Humbert de Romans et la situation de l’Eglise (1274)

Posté par sourcesmedievales le 6 avril 2008

concile.jpg« […] Concernant le culte divin, il semble bon de décider qu’on n’obligera pas à observer des fêtes nouvelles non imposées par l’autorité de l’Église romaine. Qu’en dehors des plus grandes fêtes instituées par l’Église, les Chrétiens pourront travailler après l’Office, tant à cause du grand nombre de péchés qui se commettent les jours de fête dans les tavernes, les bals et les lupanars, l’oisiveté étant mauvaise conseillère, que parce que les jours de travail suffisent à peine aux pauvres gens pour gagner leur nourriture. Ensuite, que les peines infligées aux chanoines qui n’acquittent pas [ce à quoi ils sont tenus] n’interrompent pas le culte, mais que les coupables soient punis d’une autre manière. Troisièmement, que dans toutes les églises, l’art du chant soit mieux enseigné et appris. Quatrièmement que l’office divin soit abrégé de telle sorte qu’il puisse être dit et entendu avec dévotion et intégralement. Cinquièmement, que dans toutes les grandes églises, pour toutes les heures, un nombre suffisant de clercs soit présent…
Il conviendrait que les « religions » des Mendiants soient moins nombreuses, et qu’à l’exception de celles dont la vie est exemplaire et la doctrine salutaire, les autres ne soient plus reconnues. Cela vaut en particulier de tous ceux qu’on nomme truttani, et qui sont incorrigibles. En second lieu, qu’aucune « religion » de femmes ne soit reconnue, si elle ne possède pas les biens nécessaires à sa subsistance à demeure, sans mendicité ni sortie de la clôture. En troisième lieu, que les prieurés isolés soient supprimés et leurs membres réunis en collège, où la règle soit gardée, en prévoyant leurs moyens de subsistance. Enfin qu’aucun religieux, sinon infirme ou débile, ou hôte de passage, ne soit autorisé à prendre ses repas hors du réfectoire…

En ce qui concerne les prélats, il semble d’abord nécessaire d’examiner avec soin ceux qui sont choisis et promus, même si personne n’y met opposition. Cette enquête doit être poursuivie avec crainte et amour […]. En second lieu, il faut que soient déposés plus rapidement ceux qui laissent traîner les affaires de longues années et tardent à prononcer la condamnation des indignes, lesquels ont loisir, sans crainte, de perpétrer leurs méfaits. En troisième lieu, il faut les visiter plus fréquemment et faire rapport sur leur vie et leur réputation au souverain pontife. En quatrième lieu, il faut qu’ils restreignent leur luxe et celui de leur entourage […].
Plusieurs abus doivent être réprimés dans les paroisses : d’abord le fait que certaines soient si pauvres que nulle bonne personne ne veuille les prendre en charge. Ensuite, que les paroisses riches soient données à des prêtres qui ne peuvent ou ne veulent y résider. En troisième lieu que ces paroisses soient confiées à des vicaires qui ne valent pas mieux, mais font commerce de leur charge. En quatrième lieu, que les paroisses ne soient pas données, pour Dieu, aux meilleurs prêtres, mais à des prêtres indignes, en échange de services matériels, ou verbaux, ou de dépendance. En cinquième lieu, que les prêtres accusés ne soient pas corrigés, amis souvent renvoyés à leur péché, pour de l’argent. En sixième lieu, il faudrait que l’on composât un opuscule pour l’instruction des [prêtres] ignorants et incapables de remplir leur charge, parce qu’ils ne connaissent pas l’Écriture […]. »

Humbert de Romans, Opus tripartitum ; trad. H. Wolter, H. Holstein, Lyon I et Lyon II, coll. Histoire des conciles œcuméniques, 7, Paris, 1966, p. 272-274.

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