Le baptême de Clovis selon Grégoire de Tours (ca 496)

Posté par sourcesmedievales le 8 avril 2008

ve.jpg« XXX. La reine [Clothilde] ne cessait de prêcher pour qu’il reconnaisse le vrai dieu et abandonne les idoles ; mais elle ne put en aucune manière l’entraîner dans cette croyance jusqu’au jour enfin où la guerre fut déclenchée contre les Alamans, guerre au cours de laquelle il fut poussé par la nécessité à confesser ce qu’il avait auparavant refusé de faire volontairement. Il arriva en effet, que le conflit des deux armées dégénéra en un violent massacre et que l’armée de Clovis fut sur le point d’être complètement exterminée. Ce que voyant, il éleva les yeux au ciel, et, le cœur rempli de componction, ému jusqu’aux larmes, il dit : « Ô Jésus-Christ, que Clothide proclame fils de Dieu vivant, toi qui donnes une aide à ceux qui peinent et qui attribues la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite dévotement la gloire de ton assistance ; si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis et si j’expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voue en à ton nom déclare avoir prouvé qu’elle venait de toi, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom. J’ai, en effet, invoqué mes dieux mais, comme j’en ai fait l’expérience, ils se sont abstenus de m’aider ; je crois donc qu’ils ne sont doués d’aucune puissance, eux qui ne viennent pas au secours de leurs serviteurs. C’est toi que j’invoque maintenant, c’est en toi que je désire croire, pourvu que je sois arraché à mes adversaires ». Comme il disait ses mots, les Alamans tournant le dos commencèrent à prendre la fuite. Lorsqu’ils virent leur roi tué, ils firent leur soumission à Clovis disant : « Ne laisse pas, de grâce, périr davantage le peuple, nous sommes à toi désormais ». Et lui, ayant ainsi arrêté la guerre et harangué son peuple, la paix faite, rentra et raconta à la reine comment, en invoquant le nom du Christ, il avait mérité la victoire. Ceci s’accomplit la quinzième année de son règne [496].

XXXI. Alors la reine fait venir en cachette saint Rémi, évêque de la ville de Reims, le priant de faire croître chez le roi « la parole du salut ». Le pontife l’ayant fait venir en secret, commence à faire naître en lui qu’il devait croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre et abandonner les idoles, qui ne peuvent être utiles ni à lui, ni aux autres. Mais ce dernier dit : « Je t’ai écouté volontiers, très saint Père, toutefois, il reste une chose ; c’est que le peuple qui me suit ne veut pas délaisser ses dieux ; mais je vais l’entretenir conformément à ta parole ». Il se rendit donc au milieu des siens, et, avant même qu’il eût pris la parole, la puissance de Dieu l’ayant devancé, tout le peuple s’écria en même temps : « Les dieux mortels nous les rejetons, pieux roi, et c’est Dieu immortel que prêche Rémi que nous sommes prêts à suivre ». Ces nouvelles sont portées au prélat qui, rempli d’une grande joie, fit préparer la piscine. Les rues sont ombragées de tentures de couleur, les églises ornées de courtines blanches ; le baptistère apprêté, des parfums sont répandus, des cierges odoriférants brillent ; tout le temple du baptistère est imprégné d’une odeur divine et Dieu y comble les assistants d’une telle grâce qu’ils se croient transportés au milieu des parfums du paradis. Ce fut le roi, qui, le premier, demanda à être baptisé par le pontife. Il s’avance, nouveau Constantin, vers la piscine, pour effacer la maladie d’une vielle lèpre et pour effacer avec une eau fraîche les sordides taches anciennement acquises. Lorsqu’il fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella d’une voix éloquente en ces termes : « Dépose humblement tes colliers, ô Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». […] Ainsi donc, le roi, ayant confessé le Dieu tout puissant dans sa Trinité, fut baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et oint du saint chrême avec le signe de la croix du Christ. Plus de trois mille hommes de son armée furent également baptisés. »

Grégoire de Tours, Historia Francorum, II, MGH. SS. RM, éd. B. Krusch, I, Hanovre, 1885, p. 91-93 ; éd. 1951, p. 75-78.

7 Réponses à “Le baptême de Clovis selon Grégoire de Tours (ca 496)”

  1. Praxagora dit :

    Je viens de découvrir votre site. Intéressant et riche.
    Cependant, au niveau des dates, vous n’indiquez pas toujours la date, même approximative des textes, seulement la date de l’événement relaté. Or souvent, les textes ne sont pas contemporains des faits qu’ils relatent.
    Ainsi, pourriez-vous préciser quand Grégoire de Tours a écrit ce texte ? Le fait d’écrire « ca 496″ pourrait laisser à penser que c’est à cette date-là. Or ce texte a été écrit plus d’un demi siècle après la mort de Clovis. Idem pour le texte de Saint Waast. Merci.

  2. Bonjour,

    Merci de vos compliments. Oui, c’est un parti pris que nous pourrions en effet faire évoluer entre la date de l’événement – que l’on ne connaît toujours pas avec précision – et la date de l’édition du texte. Nous tenterons de le faire selon les informations à disposition.
    Bonne journée,
    Le modérateur

  3. FLORENT dit :

    Bonjour, je suis en LICENCE d’HISTOIRE et je dois commenter ce texte, pouvez vous m’aider? je pense parler du déroulement de la cérémonie, de la portée de cette chrétiannisation.

    SALUTATIONS.

  4. Bonsoir,

    Je ne lis que votre commentaire ce 10 novembre. Un avis vous sera-t-il encore utile sur le commentaire de ce document ô combien courant ?
    Bonne soirée,
    Le modérateur

  5. victor dit :

    Je suis étudiant en histoire/géographie et je dois commenter ce texte. J’ai fait une première esquisse de plan, pourriez-vous me dire ce que vous en pensez?
    1. Clovis, un chef paien devenu chrétien
    1-1. Le christianisme au Vème siècle
    1-2.Clovis, un paien
    1-3. La bataille de tolbiac, l’élément déclancheur de sa conversion

    2. Je dois trouver un titre
    2-1. Le rôle de Clothide
    2-2. « Une préparation encadrée » Il faut que je trouve un autre titre…
    2-3. La cérémonie du baptème

    3. La portée de ce baptème et les mythes engendraient
    3-1. La portée politique
    3-2. Les mythes et leurs applications
    3-3. Les interrogations autour de cet événement (question de la date, du lieu…)

    n’hésitez pas à me dire ce qui ne va pas.
    Merci d’avance.
    Bonne journée

  6. Bonsoir,

    Votre travail est intéressant, mais je fusionnerai les deux premières parties et conserverai par contre la troisième. Cette première partie pourrait être :

    1. Les étapes du baptême de Clovis
    1.1. Le contexte guerrier, religieux et politique
    1.2. Une cérémonie organisée dans ses moindres détails

    Cela permettrait de mettre en avant l’élément « phare » du document : le baptême. Je vous engage également à lire les production de Laurent Theis sur le sujet. Et à lire mes commentaires et orientations bibliographiques sur une autre document qui raconte cet événement – et que j’ai mis en ligne – au travers de la vie (vita) de Saint-Vaast (Vedastus).

    Pour terminer, à méditer : ces textes « nous renseigne donc moins sur une histoire que sur une légende, moins que sur un événement que sur sa mémoire un siècle plus tard » (Jean-Louis Biget).

    Bonne soirée,
    Le modérateur

  7. Anonyme dit :

    salut les intello putin g tro la fleme de lire ton putin de texte mai bon g pas vraimen le choi jdoi faire une fiche sur le baptême de clovis

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