La trêve de Dieu au concile provincial de Narbonne (1054)

Posté par sourcesmedievales le 15 avril 2008

xie.jpg« L’année de l’Incarnation du Seigneur 1054 […], le 8 des calendes de septembre, s’étaient réunis dans la ville de Narbonne dix vénérables évêques, à savoir Bernard de Béziers, Gonthier d’Agde, Rostaing de Lodève, Arnaud de Maguelonne, Frotier de Nîmes, Guifred de Carcassonne, Bérenger de Gérone, Guifred de Barcelone et Guillaume d’Albi […]. Sous la présidence du seigneur Guifred, archevêque de la cité susdite, grâce auquel s’est tenu le synode, sous les auspices du comte Pierre-Ramond et du vicomte Bérenger, avec la multitude énorme des abbés et des clercs, de nobles et de non-nobles, pour confirmer et protéger la trêve, la paix et l’amour que l’Église universelle a fixés unanimement, et pour réformer son état -qui était attaqué par de méchants hommes- obéissant aux ordres du Seigneur pour mériter d’obtenir les récompenses éternelles pour les siècles.
Chapitres de la trêve :

[1] En premier de toutes nos décisions, qui doivent être écrites dans ce manuscrit, nous avertissons et demandons, selon le précepte de Dieu et le nôtre, qu’aucun Chrétien ne tue un autre Chrétien ; car celui qui tue un Chrétien répand, sans doute, le sang du Christ. Si quelqu’un, ce que nous ne souhaitons pas, tue injustement un homme, il en fera réparation selon la loi.
[2] En second, nous mandons et confirmons que cette trêve de Dieu, qui avait été fixée par nous récemment, et qui semble avoir été rompue actuellement par de méchants hommes, qu’elle soit désormais observée fermement par tous. Donc, nous prions au nom de Dieu et demandons qu’aucun chrétien recherche un autre Chrétien pour quelque méfait du coucher du soleil le mercredi jusqu’au soleil levant du lundi.
[3] Nous ordonnons aussi que du premier dimanche de l’Avent du Seigneur jusqu’aux octaves de Pâques incluses, du premier dimanche avant le début des jeûnes jusqu’aux octaves de Pâques incluses, du dimanche avant l’Ascension du Seigneur jusqu’aux octaves de la Pentecôte incluses, les jours de fête de sainte Marie et lors des veilles de celle-ci, la veille de la Saint Jean-Baptiste et le jour de sa fête, les veilles des apôtres et lors de leurs fêtes, la veille de la Saint-Pierre aux liens et le jour de sa fête, la veille des Saints-Jude et Pasteur et le jour de leurs solennités, la veille de la Saint-Laurent et le jour de sa fête, le jour de la fête de la Saint-Martin et lors des jeûnes des Quatre-Temps, lors des jeûnes, des fêtes et des veilles prescrits, aucun Chrétien ne lèse un autre Chrétien, n’ose le déshonorer ou voler ses biens.
[4] Nous ordonnons de protéger cette trêve du Seigneur avec fermeté. Que tous ceux qui la tiendront et l’observeront fidèlement reçoivent la bénédiction éternelle de Jésus-Christ, notre Seigneur et sauveur, et possèdent l’héritage de la vie éternelle sans fin. Mais que ceux qui se révèleront rebelles ou transgresseurs de la paix, ou ceux qui les aideront en quelque chose, qu’ils subissent le châtiment de l’anathème jusqu’à ce qu’ils aient donné digne satisfaction au jugement de leur propre évêque.
[5] Si quelqu’un tue un homme volontairement ou sciemment lors de cette trêve, on s’en empare, ou prend le château de quiconque ou le détruit, ou s’il a été convaincu de vouloir le faire, qu’il soit placé hors de toute assemblée de chrétiens, qu’il soit condamné à l’exil perpétuel pour toute sa vie.
[6] Si quelqu’un commet envers un autre un outrage ou un dommage, qu’il fasse réparation de sa faute, lors du jugement de son propre évêque ou de ses clercs, auxquels l’évêque l’aura confié, par le jugement de l’eau froide ou par l’exil, comme on l’a établi.
[7] Quiconque, approchant le temps du Carême, de l’Ascension du Seigneur, de la Pentecôte ou de l’Avent du Seigneur, temps de la trêve du Seigneur, voudra construire un château ou une fortification, qu’il ne lui soit pas permis de le faire, s’il ne commence pas, au su de tous, deux semaines avant le temps susdit. »

Ludwig Huberti, Studien zur Rechtsgeschichte der Gottesfrieden und Landfrieden, Ansbach, 1892 p. 317-321.

4 Réponses à “La trêve de Dieu au concile provincial de Narbonne (1054)”

  1. Anonyme dit :

    combien de jours dure « la Trêve de Dieu » ?

  2. Bonsoir,

    A partir de 1027 (concile de Toulouse), la trêve de Dieu n’est plus uniquement présente pour protéger les personnes et les biens, mais elle sert aussi à suspendre l’activité militaire pendant certains jours. Ainsi le dimanche, puis du mecredi soir au lundi matin, et à certaines périodes liturgiques (Avent, Noël, Carême ou Pâques).

    Bonne soirée,
    Le modérateur

  3. Anonyme dit :

    quel est le jour de la trêve de dieu ?

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