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La ville d’Alexandrie d’Egypte, par Ibn Djubayr

Posté par sourcesmedievales le 2 mai 2008

Al-Harîrî - (Maqâmât) Al-Wasîtî. Irak, 1237.« Quelques informations sur Alexandrie et ses habitants.

Tout d’abord, l’heureux site de la ville et l’étendue de sa surface construite. Nous n’avons point visité de ville dont les voies d’accès soient plus vastes ni les édifices plus hauts; qui soit plus belle et en même temps plus vivante que celle-ci; les souks, eux aussi, sont extrêmement animés. C’est une merveille de sa situation que ses constructions souterraines soient aussi considérables que celles qui sont à la surface, qu’elles soient plus belles et plus solides; car l’eau du Nil traverse, sous terre, toutes les maisons et les rues; les puits sont tout proches les uns des autres et ils communiquent entre eux.

Nous y vîmes aussi des colonnes et des revêtements de marbre, dont le nombre, la hauteur, la largeur et la beauté dépassent tout ce que l’imagination peut inventer; sur certaines de ses voies, vous vous trouvez devant des colonnes Si hautes qu’elles bouchent le ciel, dont on ne sait ce qu’elles signifient, ni quelle a été l’origine de leur création. Elles supportaient dans l’ancien temps, nous a-t-on dit, les édifices particuliers des philosophes et des maîtres de cette époque-là. Dieu est plus savant ! Il y a apparence que cela servait à observer (les astres).


Parmi les merveilles (de cette ville), l’une des plus importantes que nous ayons vues est le phare dont Dieu, par les mains de ceux qu’il soumit à ce travail, fit un signe pour ceux qui cherchent à connaître la vérité et pour les voyageurs un point de repère. Sans lui, ceux-ci ne trouveraient point leur route vers le continent d’Alexandrie : il est visible à plus de soixante-dix milles… [suit une description du phare].

L’un des mérites et des avantages de cette ville, dont l’honneur revient en réalité à son sultan, ce sont les Écoles et les Couvents qui ont été fondés pour les gens d’étude et de piété qui s’y rendent des contrées les plus éloignées. Chacun d’eux y trouve logement pour y habiter, un maître pour lui enseigner la branche de la science qu il désire apprendre et une pension pour satisfaire à tous ses besoins. Le sultan a poussé la sollicitude envers ces étrangers venus de si loin jusqu’à ordonner d’installer des bains où ils peuvent se baigner quand ils en ont besoin et de fonder un hôpital où sont soignés ceux d’entre eux qui sont malades : il y a établi des médecins qui examinent leur état et, sous leurs ordres, des serviteurs que ceux-ci chargent de veiller à l’exécution des prescriptions de traitement et de régime qu’ils édictent pour leur bien. Il y a appointé aussi des gens chargés de visiter les malades qui s’abstiennent de venir à l’hôpital, particulièrement parmi les étrangers; ces personnes expliquent leur cas aux médecins, afin que ceux-ci prennent en main leur traitement.


C’est encore un bien noble dessein qui a conduit le sultan à attribuer aux étrangers errants sur les chemins, quel que soit leur nombre, deux pains par personne et par jour; il désigne pour veiller à cette distribution quotidienne un homme de confiance, agissant en son nom; on en arrive chaque jour à deux mille pains, ou même davantage, selon le nombre plus ou moins grand des quémandeurs. Cette institution fonctionne en permanence. Toutes ces fondations sont pourvues de waqfs, constitués par le sultan, outre le revenu qu’il y a attribué sur la zakâ des métaux précieux. Il a prescrit à leurs administrateurs d’avoir recours, quand ils seraient en déficit, à la masse de son trésor.


Les habitants de cette ville sont au comble du bien-être et de l’aisance en leurs affaires, car ils ne sont chargés d’aucun impôt; le sultan ne tire d’eux aucun profit, hors les waqfs qui sont biens de mainmorte constitués par lui pour ses fondations, la taxe de capitation des Juifs et des Chrétiens et la part qui lui revient sur la zakâ des métaux précieux et qui est des trois huitièmes, les cinq autres étant affectés aux fondations. Le sultan qui a créé ces louables institutions et qui a instauré ces règles généreuses, méconnues depuis bien longtemps, c’est Salah ad-dîn Abou-l-Mozaffar Yousouf b. Ayyoub -Dieu veuille joindre en sa faveur la paix et l’approbation ! […]

C’est la cité de Dieu où il y a le plus grand nombre de mosquées Si bien que le compte que les gens en font est flottant : l’un dit plus et l’autre moins; les plus généreux vont jusqu’à dix mille, les autres restent en dessous de ce nombre, mais sans préciser; les uns disent huit mille, d’autres un autre chiffre. En vérité elles sont fort nombreuses, quatre ou cinq en un même lieu, et parfois chevauchant l’une sur l’autre. Or toutes ont des imams appointés par le sultan; certaines reçoivent par mois cinq dinars égyptiens qui correspondent à dix dinars mouminides, d’autres plus, d’autres moins. »

Ibn Djubayr, Voyages, trad. M. Gaudefroy-Demombynes, Paris, 1949, 1, p. 40-43.

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