Les défrichements par l’abbé Suger (ca 1146)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

concile.jpgVaucresson

« À Vaucresson, nous avons fondé un village et bâti une église et une domus, et nous avons fait défricher à la charrue la terre inculte. Ceux qui s’occuperont de cette fondation sauront mieux ce qu’on en tirera, puisqu’il y a déjà presque soixante hôtes et que beaucoup d’autres veulent encore venir, si seulement quelqu’un y pourvoit. Ce lieu, en effet, était comme une caverne de voleurs, car désert sur plus de deux lieues et d’aucun rapport pour notre abbaye, repère de brigands et de vagabonds en raison de la proximité des bois. Aussi avons-nous décidé que nos frères y serviraient Dieu afin que les retraites jadis habitées par les dragons voient grandir le roseau et le jonc. »

Saint-Denis

« […] La seigneurie de Saint-Denis appelée Guillerval, près de Saclas en Beauce, donnée par le roi Dagobert à Saint-Denis dans son diplôme, avait depuis longtemps et peut-être depuis toujours si peu d’assise que, dans toute la villa, il n’y avait ni domus où l’abbé pût se reposer, ni grange ni terre seigneuriale [dominicum]. Les paysans ne payaient par an que 25 petites mesures [modiolos]carrucae] sise dans ce village [villa] qui était depuis quarante ans et plus, enjeu d’une lutte acharnée entre Jean d’Étampes, fils de Payen, homme noble et énergique, et un certain autre, chevalier de Pithiviers. Nous leur payâmes une grosse somme, à l’un comme à l’autre […] et nous avons fait établir une charte nous réservant cette terre et imposant un terme à leur lutte. Dans cette nouvelle terre, à savoir au milieu du terroir [ailla], dans un agréable lieu proche de sources vives et de ruisseaux rapides, nous avons fait ceindre de murs une cour [curia] convenable et construire une maison forte et défendable dans la cour, avec des granges et tout le nécessaire, non sans de grandes dépenses.
qui ne dépassent pas quatre de nos muids, pour le cens de leurs terres cultivées, avec un modeste cens annuel pour leurs demeures. Pour l’améliorer par amour de nos seigneurs les bienheureux Martyrs, nous avons acquis une certaine terre de trois charruées [ Et pour remédier à la sécheresse du plateau de Beauce, nous avons créé un vivier presque circulaire et très riche en poissons. Nous avons attribué deux charruées à cette terre : l’une sur les défrichements [terra nova], l’autre sur la partie anciennement cultivée du terroir [antiqua terra]. Ce lieu, jadis de peu de rapport, vit notre revenu annuel s’y élever à cinquante muids de grain et plus. Car, remettant aux paysans le cens minime qu’ils y payaient, nous nous sommes réservés le champart de toute la terre, à l’exception de la charruée du fief du maire. En échange, celui-ci s’engagea à apaiser les murmures des paysans et les oppositions contre le changement de coutume.

[…] Nous entreprîmes de rétablir notre possession de Rouvray Saint-Denis, entièrement ruinée par les corvées du château du Puiset. Comme un jour après la destruction du château, Hugues, seigneur du Puiset, nous proposait de nous associer lui et nous pour la mise en cultures de terres en friches devenues désertes, et de partager les revenus, nous refusâmes bien que certains aient approuvé cette proposition avantageuse. Et ce que nous ne voulions pas faire avec lui, nous entreprîmes de le réaliser par nos propres forces à l’avantage de l’église.

Nous n’admîmes pas comme associé dans la restauration de cette terre ce destructeur qui, comme ses ancêtres, nous avait gravement éprouvés. Comme eux, il avait volé sur cette terre les mêmes coutumes que le châtelain de Méréville […] à Monnerville, à savoir la taille et la prestation [anona] de porcs, biches, agneaux, oies, poules, chapons, bois, et il était parvenu au résultat qu’elle gisait improductive tant pour lui que pour nous […]. Aussi considérant la misère de cette terre et le dommage subi par notre église, nous avons édifié sur cette terre stérile une cour [curtis] et élevé une tour au-dessus de la porte pour repousser les brigands, et nous avons affecté à cette cour trois charruées. Et nous avons rétabli le village [villa] de Villaines, réorganisé le terroir [terra] en désordre, l’améliorant au point que, rendant jadis à peine 20 livres par an, il nous en donna ensuite 100 livres, voire plus souvent 120 livres. Pour nous, justement reconnaissants envers les saints Martyrs pour tant de bienfaits, nous avons, par charte scellée, affecté de ce produit de notre labeur 80 livres par an à la construction de leur église jusqu’à l’achèvement de l’œuvre. »

Suger, Liber de rebus in administratione sua gestis ; éd. G. Fourquin, Histoire économique de l’Occident médiéval, Paris, 1971, p. 281-282.

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