La vocation de Saint-François (1208-1209)

Posté par sourcesmedievales le 6 avril 2008

concile.jpg« Une fois réparée l’église dont on a parlé plus haut, le Saint de Dieu, qui avait changé sa manière de se vêtir, se transporta dans un autre endroit proche de la ville d’Assise. Une église s’y trouvait, ruinée, et presque entièrement détruite. Il se mit à la reconstruire et ne se détourna pas de cette excellente initiative avant de l’avoir entièrement menée à terme. De là, il se transporta dans un autre endroit appelé la Portioncule ; une église s’y trouvait depuis fort longtemps, construite en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu, mais désormais abandonnée et négligée par tous. Quand le Saint de Dieu la vit ainsi tout en ruines, ému de pitié, il en fit sa demeure permanente. Et c’est alors qu’il réparait ladite église que s’écoula la troisième année après sa conversion. Il s’habillait à l’époque à peu près comme un ermite ; il était ceint d’une courroie de cuir et c’est un bâton à la main et chaussures aux pieds qu’il se déplaçait.
Un jour que, dans ladite église, on lisait l’Évangile exposant comment le Seigneur envoya prêcher ses disciples, le Saint de Dieu, présent à cette lecture et qui avait compris en gros les paroles évangéliques, une fois la messe célébrée, supplia le prêtre de lui expliquer l’Évangile Quand tout lui eut été exposé point par point, Saint-François, entendant que les disciples du Christ étaient tenus de ne posséder ni or, ni argent, ni monnaie ; de n’emporter en chemin ni bourse, ni besace, ni pain, ni bâton ; de n’avoir ni chaussures, ni tunique de rechange, mais bien de prêcher le royaume de Dieu et la Pénitence, s’écria tout exultant dans l’Esprit de Dieu : « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, voilà ce que, de toutes les fibres de mon cœur, je brûle de faire. »

Et du même coup, débordant de joie, le père saint se hâte d’exécuter cet avis salutaire ; il ne veut souffrir aucun délai avant de commencer à mettre dévotement en œuvre ce qu’il a entendu ; il détache sans désemparer les chaussures de ses pieds, laisse là son bâton et, ne gardant qu’une seule tunique, il troque contre une corde sa ceinture de cuir. Il se fait alors une tunique présentant la forme de la croix afin de chasser par elle toute pensée démoniaque ; il la fait très rugueuse afin par ce moyen de crucifier sa chair avec ses vices et ses péchés ; il la fait enfin très pauvre et très grossière, sans rien qui pût exercer quelque attrait sur le monde Le reste de l’enseignement reçu, il brûlait de l’exécuter avec la plus grande diligence et le plus grand respect. L’Évangile en effet n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd ; confiant au contraire à son excellente mémoire tout ce qu’il avait entendu, il avait grand soin de l’exécuter à la lettre.
Et le voici alors l’esprit rempli de ferveur et l’âme de joie, prêchant à tous la pénitence et, grâce à son langage simple, mais né d’un cœur admirable, édifiant ses auditeurs. Sa parole était comme un feu ardent qui pénétrait les cœurs au plus profond et remplissait d’admiration tous les esprits. On le voyait entièrement différent de ce qu’il avait été ; les yeux au ciel, il dédaignait de détourner son regard vers la terre. Chose vraiment remarquable, il inaugura sa prédication là où, encore jeune enfant, il avait appris à lire ; là également où il reçut glorieusement sa première sépulture : il fallait qu’un début heureux fût sanctionné par une fin plus heureuse La où il fut instruit, c’est là aussi qu’il enseigna. Là où il commença, c’est là qu’eut lieu sa fin heureuse. Chaque fois qu’il prêchait, avant d’exposer aux assistants la parole de Dieu, il invoquait la paix : « Que le Seigneur, disait-il, vous donne la paix ». C’est cette paix qu’il annonçait constamment, avec la plus grande dévotion, aux hommes et aux femmes, à ceux aussi qu’il rencontrait ou qui le rencontraient. Grâce à cette habitude, beaucoup de ceux qui, avec la paix, haïssaient aussi leur salut, s’attachèrent à la paix de tout leur cœur, le Seigneur aidant, et furent faits, eux aussi, les fils de la paix, en quête du salut éternel. »

Éd. Thomas de Celano, Vita Prima, chap. 21-23, Analecta Franciscana, X (1926-1941), pp. 18-20 ; trad. Ch. De La Roncière, Ph. Contamine, R. Delort, M. Rouche (dir.), L’Europe au Moyen Âge, Paris, 1969, 2, p. 297-298.

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