Un contrat avec le Génois Manuel Pessagno (1355)

Posté par sourcesmedievales le 30 avril 2008

xive.jpgDocument proposé par Sandrine Victor (ater, université d’Albi)

« Au nom de Dieu, amen. Sachent tous ceux qui verront cette charte comment moi, Dom Dinis, par la grâce de Dieu roi du Portugal et d’Algarve, avec ma femme la reine Dona Isabel et notre fils 1er héritier l’infant Dom Afonso, j’entends vous requérir, vous Micer Manuel Passagno de Gênes et tous vos successeurs, de vous installer sur ma terre en tant que mon amiral et de me servir en cet office, moi et mes successeurs, pour le service de Dieu et le mien et pour le profit et l’honneur de ma terre. Je vous donne et concède pour toujours mon lieu de Pedreira à Lisbonne, comme il a été délimité pour les juifs […]. De même, il me semble bien de vous donner 3 000 livres chaque années […] en fiefs. Vous, Micer Manuel,vous devez avoir ledit fief pendant votre vie et nous servir, moi et mes successeurs, en raison de lui comme il est écrit plus loin ; à votre mort, votre fils aîné, légitime et laïc doit en hériter pour nous servir, moi et mes successeurs, dans les mêmes conditions que celles auxquelles vous vous obligez envers moi ; et ainsi doivent hériter ledit fief tous ceux qui descendront de vous en ligne directe, en manière de majorat […].

Et moi, susdit Micer Manuel, en raison de cette grâce et de ce fief que vous, susdit Sire roi, donnez à moi et à mes successeurs, je deviens immédiatement votre vassal, je vous fais hommage et je jure sur les saints Evangiles (sur lesquels je pose corporellement les mains) de vous servir bien et loyalement sur mer, dans vos navires, chaque fois que le requiert mon service et chaque fois que vous voudrez, sauf que je dois aller personnellement sur mer à votre service avec moins de 3 galères. Je promets par ce serment de vous servir contre tous les hommes du monde de quelque état et condition qu’ils soient, aussi bien chrétiens que maures […]. Et cet hommage et ce serment doivent être prêtés, à vous et à vos successeurs, par tous mes successeurs qui hériteront de ce fief […]. Si par hasard, moi, Micer Manuel, ou mes successeurs dans ce fief tombions malades ou avions un empêchement légitime tel que nous ne puissions servir corporellement, que nous en soyons alors excusés et ne perdions rien pour cette raison. E outre, moi, Micer Manuel, et mes successeurs dans ce fief, nous devons toujours avoir 20 hommes de Gênes connaisseurs en matière maritime, tels qu’ils soient aptes comme alcaides et commandants des galères et qu’ils nous servent bien sur mer dans vos galères chaque fois que vous voudrez ou que vous aurez besoin ; nous devons les entretenir en permanence à nos frais […] mais quand vous, susdit roi et vos successeurs, n’aurez pas besoin du service desdits 20 hommes, que moi, Micer Manuel, et mes successeurs puissions les employer dans nos négoces et les envoyer en Flandres ou à Gênes ou en quelques autres lieux […]. Quand ils sont à votre service, vous devez donner à celui qui est alcaide de galère 12,5 livres par moi pour solde et du pain biscuit et de l’eau comme aux autres ; à celui qui est commandant de galère, 8 livres par mois pour solde et du pain biscuit et de l’eau comme il est dit […].
Et moi, susdit roi Dinis, je l’octroie ainsi que je promets, pour moi et mes successeurs, de faire tenir et garder les conditions et les autres choses qui sont contenues dans cette charte et convenues entre moi et vous (et vos successeurs). De plus, désirant vous faire grâce et merci, il me semble bon et j’ordonne que vous et vos successeurs dans ce fief ayez pour vous le quint de toutes les choses que vous prendrez et gagnerez sur mer avec mes galères aux dépens des ennemis de notre foi ou des ennemis de ma terre ; mais cela n’implique pas que vous ayez le quint des coques des galères et autres navires, si vous en capturez, ni de leurs armes et appareils que vous prendrez, ni des maures ennemis, si vous en capturez, car ces choses sont régaliennes. Quant au maure ennemi, si moi ou mes successeurs voulons en prendre, nous devons l’achetez au pris d’usage en mon royaume, à savoir 100 livres en monnaie portugaise, et vous aurez le quint du prix que nous donnerons. Je veux et ordonne que vous, Micer Manuel et vos successeurs dans ce fief, ayez juridiction et pouvoir sur tous les hommes qui seront avec vous sur mes galères, aussi bien en flotte qu’en armée, dans tous les lieux où vous irez, sur mer et dans les ports de terre desquels vous partirez ; j’ordonne qu’ils fassent pour vous, en tant qu’amiral, ce qu’ils feraient pour ma personne même si j’étais là […] et ceci s’entend [pour la période comprise] depuis le jour où vous armerez les galères ou navires jusqu’au jour où vous désarmerez. En outre, il me semble bien que mes notaires qui seront sur les galères me jurent, ainsi qu’à mes successeurs, qu’ils noteront bien et droitement dans leurs livres les choses que vous gagnerez en mer et les autres choses qu’ils doivent noter et dont ils doivent donner foi, de telle sorte que soient préservés mes droits et ceux de chacun […].
Et pour que cela soit établi et ne puisse être mis en doute, j’ai ordonné d’en faire deux chartes de même teneur, dont je dois avoir une et vous, Micer Manuel, l’autre ; et j’ai ordonné de les sceller avec mon sceau de plomb. Et moi, Micer Manuel, j’ai souscrit de ma main mon nom sur chacune d’elles. Donnée à Santarém, le 1er jour de février. Le roi l’a mandée, Domingos Eanes l’a faite. Ere de 1355.
Moi, Manuel Pessagno
Le roi l’a vue. »

Descobrimentos portugueses. Documentos para a sua história, 1147- 1460, Lisboa, 1988 (réed.), p. 27- 30.

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