1) autre nom donné au camp de Mahdi.
(2) idem.

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