Otton et le pape Jean XII (963)

Posté par sourcesmedievales le 13 avril 2008

ve.jpgLettre adressée par le concile réuni à Rome le 6 novembre 963

« Au Seigneur pape Jean, pontife suprême et pape universel, Otton, par la grâce de Dieu, empereur, entouré des archevêques et des évêques de Ligurie, de Toscane, de Saxe et de Francie, salut en Notre Seigneur. Étant venu à Rome pour le service de Dieu, et ayant demandé aux évêques, aux cardinaux, aux prêtres, aux diacres et à tout le peuple la cause de votre absence et pourquoi vous aviez évité de nous voir, nous qui avons pris la défense de votre Église et de votre personne, ils nous ont dit des choses si honteuses de vous, que si on nous les disait d’un histrion, nous ne pour-rions les entendre sans rougir. Nous vous en exprimons une partie en peu de parole, parce que nous ne pourrions pas les exprimer toutes en un jour. Sachez donc que vous avez été accusé non par un petit nombre de personnes, mais par tous les ecclésiastiques et par tous les laïques, d’homicide, de parjure, de sacri-lège et d’inceste, commis tant avec des femmes vos parentes qu’avec deux sœurs. Ils ajoutent, ce que l’on ne peut ouïr sans horreur, que vous avez bu à la santé du Diable, et qu’en jouant aux dés, vous avez invoqué Jupiter, Vé-nus et les autres démons. C’est pourquoi nous vous supplions de venir vous justifier de ces crimes. Au reste, n’appréhendez point la fureur du peuple, car nous vous promettons sous serment que rien ne se fera en dehors des prescriptions des saints canons. Fait le sixième jour du mois de novembre [...]. »

Réponse de Jean XII et nouvelle lettre du concile à Jean XII

« Jean, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu à tous les évêques. Nous avons entendu dire que vous aviez le dessein de faire un autre pape. Si vous le faites, je vous excommunie par le pouvoir que Dieu m’a donné ; de sorte que vous ne pourrez ni faire aucune ordination, ni célébrer la messe [...]. »

« Au seigneur Jean pontife suprême et pape universel. Otton par la grâce de Dieu, empereur, et le saint concile assemblé à Rome pour le service de Dieu, salut en Notre Seigneur. Lors de la pre-mière session tenue le 6 no-vembre, nous vous écrivîmes une lettre lui contenait les propres pa-roles dont s’étaient servis vos accusateurs, et les crimes qu’ils vous imputaient. Nous suppliâmes par la même lettre votre Grandeur de venir se justifier, comme il eût été raisonnable que vous le fissiez. Nous reçûmes de votre part une réponse, non point telle que la gravité du moment et de l’affaire l’aurait exigé, mais telle qu’aurait pu la dicter la vanité des hommes les plus mal conseil-lés. Il fallait avoir de justes excuses pour vous dispenser de paraître devant le concile ; et si vous en aviez, il fallait que vos envoyés les expliquent et fassent connaître une indisposition, ou la difficulté des chemins vous empêchant de donner au saint concile la satisfaction qu’il attendait. Il y a un autre passage dans votre lettre qui tient moins de la gravité d’un évêque de la légèreté d’un enfant. Vous nous excommuniez au cas où nous ferions un autre pape, et vous nous privez du pou-voir de dire la messe et de nous acquitter des autres fonctions ecclésiastiques. Nous avons remarqué en un endroit une faute de grammaire : car nous avons cru jusqu’ici que deux parti-cules négatives avaient la même force dans le discours qu’une seule affirmative, à moins peut-être que votre autorité ne renverse les règles que les anciens ont établies pour bien parler. Mais répondons à vos intentions et non pas à la façon de vous exprimer. Si vous venez au concile, et que vous ne différez pas de vous justifier des crimes qui vous sont imputés, nous vous rendrons l’obéissance qui vous est due. Mai si n’ayant aucun empêche-ment légitime, et si n’étant arrêté ni par la maladie, ni par la longueur du voyage, ou par la difficulté du chemin, vous refusez de comparaître et de vous purger des crimes capitaux dont vous êtes accusés, bien loin d’appréhender votre excommunication, nous la rejetterons sur vous, comme nous pouvons la faire avec justice. Judas qui trahit, et qui plutôt vendit notre Sauveur, avait reçu avec les autres apôtres le pouvoir de lier et de délier en ces termes : « en vérité je vous le dis, tout ce que vous aurez lié sur la terre le sera aussi dans les cieux, et tout ce que vous aurez délié sur terre sera aussi délié dans les cieux ». Ce pouvoir, il le conserva tant qu’il demeura bon au mi-lieu des autres disciples. Mais depuis que l’avarice le rendit homicide, et qu’il voulut donner la mort à l’auteur de la vie, qui aurait-il pu lier et délier d’autre que lui-même qu’il pendit à la corde funeste ? Donné le 10e jour des calendes de décembre, et envoyé par Adrien, cardinal prêtre et par Benoît, cardinal diacre [...]. »

Sentence finale (4 décembre 963)
Discours d’Otton

« Nous avions attendu l’arrivée du pape pour nous plaindre de lui en sa présence. Mais puisqu’il est certain qu’il ne paraîtra point dans cette assemblée, nous vous représentons en peu de parole la perfidie dont il a usé à notre égard. Nous faisons donc connaître aux archevêques, aux prêtres, aux diacres, à tout le clergé, aux comtes, aux juges et à tout le peuple que le pape étant opprimé par la violence de Béranger et d’Adalbert a envoyé des messagers en Saxe pour implorer notre protec-tion, et nous supplier de venir en Italie et de délivrer l’Église et sa personne de l’oppression dont elles souffraient. Il n’est pas besoin de dire ce que nous avons fait avec l’aide de Dieu, puisque vous en êtes témoins. Après que le pape eut été retiré d’entre les mains de ses ennemis, et rétabli sur son siège, il a oublié le serment de fidélité qu’il avait prêté sur le corps de saint-Pierre, il a at-tiré Adalbert à Rome, l’a soutenu contre moi, a excité le peuple à la rébellion, et a paru en présence de notre armée avec le casque et la cuirasse. Le concile déclarera, s’il lui plait, quel est son senti-ment sur ce sujet [...]. »

Réponse des évêques, du reste du clergé et du peuple

« Une blessure inouïe doit être cautérisée d’une manière exceptionnelle. Le pape aurait pu être en quelque sorte toléré, si le désordre de sa vie n’avait fait tort qu’à lui, et pas à tous les fidèles. Mais combien d’êtres d’abord chastes sont devenus à son exemple incestueux et combien d’hommes d’abord honnêtes sont devenus malhonnêtes par contagion ? C’est pourquoi nous supplions votre grandeur impériale que ce monstre qui n’est exempt d’aucun des vices soit chassé de la sainte Église de Rome, et qu’à sa place soit élevé un prélat qui travaillant à son salut contribue au nôtre, et qui nous porte à la vertu par son exemple [...]. »

Réponse d’Otton

« Vos paroles m’agréent et rien ne peut nous faire plus de plaisir que de trouver quelqu’un qui soit placé sur ce siège saint et universel [...]. »

Choix de Léon par le concile

« Nous choisissons Léon, le vénérable protoscrinaire de la sainte Église romaine, homme ap-prouvé par tous et jugé digne du degré le plus élevé du sacerdoce ; c’est lui que nous élisons comme pasteur et pape universel de la sainte Église romaine et nous rejetons en raison de ses mœurs honteuses Jean l’apostat. »

Liutprand de Crémone, Liber de rebus gestis Ottonis magni imperatoris, Éd. J. Becker, MGH, Scriptores, 3e éd., Leipzig, 1915, p. 164-170 ; trad. R. Folz, La Naissance du Saint-Empire, Paris, 1967, p. 242-246.

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