Les débuts des Patarins à Milan (ca 1056)

Posté par sourcesmedievales le 18 avril 2008

xie.jpg« Au temps dudit pontife romain, Gui causait la ruine de l’Église milanaise : illettré, concubinaire, c’était aussi un simoniaque sans vergogne. Au temps de ce Gui, deux clercs vivaient dans ladite cité : l’un, né d’une puissante lignée, s’appelait Landulf ; c’était un homme aimable et d’une très grande éloquence. L’autre avait nom Ariald, il tirait sa naissance d’une famille chevaleresque ; c’était dans les arts libéraux un homme de toute première compétence ; il reçut par la suite la couronne du martyre. Ces hommes donc qui fréquentaient assidûment les livres sacrés, en premier lieu ceux du bienheureux Ambroise, comprirent à quel point il est criminel de cacher le talent qu’on vous a confié. C’est pourquoi un beau jour, se recommandant à Dieu et au bienheureux chef des apôtres, ils adressèrent au peuple, forts de la grâce divine, la parole de la prédication. Et les voilà étalant devant le peuple les fraudes vénales de la simonie ; lui démontrant avec une clarté plus que lumineuse combien il est honteux pour des prêtres et des lévites concubinaires de célébrer les sacrements ; affirmant, sur le témoignage du bienheureux Ambroise, que le refus d’obéissance à l’Église de Rome est une hérésie.

Parmi les auditeurs, ceux qui étaient prédestinés à la vie [éternelle] firent à cette déclaration un accueil favorable ; les pauvres surtout les accueillirent, ces pauvres que Dieu a choisis pour confondre les forts. Mais les clercs, dont la foule, dans ladite église est aussi innombrable que le sable de la mer, excitèrent les capitaines et les vavasseurs, qui trafiquaient les églises et que des liens de parenté unissaient à leurs concubines. Le but de ces efforts : à la faveur de l’émeute, imposer silence à ces deux hommes. Mais leurs espoirs furent déçus. C’est devant un nombre tous les jours croissant de fidèle que ces admirables athlètes de Dieu se dépensaient plus vigoureusement en prédications ; leur malice étalée devant tous, les ennemis de Dieu au contraire étaient tous les jours surclassés et ridiculisés, à un tel point que ces deux hommes en arrivèrent un jour à chasser d’une église le pontife même de l’Église.

Présents à tout cela, mais bien incapables de tenir tête à la vérité ni à une telle foule, les simoniaques étaient couverts de honte ; d’où ce grief de pauvreté qu’ils lançaient à nos gens, les appelant « Patarins », loqueteux. Mais ce faisant, eux qui disaient à leurs frères « Racca » – racos est un mot grec qui veut dire loque – ils étaient passibles de jugement ; bienheureux les autres au contraire, eux qui étaient dignes de subir des affronts pour le nom de Jésus. Que dire de plus ? Si vive était, jour après jour, la croissance de leur groupe que les « patarins » décidèrent d’envoyer à Rome des gens de bien chargés de demander au pape, le bienheureux Etienne, qu’il envoie avec eux de saints évêques, avec la mission de reconstruire leur Église depuis ses fondations. Dans cette si vaste, dans cette innombrable foule de clercs, en effet, c’est à peine si, sur mille, on pouvait en trouver cinq qui ne fussent pas ligotés dans les mailles de l’hérésie simoniaque. Cette requête réjouit le pape : il fit aussitôt partir des évêques, pris parmi ceux qui l’entouraient, et, parmi eux, l’archidiacre Hildebrand, cher à Dieu. À leur arrivée à Milan ils n’y trouvèrent pas l’archevêque : sa conscience l’accusait et il avait fui leur présence. Mais le peuple, comme il se devait, les reçut avec les plus grands honneurs. Ils restèrent plusieurs jours à fortifier par des prédications soutenues la résolution des fidèles. »

Bonizo de Sutri, Liber ad amicum, livre VI, MGH, Libelli de Lite, t. I, p. 591-592. trad. Ch.-M. De La Roncière, P. Contamine, R. Delort, M. Rouche, L’Europe au Moyen Âge, t. II, fin IXe-fin XIIIe siècle, Paris, 1969, p. 278.

2 Réponses à “Les débuts des Patarins à Milan (ca 1056)”

  1. Raymond Doms dit :

    … ces pauvres que Dieu a choisi… Ne faut-il pas un « s » à choisi?

    Merci en tout cas pour la réapparition des textes que je consultais autrefois sur Clio.

    R.D.

  2. Bonsoir,

    Merci de votre remarque et de vos encouragements.
    Le modérateur

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