Lettre d’Etienne Marcel au Régent (18 avril 1358)

Posté par sourcesmedievales le 8 avril 2008

xive.jpg« Très-redoubté seigneur, plaise de vous remembrer comment vous nous avés convent que se aucune chose senestre vous estoit rapportée de nous vous n’en croiriez rien, mais le nous feriés savoir ; et aussi se aucune chose nous estoit rapportée de vous, nous le vous ferions savoir ; et pour ce, très-redoubté seigneur, vous certifions en vérité que vostre peuple de Paris murmure très grandement de vous et de vostre gouvernement pour tois causes : premier que les ennemis de vous, de nous et du royaume nous roignent et nous pillent de tous lès, du costé devers Chartres, et nul remède n’y est mis par vous qui li deussiez mettre, et aussi que tous les soudoiers qui jà en arrière sont venus à vostre mandement, du Dalphiné, de Bourgoigne et d’ailleurs pour la deffense du royaume, n’ont fait honneur ne proufit à vous, ne à vostre peuple, mais ont tout le païs mangié et le peuple pillié et robé, nonobstant que il sient esté bien paiés, et ce savés vous bien, car plusieurs plaintes vous en ont été faictes, tant par moy comme par d’autres, pour lesquelles vous leur deustes mander qu’ils alassent en leur païs ; et néant moins vostre peuple tient que vous les tenés entour vous ou aucuns d’eux ausquels vous avés baillié à garder les forteresses de Meaulx et de Monstereau, qui tiennent les rivières de la Saine, de Marne et d’Yonne. desquelles vostre bonne ville de Paris doit cetre nourrie et soustenue, que tant amés si comme toujours avés dit ; la tierce cause du murmure du peuple est que vous ne mettés aucune peine à garnir les forteresses qui sont devers vos ennemis, mais trop bien avés saizi celles dont vivres nous pevent venir et qui pis est, les avés garnies de gens qui nul bien ne vous veulent, si comme plainement vous appert  et à nous par lettres furent trouvées ès portes de Paris, lesquelles vous furent monstrées en vostre grant conseil, et encore desgarnissiés vostre ville de Paris d’artillerie pour garnir les forteresses de Meaulx et de Monstereau garnies de gens qui nul bien ne nous veullent, comme dit est, et bien appert par les paroles que dictes vous ont, que bien savons qui telles sont : « Sire, quelconque personne qui aire soit de ce chastel  se peut bien vanter que ces villains de Paris sont en son dangier et que bien près leur peut rongnier les ongles. »

Si vous plaise savoir, très-redoubté seigneur, que les bonnes gens de Paris ne se tiennent pas pour villains, mais sont prudes hommes et loiaulx, et tels les avés trouvé et trouverés et disent outre que tuit cil sont villains qui font les villainies ; touttes lesquelles choses sont au très-grant déplaisir de tout vostre peuple et non sans cause, car premier vous leur devés protection et deffense, et eux vous doivent porter honneur et obéissance, et qui leur faut de l’un ne sont tenus en l’autre ; et aussi semble à vostre-dit peuple, selon raison et vérité, que mielx fussent emploiés gaiges à gens qui se combatent aux ennemis du royaume que à ceulx qui prennent les deniers d’icellui, robent et pillent le peuple d’icellui, et aussi leur semble que vous  et les gens d’amres qui en sont en vostre compagnie fussent mielx à vostre honneur entre Paris et Chartres, là où sont les ennemis que là où vous estes, qui est paiis de pais et sans guerre ; et aussi est vérité que lesdictes forteresses par vous saisies de nouvel, estoient en gouvernement de très-bonnes gens et sans aucun mauvais soupçon et n’estoient point en frontière, ne ne vous coustoient à garder, et est aussi vérité que quiconque à deux choses à garder et garnir, il doit mielx et plus tost garder et et garnir le plus vallable, la plus honorable et proufitable quant elle est plus ennoie et plus doubtable, et vous en vostre nouvel conseil vouliés desgarnir Paris d’artillerie pour garnir les forteresses dessus esclaircies, laquelle chose vostre dit peuple n’a voulu souffrir ; car par ce voient la destruction et perdition du roiaume, de vous et de tout le peuple ; si vous supplions très-umblement, très redoubté seigneur, que il vous plaise à venir en vostre bonne ville de Paris et leur donner protection et deffense, si comme faire le devés et aussi veuilliés oster d’entour vous toutes gens qui a vostredit peuple n’ont bonne volonté, lesquels vous povés bien congnoistre par les consaulx qu’ils vous donnent, et avec ce remettre lesdictes forteresses de Meaulx et de Monstereau ès mains de vos féauls et loiauls subgets où par vant estoient , afin que vostre peuple de Paris n’ait cause  de commotion pour faute de vivres, et que il se délaissent de leur murmure ; et aussi nous supplions qu’il ne vous veuille desplaire si nous avons retenu l’artillerie qui avait esté jà menée au Louvre par Jehan de Lyons, car en vérité nous l’avons fait en bonne intention et pour plus grans maulx et périls eschever ; car le peuple estoit si esmeu pour ce, que grans maulx en fussent venus en nous ne leur eussons en couvent de la retenir.
Très-redoubté seigneur, plaise vous savoir que le peuple de Paris se remembre moult de promesses que vous leur deistes de vostre bouche à Saint-Jacques de l’ospital, as halles et en vostre chambre, outre lesquelles vous leur promeistes que se vous ne deviez yssir que vous, trente ou quarante avecques vous, si ne pourriés vous plus souffrir les choses en l’estat où ils estoient, et, Dieu merchi, les choses ont depuis pris moult petit amendement.
Très-redoubté seigneur, sur toutes les choses et chascune d’icelles dessus esclaircies, vous plaise ordener par telle manière que ce soit à la loenge de Dieu, à honneur du roy, nostre aire, de vous, et au prouffit du peuple, en telle manière qu’il s’en puisse brièvement apercevoir, et nous veuilliés avoir pour recommandés.
Li Saint-Esprit vous ait en sa sainte garde et vous doint bonne vie et longue.

Escript à Paris, le XVIIIe jour d’avril. »

D’après J. D’Avout, 31 juillet 1358. Le meurtre d’Étienne Marcel, Paris, 1960

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