Le règne du roi Dagobert (ca 608-639)

Posté par sourcesmedievales le 9 avril 2008

ve.jpg« Dans la septième année de son règne, Dagobert s’était emparé de la plus grande partie du royaume de son père, comme je l’ai rappelé plus haut. Il se rendit alors en Bourgogne. Son arrivée inspira une telle crainte aux prélats et aux Grands ainsi qu’aux autres leudes qui résidaient dans le royaume de Bourgogne que tout le monde en fut émerveillé ; mais elle cause une vive joie aux pauvres à qui justice était rendue. Quant il vint dans la cité de Langres, il jugea avec tant d’équité les différends de tous ses leudes, des Grands et des pauvres, que sa conduite, on peut le croire, fut agréable à Dieu, car il ne se laissait influencer ni par les présents ni par des considérations de personnes ; seule régnait en maîtresse la justice aimée du Très-Haut.

Dagobert gagna ensuite Dijon et de là Losne où il résida pendant plusieurs jours, s’appliquant de toutes ses forces à rendre la justice à tous les peuples de son royaume. Plein de désir de bien faire, il en arrivait à ne pas prendre de sommeil et à ne pas se nourrir à sa faim parce qu’un seul souci l’absorbait : veiller à ce que tous ceux qui se présentaient à lui ne rentrassent chez eux qu’après avoir obtenu justice. Le jour de son départ de Losne pour Chalon, tandis qu’il pénétrait dans son bain avant l’aube, il fit assassiner Brodulf, oncle de son frère Caribert, ; le meurtre fut exécuté par les ducs Amauger et Arnebert et par le patrice Guillebaud.

Dagobert se dirigea alors sur Chalon où, dans son amour de la justice, il s’appliqua à parfaire l’œuvre qu’il avait entreprise ; puis en passant par Autun il gagna Auxerre et par la cité de Sens il vint ensuite à Paris. Là il répudia la reine Gomatrude qu’il renvoya dans la ville de Reuilly où elle s’était mariée ; il épousa Nanthilde, une des filles du Palais, et fit d’elle une reine. Du commencement de son règne jusqu’alors il avait eu pour conseillers principaux le bienheureux Arnoul, évêque de la ville de Metz, et Pépin, Maire du Palais, et il exerçait le pouvoir royal en Austrasie avec tant de bonheur que tous les peuples faisaient de lui un immense éloge. Sa puissance leur inspirait une telle crainte qu’ils avaient formé le vœu de se soumettre tous à sa domination, et même les peuples qui résidaient près des frontières des Avars et des Slaves le suppliaient instamment de se jeter à la trousse de ces peuples.

Cela réussirait, disaient-ils, et ils garantissaient en confiance que les Avars, les Slaves et les autres nations se soumettraient à son autorité jusqu’aux frontières de l’État. Après le décès du bienheureux Arnoul, il conserva encore comme conseillers Pépin, Maire du Palais, et Chunibert, évêque de la ville de Cologne, et grâce à leurs vigoureuses exhortations, il continua jusqu’au jour où, comme je l’ai rappelé, il arriva à Paris, à gouverner tous les peuples qui lui étaient soumis avec tant de bonheur et un tel amour de la justice qu’aucun des rois de France qui l’avaient précédé ne mérita d’éloges autant que lui.

La huitième année de son règne, tandis qu’il parcourait l’Austrasie, entouré de la pompe royale, il prit pour concubine une jeune fille nommée Ragnetrude qui lui donna la même année un fils nommé Sigebert. De retour en Neustrie, il se plut dans la demeure de son père Clotaire et décida d’y résider continuellement ; mais alors il oublia complètement la justice qu’il avait aimée auparavant. Un instinct de cupidité le jeta sur les biens des églises et des leudes, et avec une adresse que lui inspiraient ses désirs, il voulut remplir des trésors nouveaux avec les dépouilles qu’il amassait de toutes parts. Il s’adonna outre mesure à la débauche. Il avait trois femmes qu’il traitait comme des reines, à côté de nombreuses concubines […]. Son cœur se corrompit et sa pensée s’éloigna de Dieu. Toutefois dans la suite – et Dieu veuille qu’il en ait profité pour gagner la véritable récompense – il distribua aux pauvres des aumônes excessivement larges. S’il n’avait pas paralysé les effets bienfaisants de ces œuvres par son instinct de cupidité, on croit qu’il aurait mérité le royaume éternel. »

Frédégaire, Chroniques, IV, 58, éd. et trad. R. Latouche, Paris, 1963, p. 89-91.

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