Les Vaudois dans la région de Valence (ca 1235)

Posté par sourcesmedievales le 6 avril 2008

concile.jpgLes Vaudois dans la région de Valence (ca 1235) d’après Étienne de Bourbon

« À l’époque où je prêchais dans la ville de Valence (en l’année 1235), ne connaissant point encore à fond l’hérésie des Vaudois, attendu que je n’exerçai que quelque temps après les fonctions d’inquisiteur, un Catholique me raconta qu’il avait entendu des maîtres de l’erreur commenter ainsi ce texte de la Genèse : « Dieu forma l’homme du limon de la terre et lui inspira un souffle de vie ». Dieu, disaient-ils, façonna, avec de l’argile molle, une certaine forme humaine, comme font les enfants, et la plaça ensuite au soleil pour la faire sécher. Or il arriva, étant complètement desséchée, que toutes les rides ou fentes produites par l’action des rayons solaires, se remplirent de sang et devinrent des veines. En dernier lieu, il souffla sur la face de cette statue et lui communiqua son esprit : c’est ainsi que l’homme fut fait âme vivante. Toutes les autres âmes proviennent de la même source et ont été communiquées de la même manière. Presque tous les Vaudois s’accordent pour dire que l’âme de tout homme juste et bon n’est autre que l’Esprit Saint lui-même, qui est Dieu et que le juste, tant qu’il demeure tel, ne peut avoir une autre âme que l’Esprit Saint, qui est Dieu. S’il pèche, l’Esprit sort et le diable prend sa place […]. Ils enseignent qu’il n’y a de peines expiatrices que dans le temps présent, et que par conséquent tous les suffrages de l’Église, comme toutes les œuvres, ne servent de rien aux défunts.

Ils disent que tous les bons sont prêtres et que tout homme bon peut absoudre des péchés aussi bien que le pape, selon notre doctrine : toutefois quand ils expliquent sur ce point leur croyance, ils enseignent qu’il n’y a en réalité que Dieu qui puisse absoudre, et que si les justes le font, ce n’est que parce que Dieu, qui habite en eux, agit par eux. Ils n’ont que du mépris pour les absolutions et les excommunications de l’Église, parce que, disent-ils, il n’y a que Dieu qui puisse excommunier. Un de leurs maîtres les plus célèbres et qui s’était acquitté pour des intérêts de la secte de divers emplois, me faisait un jour cette distinction : « il en est, me disait-il, qui ne sont ordonnés ni par Dieu, ni par les hommes, comme les mauvais laïques ; il en est qui sont ordonnés par les hommes et non par Dieu, comme les mauvais prêtres ; il en est enfin qui sont ordonnés par Dieu et non par les hommes, comme les bons laïques, qui observent les commandements, qui ont le pouvoir de lier et de délier, de consacrer et d’ordonner, s’ils prononcent les paroles sacramentelles. Me parlant de ces derniers, quelques-uns, me disait-il encore, enseignent que les hommes seuls peuvent exercer les fonctions sacerdotales ; tandis que d’autres n’établissent sur ce point aucune différence et soutiennent que la femme, elle aussi, si elle est bonne, peut être prêtre J’ai vu une femme hérétique, qui fut brûlée, qui se servait d’une sorte de coffre en forme d’autel et qui faisait les cérémonies de la consécration….. Ces hérétiques tournent en ridicule les indulgences accordées par le pape, les absolutions et les clefs de l’Église ; ils ne respectent pas davantage les dédicaces ou consécrations d’églises et d’autels, appelant ces cérémonies, les fêtes d’un tas de pierres. Toute la terre, disaient-ils, a été par Dieu consacrée et bénite ; aussi n’ont-ils aucun respect pour les cimetières et les églises des chrétiens […]. Ils disent encore que nos clercs et nos prêtres, qui ont de l’argent ou des terres, sont fils du diable, enfants de perdition ; c’est péché que de leur donner les dîmes et les offrandes : c’est, disaient-ils par manière de moquerie, vouloir engraisser du lard. Ils se moquent des cierges qu’on allume devant les images des saints : ils se moquent de nos rites sacrés et de nos chants, demandant si Dieu n’entendrait pas nos demandes, lors même que nous ne chanterions point… Ils disent que l’Église Romaine est la Babylone, la grande prostituée de l’apocalypse… Ils disent qu’il n’y a pas de péché à violer les jeûnes et les abstinences. »

 

Étienne de Bourbon, Traité des sept dons du saint Esprit, BnF, ms lat. 15970, fol. 413-414 ; édité et traduit partiellement par A. Lecoy de la Marche, Anecdotes historiques, légendes et apologues tirés du recueil d’Étienne de Bourbon, dominicain du XIIIe siècle, Paris, 1877, p. 294-297.

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