Le légat et Simon de Montfort dans la vallée du Rhône (1216)

Posté par sourcesmedievales le 6 avril 2008

concile.jpg« (593) À cette époque arriva dans le midi de la France maître Bertrand, cardinal prêtre de Saint-Jean et Paul, légat du Siège Apostolique, personnage de grand savoir et de la plus parfaite droiture, envoyé par le Souverain Pontife pour régler les affaires de la Paix et de la foi dans la province de Narbonne et dans les provinces voisines. Il résidait à Orange, au-delà du Rhône. Les habitants d’Avignon, de Marseille, Saint-Gilles, Beaucaire et Tarascon, livrés à un sens réprouvé et agissant par trahison, refusèrent de lui obéir. (Addition : Comme le légat les avait convoqués, ils envoyèrent leurs consuls à Châteauneuf, possession de l’évêque d’Avignon. Le légat les exhorta entr’autres, à réinvestir l’Église Romaine qu’ils avaient dépouillée par la prise de Beaucaire. Un Avignonnais nommé Audebert de Morières, répondit orgueilleusement, la tête rejetée en arrière : « Bertrand, si vraiment nous avons dépouillé l’Église Romaine, nous la revêtirons d’écarlate rouge avec des fourrures de vair et nous lui mettrons une chemise et des braies ». On suppose qu’il parlait ainsi, parce que, empoisonnés par le venin de l’hérésie, ils allaient crucifier une seconde fois le Sauveur et semer l’hérésie par la diversité des croyances. Quand le légat vit qu’il ne pourrait aboutir à rien de bon avec eux, il retourna à Orange d’où il excommunia tous les susdits et leurs fauteurs et les mit hors de la paix.

(594) Pendant ce temps, le noble comte de Montfort attaquait vigoureusement les localités du diocèse de Nîmes qui avaient fait défection cette année-là, comme nous l’avons dit. Étaient venus à son aide Girard, archevêque de Bourges et Robert, évêque de Clermont, personnages puissants qui avaient pris la croix l’année précédente contre les perturbateurs de la paix et  les destructeurs de la foi. Ils étaient accompagnés de nombreux chevaliers et sergents. Avec ce renfort, le comte assiégea Posquières, près de Saint-Gilles et le prit rapidement. Puis il assiégea Bernis, l’attaqua avec courage, s’en empara avec vaillance et fit pendre beaucoup de ses défenseurs, comme ils le méritaient. Un pareil exemple terrifia à ce point tous les renégats du pays, que frappés de stupeur, ils s’enfuirent devant le comte en désertant leurs châteaux. Dans toute la région en deçà du Rhône presque personne ne prolongea la résistance excepté Saint-Gilles et Beaucaire. (Addition : ainsi que d’autres places fortes en petit nombre). (595) Ceci fait, le comte se dirigea vers le Port Saint Saturnin sur le Rhône. Le cardinal traversa le fleuve à Viviers, avec l’intention de voir le comte et d’avoir un entretien avec lui au sujet de l’affaire de Jésus-Christ : Il n’avait pu trouver plus près un libre passage, car les Avignonnais et autres ennemis de la foi trouvaient plaisir à entraver ses projets et l’avaient longtemps bloqué, pour ainsi dire, dans la ville d’Orange, selon ses propres doléances. (Addition : arrivé à Saint Saturnin, le légat fut en butte aux attaques des ennemis de la foi et de la paix, celle-ci ne fut pas la moindre : comme il était assis avec une foule de clercs et de laïques sur un terrain dominant le Rhône, les ennemis de Dieu qui avaient mis le port en état de défense lancèrent sept ou huit carreaux sur le légat. Dieu le protégea, mais le courrier du pape qui se trouvait là fut blessé). Le comte vint à la rencontre du légat en toute hâte et avec la plus grande joie. Il est difficile de décrire les honneurs que le comte très chrétien rendit au cardinal. Vers ce temps, l’archevêque de Bourges et l’évêque de Clermont, ayant achevé leur quarantaine, retournèrent dans leurs foyers. (Addition : notre comte assiégea vaillamment la tour très solide de Dragonet, située sur la rive du Rhône à une lieue de Saint Saturnin dans un endroit remarquablement fortifié : il la prit, la ruina de fond en comble : les défenseurs furent faits prisonniers et jetés dans les fers. Cette tour avait été bâtie pour servir de caverne de voleurs à ceux qui détroussaient les pèlerins et autres voyageurs qui circulaient par terre et sur le Rhône). (596) Après quoi, le cardinal donna au noble comte le conseil et l’ordre de traverser le Rhône et de réprimer en Provence les perturbateurs de la paix, car Raymond, fils du ci-devant comte de Toulouse, Adhémar de Poitiers et leurs complices faisaient tous leurs efforts pour entraver l’affaire de la paix et de la foi dans cette région. Le noble comte obéit à l’ordre du cardinal et fit préparer à Viviers des barques pour passer le Rhône. Quand les ennemis le virent-ils se rassemblèrent sur le rivage pour lui barrer la route. De plus, les Avignonnais remontèrent le Rhône sur des embarcations fortement armées avec l’intention d’empêcher la traversée du comte. Mais à peine eurent-ils le temps de voir un très petit nombre des chevaliers du comte qui passaient le Rhône, saisis de frayeur. (Addition : et par un divin miracle), ils cherchèrent leur salut dans la fuite : de même tous ceux du pays qui soutenaient les ennemis du comte furent frappés d’une telle panique qu’ils évacuèrent de nombreuses places fortes. (597) Le noble comte traversa donc avec les siens et vint à Montélimar. Le cardinal l’accompagna dans sa traversée : c’est d’après ses ordres que le comte faisait toutes choses. Giraud-Adhémar, principal coseigneur de Montélimar, était parmi les ennemis du comte. (Addition : quoiqu’il fut l’homme dont il avait fait un refuge d’hérétiques, il refusa. Mais les habitants de Montélimar accueillirent le comte avec l’autre seigneur, un chevalier nommé Lambert, cousin de Giraud, qui était pour notre comte et l’avait toujours été. (598) Après un bref séjour à Montélimar, le comte alla assiéger Crest, qui appartenait à Adhémar de Poitiers, dans le diocèse de Die. Adhémar était l’ennemi du comte de Montfort, comme nous l’avons déjà dit, et persécutait depuis longtemps l’évêque de Valence. Quant aux habitants de Valence, ils étaient pour notre comte et l’avaient toujours été. Arrivé devant Crest, notre comte l’assiégea. C’était une place très importante, très forte, avec une nombreuse garnison de chevaliers et de sergents. Le siège commencé, notre comte attaqua vigoureusement la place, les assiégés se défendirent de toutes leurs forces. Au camp de notre comte se trouvaient plusieurs évêques du pays et une centaine de chevaliers de la France du Nord que le roi Philippe avait envoyé pour un service de six mois. (599) Pendant ce siège, on négocia la réconciliation de notre comte avec Adhémar de Poitiers. Après une longue et difficile discussion, un accord intervint entr’eux et tous deux s’engagèrent formellement à ce que le fils d’Adhémar épousât une fille du comte. Adhémar livra même certains châteaux comme garantie que désormais il ne combattrait plus le comte. En outre, un seigneur du pays, nommé Dragonet qui s’était détaché du comte l’année précédente, fit sa soumission. Enfin l’évêque de Valence et Adhémar conclurent accord et paix. Tandis que Notre Seigneur Jésus-Christ avançait si miraculeusement son affaire de ce côté, le vieil ennemi, jaloux de voir ses progrès, décida d’entraver l’entreprise dont la réussite l’affligeait. »

Éd. et trad. Pierre des Vaux-de-Cernay, Histoire Albigeoise, P. Guébin, H. Maisonneuve, Paris, 1951, p. 224-227.

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