Dominique ou la prédication contre les hérétiques (1207)

Posté par sourcesmedievales le 6 avril 2008

concile.jpg« De Diegue évêque d’Osma et son compagnon saint Dominique envoyés prêcher contre les hérétiques :

Dans ces mêmes jours aussi, Dieu qui conserve des flèches choisies dans le carquois de sa providence, fit sortir d’Espagne pour cette œuvre deux athlètes de choix, le seigneur Diègue évêque d’Osma et homme pieux, et son compagnon Dominique, chanoine régulier de son église, par la suite déclaré saint. Ces deux évêques, portant la main aux tâches ardues, ayant rejoint les abbés de l’ordre de Cîteaux et autres hommes bons, commencèrent à attaquer la superstition des hérétiques qui se glorifient dans l’élévation de Satan, non dans la pompe et au milieu de la foule cavalière, mais sur le sentier pédestre, se déplaçant pieds nus, de castrum en castrum, pour se rendre aux « disputes » pour lesquelles ils avaient pris date. Un des premiers rassemblements eut lieu à Verfeil où beaucoup d’hérésiarques, à savoir Pons Jourda, Arnaud Arrufat et d’autres se rendirent. Après que beaucoup d’objections eussent été avancées de part et d’autre, ils arrivèrent à cette parole que dit le Seigneur selon Jean : « Personne n’est monté au ciel, etc ». L’évêque d’Osma demandait en effet comment ils comprenaient cette parole. L’un d’eux répondit que Jésus qui parlait, s’appelait lui-même le fils de l’homme qui est au ciel […].

Il y eut une autre « dispute » à Pamiers, où la sœur de Raymond Roger comte de Foix protégeait ouvertement les hérétiques, à qui frère Etienne de la Miséricorde dit : « allez, dame, filer votre quenouille, il ne vous appartient pas de parler dans un débat de ce genre ». Là, il fut « disputé » contre les vaudois, devant maître Arnaud de Campranhano alors clerc séculier choisi comme arbitre par les deux parties. Il leur donna tort et quelques-uns, faisant retour sur eux-mêmes, allèrent au Siège apostolique, firent pénitence et reçurent le droit de vivre sous une règle, comme je l’ai entendu dire. Durand de Huesca fut leur prieur et composa des écrits contre les hérétiques. Et ainsi, ils vécurent beaucoup d’années quelque part en Catalogne, mais par la suite disparurent peu à peu […].

De la dispute importante tenue à Montréal après remise d’écrits à des juges laïcs :

Ensuite, des nombreuses « disputes » qu’il y eut avec des hérétiques en divers lieux, fut plus importante que les autres celle de Montréal où étaient présents nos athlètes [l'évêque d'Osma et Dominique], le vénérable homme Pierre de Castelnau nouvellement légat et son collègue maître Raoul, et plusieurs autres hommes bons, et d’autre part l’hérésiarque Arnaud Otonis, Guilabert de Castres, Benoît de Termes, Pons Jourda et beaucoup d’autres dont les noms ne sont pas inscrits dans le livre de vie, l’an du Seigneur 1207. On « disputa » par le moyen d’écrits durant plusieurs jours devant des arbitres choisis par les deux parties, à savoir les chevaliers Bernard de Villeneuve et Bernard d’Arzenx, et les bourgeois Raymond Godi et Arnaud Riberia, auxquels les parties avaient remis leurs écrits. L’essentiel de la « dispute » de la part des hérétiques porta sur ceci : Arnaud Otonis disait de l’Église romaine défendue par l’évêque d’Osma qu’elle n’était ni sainte, ni l’épouse du Christ, mais église du diable et doctrine des démons, la Babylone que Jean dans l’Apocalypse disait être la mère de la fornication et l’abomination, ivre du sang des saints et du martyre de Jésus-Christ, que l’ordination qui en provenait n’était ni sainte, ni bonne, ni instituée par le Seigneur Jésus-Christ, et que jamais le Christ ni les apôtres n’avaient « ordonné » ou mis en place l’ordre de la messe comme elle est « ordonnée » aujourd’hui. Pour prouver le contraire, l’évêque apporta avec lui les autorités du Nouveau Testament. Quelle douleur qu’entre chrétiens, l’état de l’Église et de la foi catholique se fut avilie au point d’avoir la honte d’être obligé de recourir au jugement de laïcs ! On remit les susdits écrits aux laïcs, auxquels les parties donnaient l’autorité de conclure [diffinire], ceux-ci refusèrent de délibérer et se séparèrent en laissant l’affaire inachevée. Mais moi, des années après, j’ai enquêté auprès du seigneur Bernard de Villeneuve pour savoir ce qui avait été fait des dits écrits, et si la dispute avait été conclue. À quoi il me répondit qu’il n’en sortit pas de conclusion. Car les écrits se perdirent à l’arrivée des croisés, quand tous s’enfuirent de ce « castrum » et des autres. Il dit toutefois qu’environ cent cinquante hérétiques se convertirent après avoir compris ce qui avait été dit. Mais moi je soupçonne que certains de ses collègues qui favorisaient les hérétiques s’étaient emparés de ces écrits. »

Guillaume de Puylaurens, Chronique, éd. J. Duvernoy, Paris, 1976, p. 46-51 ; traduction revue par M. Zerner (université de Nice).

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