Lettre du pape Innocent III à Simon de Montfort (1215)

Posté par sourcesmedievales le 6 avril 2008

concile.jpgLettre du pape Innocent III à Simon de Montfort au sujet de l’affaire albigeoise (avril 1215)

« (554) Lettre du Seigneur pape au Comte de Montfort. « Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu à notre aimé fils, le noble Simon, comte de Montfort, salut et bénédiction apostolique. (555) Ta noblesse soit louée dignement dans le Seigneur pour avoir d’un dévouement parfait, d’un esprit sincère et avec des forces inlassables, en véritable chevalier du Christ, en invincible champion de la foi catholique, honorablement combattu les combats du Seigneur. Aussi la renommée de ta droiture et de ta foi s’est répandue sur presque toute la terre. C’est pourquoi les bénédictions d’un grand nombre se déversent continuellement sur ta tête pour t’assurer davantage encore la faveur du Christ, et les prières de l’Église entière s’accumulent afin que, grâce à la multiplicité des intercesseurs, te soit réservée pour t’être remise à l’avenir par le juste juge la couronne de justice qu’à cause de tes mérites nous espérons être déposé dès maintenant pour toi dans les cieux. En avant, chevalier du Christ, remplis ton ministère, cours dans la lice qui s’est ouverte jusqu’à ce que tu remportes le prix, ne te laisse jamais abattre par les tribulations. Sache que le Seigneur, Dieu des armées et chef suprême de la milice chrétienne marche à tes côtés pour te secourir. Ne songe pas à essuyer la sueur des combats avant d’avoir remporté la victoire. Au contraire, comme tu as bien débuté, fais en sorte que ce bon commencement et la continuation que tu as eu soin plus tard de poursuivre d’une manière digne de louanges reçoivent de toi un parfait achèvement par la ténacité et la persévérance qui garantissent un plus louable couronnement. Sache que, selon la parole de l’Apôtre, nul n’est couronné s’il n’a légitimement combattu.

(556) Toutes les anciennes possessions du comte de Toulouse avec les autres conquêtes des croisés et les terres tenues au moyen d’otages ou de garnisons par notre aimé fils Pierre, cardianal-diacre de Sainte-Marie in Aquiro, légat du Siège Apostolique, nous les remettons en commende à ta sagesse jusqu’à l’époque du concile œcuménique (dont nous consulterons les membres pour prendre une décision salutaire et plus approfondie). Tu les conserveras, tu les garderas, tu les défendras. Nous t’en concédons les revenus et les fruits avec les droits de justice et tout ce qui s’y rattache, car tu ne peux ni ne dois continuer la guerre à tes frais, exception faite des dépenses pour la garde des châteaux tenus en ton nom. Nous avertissons dignement ta noblesse et la supplions de toutes nos forces dans le Seigneur, nous exigeons de toi comme un devoir, nous t’adjurons au nom du dernier jugement, nous t’enjoignons en rémission de tes péchés de ne pas refuser cette mission pour toi et s’est élancé comme un géant par la voie des commandements jusqu’au gibet de la croix et à la mort. Comme tu t’es consacré au service de Jésus-Christ, ne faillis pas devant la fatigue, ne refuses pas de continuer à combattre pour le Christ avant d’avoir obtenu un bon résultat. Que dans ton cœur ne s’élève pas l’envie de résister à des conseils si paternels et à des ordres si doux. Au contraire, applique-toi à accueillir de bon cœur et de bonne volonté ce que nous t’ordonnons, afin de jouir éternellement des étreintes du Christ qui t’y invite en étendant pour toi sur la croix inlassablement les bras. Réfléchis et fais bien attention : prends garde d’avoir couru et travaillé en vain au cas où par ta négligence la nuée des sauterelles sorties du puits de l’Abîme et chassée avec force par ton ministère de la terre qu’elles avaient envahies l’envahirait à nouveau (ce qu’à Dieu ne plaise). (557) Avec le ferme espoir que tu auras soin de ton salut et ne contreviendras jamais aux ordres apostoliques, nous prescrivons aux seigneurs, consuls, recteurs et autres bons catholiques habitant les territoires susdits, nous leur donnons par la vertu du Saint-Esprit l’ordre formel de te fournir entière assistance, d’exécuter ponctuellement tes ordres dans l’affaire de la paix et de la foi et autres sujets indiqués. Qu’ils t’accordent d’un geste généreux et large aide et conseil contre ceux qui attaquent la foi et ruinent la paix, afin d’achever efficacement avec leur collaboration l’affaire de la paix, afin d’achever efficacement avec leur collaboration l’affaire de la paix et de la foi.
(558) Nous ordonnons de même à notre légat de prendre toutes mesures et dispositions qu’il jugera utiles de prendre à ce sujet, de te donner aide et conseil en temps opportun, qu’il fasse appliquer avec fermeté les mesures qu’il prendra, en contraignant par les moyens qu’il jugera efficaces, nonobstants toute opposition et appel, les opposants (s’il s’en trouve) et les rebelles. (559) Donné au Latran, le III des nones d’Avril, l’an dix-huit de notre pontificat. »

Éd. et trad. Pierre des Vaux-de-Cernay, Histoire Albigeoise, P. Guébin, H. Maisonneuve, Paris, 1951, p. 211-212.

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