La venue en France du pape Pascal II (1107)

Posté par sourcesmedievales le 5 avril 2008

concile.jpg« L’année qui suivit le retour du susdit Bohémond, l’universel et souverain pontife Pascal, de vénérable mémoire, vint en Occident en compagnie d’une multitude de très sages personnes, évêques, cardinaux et nobles romains. Son intention était de consulter le roi de France, ainsi que son fils le roi désigné Louis et l’église des Gaules, au sujet des difficultés et nouvelles querelles relatives à l’investiture ecclésiastique, dont le tourmentait et menaçait de le tourmenter encore davantage l’empereur Henri. Ce dernier, dépourvu d’amour filial et de tout sentiment d’humanité, allait jusqu’à persécuter très cruellement son père Henri ; il le dépouilla de son héritage et, le tenant, à ce qu’on disait, en une criminelle captivité, il l’obligea avec la dernière impiété, à force de le faire frapper et injurier par ses ennemis, à rendre ses insignes royaux, c’est-à-dire la couronne, le sceptre et la lance de saint Maurice, et à ne rien garder en propre sur toute l’étendue de son royaume.

Il fut décidé à Rome que la prudence commandait, en raison de la perfidie vénale des Romains, de débattre les susdites questions et même toutes les questions, avec l’appui du roi, du fils du roi et de l’église des Gaules, en France même plutôt que de les traiter dans la ville de Rome. C’est pourquoi le pape s’en vint à Cluny, puis de Cluny à La Charité, où, au milieu d’un très grand concours d’archevêques, d’évêques et de moines, il dédia et consacra ce fameux monastère. Là furent aussi les plus nobles barons du royaume et parmi eux le sénéchal du roi de France, le noble comte de Rochefort, lequel se présenta au seigneur pape comme envoyé vers lui pour le servir à discrétion par tout le royaume comme son père spirituel. Nous aussi nous assistâmes à cette consécration et, plaidant énergiquement en présence du seigneur pape à l’encontre du seigneur évêque de Paris Galon, qui cherchait diverses querelles à l’église de Saint-Denis, nous obtînmes satisfaction conformément à la raison évidente et au droit canonique.

 

Ensuite, […] il se rendit avec bienveillance et dévotion au vénérable lieu de Saint-Denis, comme il eût fait à la propre résidence de saint Pierre. Reçu avec éclat et d’une façon assez digne d’un évêque, il donna aux Romains, pour qui c’était chose insolite, et aussi à la postérité, un exemple vraiment mémorable ; c’est que, contrairement à la vive crainte qu’on en éprouvait, non seulement il ne montrait aucune prétention à s’emparer de l’or ni de l’argent ni des pierres précieuses du monastère, mais il ne daignait même pas leur donner un regard. Très humblement prosterné devant les reliques des saints, il versait des larmes de componction et s’offrait lui-même de toute son âme en holocauste à Dieu et à ses saints. Il pria instamment qu’on voulût bien lui donner pour le protéger quelque parcelle des vêtements épiscopaux de saint Denis tout trempés de sang : « Ne vous déplaise, disait-il, rendez-nous ne fût-ce qu’une petite part de ses vêtements, à nous qui, sans murmure, vous l’avons envoyé pour être l’apôtre de la Gaule. »

Il vit venir à sa rencontre en ce lieu le roi Philippe et monseigneur Louis, son fils, lesquels lui présentèrent leurs compliments et leurs vœux, inclinant à ses pieds, pour l’amour de Dieu, la majesté royale, suivant la coutume qu’observent les rois auprès du tombeau du pécheur Pierre, abaissant leur couronne et se courbant. Le seigneur pape les releva de sa main et les fit asseoir en face de lui comme les fils très dévoués des apôtres.

Il conféra familièrement avec eux, en sage procédant avec sagesse, au sujet de l’état de l’Église et, les flattant délicatement, il les supplia de prêter assistance à saint Pierre et à son vicaire, de maintenir l’Église en sûreté et, conformément à l’usage établi par leurs prédécesseurs les rois de France Charlemagne et les autres, de résister hardiment aux tyrans et aux ennemis de l’Église et par-dessus tous à l’empereur Henri. Ils lui tendirent les mains en témoignage d’amitié, d’aide et de conseil, mirent leur royaume à sa disposition et lui adjoignirent, pour se hâter d’aller avec lui à Châlons au-devant des messagers de l’empereur, quelques archevêques et évêques et l’abbé de Saint-Denis Adam, que nous aussi nous accompagnâmes. »

Suger, Vie de Louis VI le Gros, éd. H. Waquet, 1929, p. 51-58.

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