L’image de l’évêque idéal : Hervé de Reims (Xe s.)

Posté par sourcesmedievales le 13 avril 2008

ve.jpg« Hervé, archevêque de la sainte métropole de Reims et pasteur du peuple de Dieu, à tous ses clercs et à tout le peuple de Beauvais.
Nous avons appris de quelques-uns d’entre vous – et d’autres personnes en plus grand nombre – la mort du vénérable évêque de sainte mémoire Erluin, évêque de l’église de Beauvais ; nous l’avons appris non par une lettre de vous, comme nous l’aurions dû et ainsi que l’autorité des saints Pères l’a décidé ; c’est seulement par la suite que vous nous avez envoyé une lettre, après qu’on vous l’eût demandé. Néanmoins, au nom de la sollicitude du métropolitain, qui nous a été confiée par Dieu, nous vous exhortons et nous enjoignons à votre fraternité que, dans le choix de votre futur évêque, vos vœux se rejoignent, avec l’aide de Dieu, sur un homme qui soit en même temps pasteur et docteur selon les règles de l’Église.

Après les litanies et les prières publiques, et après avoir adoré celui duquel tout don est le meilleur et tout don est parfait, puisqu’il nous fait tous habiter dans sa maison, réunissez-vous dans la concorde pour une élection régulière avec les familiers du vénérable frère et notre coévêque à qui, selon l’institution canonique, nous avons délégué l’office de visiteur dans cette église, pour que vous ne soyez pas plus longtemps dans la douleur d’être privés de votre pasteur. Nous souhaitons vivement, par notre ministère et notre charge de métropolitain selon les canons du saint concile de Nicée, que l’élection de votre évêque soit promulguée par l’autorité divine et nous ordonnons donc que personne ne prenne de décision en dehors de la présence du visiteur, qui puisse témoigner de l’unanimité des clercs et des citoyens.


Ensuite, ayez soin d’élire un homme qui puisse par le mérite de sa vie et la connaissance de la science, vous diriger et vous être utile, et qui soit conforme aux canons sacrés du concile de Carthage (surtout le chapitre qui dit que celui qui doit ordonné évêque ne doit pas dévier et ne doit en aucune manière aller contre les décrets des Pères à savoir de Siricus, Innocent, Célestin, Léon, Gélase et Grégoire), pour tout ce qui touche la fragilité humaine et autant que vous pourrez le voir. Veuillez cependant à ne pas prendre le risque d’élire un analphabète, ou quelqu’un qui est corrompu par la peste de l’hérésie ou qui souffre de quelque maladie des membres, non plus qu’un clerc marchant ou trempant dans les profils malhonnêtes et honteux, ou impliqué dans des crimes affreux ou quelqu’un de mauvaise réputation ou possédé par les démons ou des passions semblables. Au contraire, choisissez quelqu’un qui soit digne de la maison de Dieu, ministre fidèle et administrateur prudent qui, se présentant bien de l’intérieur et de l’extérieur, vous montre par son langage pieux la beauté de son mode de vie ; et par une saine doctrine, au milieu des ténèbres, des tribulations de ce monde, qui puisse vous apporter la lumière qui permet la tête haute d’accéder sans offense à la porte du Salut éternel, et qui sache vous porter aide par sa prudence contre l’infection barbare, et si cela arrive, qui soit fort par sa force morale, sage par sa tempérance.

Et de même qu’il administre l’extérieur comme il ne néglige pas l’intérieur, de même qu’il soit au service des réalités intérieures comme il n’abandonne pas complètement les réalités temporelles. Qu’il montre l’exemple de ce qui est utile au Salut, non seulement dans la prédication et la conversation, mais aussi dans ses actes. Quand par ses qualités, le Seigneur aura désigné l’élu, en présence de notre visiteur, notre confrère et chanoine, venez faire examiner l’élu à la sollicitude de notre humanité, puisque, comme il a été dit longtemps avant nous : « il ne faut pas renvoyer légèrement celui qui vient d’entrer en charge ». Donc, frères, que Dieu vous apporte un pasteur selon son cœur. Si dans son élection, vous n’avez pas prêté un soin suffisamment attentif aux réalités temporelles et spirituelles, l’auteur de toute bonne œuvre veillera à améliorer votre élection, lui qui voit non seulement le visage mais aussi les cœurs et les reins de chacun.

Envers qui honneur et gloire, puissance et empire, in saecula saeculorum, Amen. »

R.-H. Bautier, « La biographie de l’archevêque de Reims, Hervé (Xe siècle) », Mélanges d’histoire du Moyen Âge en l’honneur de Louis Halphen, Paris, 1951, p. 1-6.

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